LES LOUPS LE MANDENT
Il céda .l;u(|ii()t à un salliuihaiiqiR'; celui-ci tlcsii"ail remplacer |)ai- un àne son chien savant qui venait de mourir.
Voilà Jae(|n(il dhli^i' (réludier l(>s sciences occultes, aliu (fiMi'e un j<iur en élal de j)r(''dii'e de bons niafiages aux jtnmes lilles et aiLV jeunes garçons. Jacquot était un àne fort intelligent , et il neuf pas beaucoup de peine à se mettre au courant de sa profession. Le jour de ses débuts il obtint un succès colossal; la place publique était trop étroite pour contenir la foule. — Jacquot, quelle heure est- il ? — Jacquot, (piel est le plus laid de la société? — VA les rires d'éclater, les gros sons de pleuvoir. Le saltimbanque encaisse une recelte d'au moins 7 fr. 50 cent. Ma fortune est faite , se dit-il; évidemment cet àne a du Munito dans l'esprit; il jouera aux dominos comnu> un chien.
Malgré cela, noire ami Jacquot n était [)as dans une position trop biillanle ; après avoir travaillé tout le jour, il ne trouvait au logis qu'une maigre prébende. Imi route, il ])ortait le bagage de son maître, son costume de sauvage, ses cyndjales, sa clarinette, ses gobelets, son épée ])Our ai'racher les dents . son tapis et sa boîte à onguents; souvent il en était réduit à jeûner ou à l)r()uter Iherh'.' coriace qui croit au bord des fossés; ([uelquefois, en le voyant racler piteusement le sol , son maître partageait avec lui un morceau de pain noir.
En somme , Jacipiot . a\ec sa philosophie accoutumée . se serait lait à sa situation. Je suis exilé de mon pavs; il me serait troj) dm- de \(>ir Jac(]iierme aux bras d'un antre; il n y a plus assez de grisettes et d amomcnx pour faire \i\re les loueurs de MoutniorencN ; il [)ou\ait m arri\(>r pire (jue de toudier sur ce saltimhau(pie . (pii n'est pas meelianl an
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Tond, et qui partage avec moi eu iVère ; d'ailleurs je uièue la vie d'artiste, et j'avoue qu'elle n'est pas sauschaiiue pour inoi.
Voilà eouuiient Jacquot se cousolait. La vie d'artiste! mot brillant qui cache une bien triste réalité. Celui (jui, naguère, faisait des recettes de 7 fr. 50 cent., arrache à peine quelques sous à rindilTérence du public blasé. Jacquot n'a plus de succès , son maître le vend pour acheter des puces savantes et des serins artilleurs.
Darliste qu'il était, Jacquot est devenu militaire; c'est une vivandière qui en a fait l'acquisition. Le fifre qui crie , les tambours qui battent , les fusils qui résonnent , les étendards qui llottent, le canon qui gronde ; ce bruit, cet éclat ont ébloui Jacquot. Un autre se plaindrait d'être obligé sans cesse, par la jiluie, par le froid, i)ar la grêle, par l'orage, de suivre le régiment ; mais il est lier, lui, de marcher sous les drapeaux, d'affronter le péril, de porter sur son dos la gaie vivandière et ses provisions. Jacquot n'a pas toujours sa ration suffisante , sa maîtresse fait pourtant ce qu'elle peut; mais bah ! à la guerre comme h. la guerre, nous nous referons en pays conquis.
Les soldats aimaient trop la vivandière pour ne pas reporter un peu de leur affection sur son âne ; il était le bienvenu au bivouac, et les vieux troupiers, (juand il passait, avaient toujours quelque bonne facétie à lui dire. Cela faisait sourire Jacquot, qui préférait ces gaudrioles aux galettes de Montmorency : la gloire militaire a fait tourner de bien ])lus fortes tètes.
Malheureusement pour notre héros la vivandière lut tuée dans une bataille. 1^'emienii victorieux força à la retraite
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