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CE QUE FEMME VEUT, DIEU LE VEUT

Sua cuique deus fil dira cupido

Chacun se fait un dieu de son brûlant désir.

Et dans le passage suivant des Troyennes d'Euripide : « Toutes les folles passions des mortels sont pour eux autant de Vénus. » (980" vers.)

Les Latins avaient deux, proverbes analogues qu'ils appliquaient aux hommes comme aux femmes : Nobis aniimis est Deus: « Notre esprit est un Dieu pour nous. » — Quod rolumus sanclum est: « Ce que nous voulons est saint et sacré. » Le premier est rapporté en grec par Plutarque , et le second est cité par saint Augustin.

On connaît ce vers charmant de Lachaussée :

Ce que veut une femme est écrit dans le ciel.

Il est issu de notre proverbe comme une fleur de sa tige.

Le dessin de Grandville offre une scène de la vie privée, où l'on voit un marchand tenant un cachemire, un mari lisant la facture avec une espèce de contorsion qui signifie que madame doit renoncer au précieux tissu , et celle-ci pressant sur son sein le bras du Pèi^e Éternel dont le geste commande la soumission au mari récalcitrant. Toutes les circonstances sont Irès-bien caractérisées , tous les détails sont rendus d'une manière fort jolie. Mais il est à regretter que l'artiste n'ait point songé à taire paraître dans un coin le diable en tapinois riant du Père Éternel, qui a la bonhomie de soumettre sa volonté à celle de la femme.

LES CONSEILS DE L'ENNUI

SONT LIiS CONSEILS DU DIABLE

Brémond est-il arrivé? demandait un matin à une femme de chambre un monsieur chauve qui venait de monter au deuxième étage d'une maison de la rue Saint- Honoré.

— Entre donc , monsieur Bruneau , repartit une voix de l'intérieur; et, presque aussitôt, on vit paraître au milieu de l'antichambre un gros bonhomme au teint fleuri.

204 LES CONSEILS DE L'ENNUI

qui tenait d'une main un rasoir et de l'autre un pinceau.

— Eh bien, as-tu réussi dans tes projets?

— Lorsque Athanase- Désiré -Jacques Brémond se charge d'une affaire , est-il dans l'habitude de ne pas réussir?

— Ainsi, ta fille est fiancée? reprit M. Bruneau après s'être assis dans un fauteuil , sa canne entre ses genoux et son chapeau sur sa canne.

— Ma Lucile est fiancée , et mon futur gendre arrive aujourd'hui même avec son père, M. Christophe Deschamps, d'Elbeuf.;

— ■ Et ta fourniture?

■■ — Elle est certaine ; les fonds sont prêts ; ma femme est l'amie de madame Ducornet, dont le mari, chef de division au ministère de la guerre, a promis de présenter le traité à la signature de Son Excellence. Madame Brémond le portera à madame Ducornet, apostille d'une pièce de satin de Chine , qui nous est arrivée de Pékin . et dont notre protectrice a la plus grande envie pour paraître au bal de la cour. Ainsi tout est arransé : le ministre si2;ne le traité ce soir; ce soir, nous signons le contrat, et tu vas m'accompagner pour acheter la corbeille de noces.

— Justement, j'ai une citadine à ta porte.

— Alors partons. '

■ — Partons!... Mais n'as-tu rien à dire à ta femme?

— Bah ! elle est maussade ce matin.

— Qu'a-t-elle donc?

— Elle, s'ennuie.

— Hein ! que dis-tu ? elle s'ennuie !

— Eh bien, oui, elle s'ennuie! De quel air me re gardes-tu ?

— l\Ion ami, sais-tu bien ce que c'est que l'ennui?

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