IL FAUT OURLER
Le mot versipellis (qui change de peau) désignait chez les Romains le loup-garou, c'est-à-dire l'homme à qui la superstition populaire attribuait le pouvoir de se transformer en loup et de reprendre ensuite sa première forme. Ainsi, quand on dit, // faut hurler avec les loupsj c'est à peu près comme si l'on disait : il faut savoir se faire loup-garou.
On sent qu'un tel proverbe ne saurait être approuvé par la morale, qui ne permet pas de partager les vices des personnes qu'on est obligé de fréquenter, ni même d'en feindre les apparences, car la feinte peut se changer facilement en réalité ; et il est bien rare que l'habitude de hurler avec les loups n'entraîne pas celle de mordre et de dévorer comme eux.
Ce proverbe ne doit donc être considéré c|ue comme une maxime de politique, à laquelle la nécessité de ne pas irriter le monde contre nous veut que nous nous conformions, sans manquer à ce que le devoir exige.
On dit aussi : il f\lt èïre fou avec les fois, pour signifier que lorsqu'on se trouve en compagnie des fous, il ne faut pas afficher un rigorisme déplacé, car c'est s'exposer à bien des inconvénients (|ue de vouloir se montrer sage tout seul, et il y a une certaine sagesse à savoir à propos contrefaire le fou.
« Sembler fou, c'est un heureux secret du sage. » (Eschyle, Prométhée enchaîné, scène iv.)
« Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie que de ne pas être fou. » (Pascal, article XVI, pensée lxviii.)
« On n'est sage qu'autant qu'on est fou de la folie commune. » (Fonlenelle.)