MOUCHE NE S'ATTAQUE
à craindre que lorsqu'il est en révolution, parce que les révolutions font toujours surgir des hommes de génie. Pourquoi Yvetot n'aurait-il pas aussi son Cronnvell?
Le duc de Rochefort ne goûta que médiocrement ces raisons, il les fit rejeter par son conseil. L'armée, composée de vingt-quatre hommes, reçut ordre de se metti'c en marche. Le duc partit pour en prendre le commandement ; il montrait sur sa route les chaînes dont il comptait charger maître Remy et maître Jean , les deux fauteurs de la rébellion.
On sait assez ce qui advint de cette formidable expédition. L'armée de Rochefort fut battue à plaie couture ; lui-même, nouveau Xerxès, ne dut son salut qu'à la fuite.
Eustache III apprit cette nouvelle en roi, et en subit les conséquences en philosophe. « Je n'attends plus rien des hommes, dit- il, mais tout de la Providence, qui choisi! pour auxiliaire le temps.»
Le roi d'Yvelot ne se trompait pas. Les partis ne purent parvenir à s'entendre dans son ancien royaume ; chaque jour on regrettait davantage la prospérité passée. Les politiques firent des ouvertures au roi, qui refusa d'accorder l'équilibre entre les pouvoirs, ne voulant pas, disait-il, changer l'antique constitution de l'État; ce refus rompit les négociations entamées. La situation désespérée des affaires força les politiques à les renouer. Ils renoncèrent au gouvernement constitutionnel, qui devait succéder un siècle et demi plus tard à la monarchie pure et simple, telle qu'on la comprenait en France et en Yvetot. Eustache III, appelé par les uns, toléré par les autres, secrètement désiré par tous, reprit la couronne de ses pères. Le jour de son intronisation, il but de tous les cidres de son royaume, donnant en cela un mémorable