UN PETIT HOMME
en lui écrivant pour lui reprocher de s'enorgueillir de son succès dans l'afTaire de Mégalopolis : « Regarde ton ombre au soleil- tu ne te trouveras pas plus grand qu'avant ta victoire. »
De là sans doute est venu le proverbe que nous adressons à ces petits individus qui, suivant l'expression populaire veulent faire leur embarras ou, en d'autres termes, affichent des prétentions excessives. Telle est sa signification la plus rationnelle, dont il a été quelquefois détourné mal à propos pour exprimer qu'un petit homme est capable de choses extraordinaires.
C'est dans ce dernier sens que Grandville l'a entendu et en a fait l'application à Napoléon, qui, comme on sait, était d'une taille médiocre, ainsi qu'Alexandre et César. Il a représenté le conquérant français projetant son ombre gigantesque sur les diverses parties du monde qu'il a soumises à sa domination par soixante batailles rangées, tandis que son aigle armée de la foudre plane au-dessus des Pyramides, du haut desquelles quarante siècles ont contemplé le fier conquérant. Cependant l'artiste en mettant sous nos yeux cette grande traînée de l'ombre impériale à travers des cadavres, a su y joindre une idée philosophique par le soin qu'il a pris de marquer aux pieds du vainqueur le point du départ, l'école de Brienne. et sur sa tête les rochers de Sainte Hélène, son éternel point d'arrêt.
Cette idée peut se traduire par ces vers inédits :
De ces jours de conquête ainsi la splendeur passe ; Dieu du trône au cercueil a rétréci l'espace ; Dans la grandeur de l'iiomme éclate son néant. Eh ! que nous reste-t-il de tant de renommée ?
La cendre de la grande armée
Et le passage d'un géant.