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MOINEAU EN MAIN

— Tu pars, disait-il à son ami d'une voix attendrie, tu quittes le quartier de nos études et de nos rêves ; puisses-tu ne le regretter jamais ! puisses-tu. dans la vie nouvelle où tu vas entrer, ne pas te reporter avec tristesse vers le temps où nous récitions ensendjle des élégies. des sonnets et des ballades aux rossignols du Luxembourg!

— Pauvre esprit que tu es ! répondait l'autre, ne vois-tu pas que le pays où je vais entrer est celui de la fortune et de la célébrité? Végète et rampe, si telle est ta volonté; mais du moins n'empêche pas les aiglons de prendre leur essor.

L'aiglon qui parlait de la sorte franchit le pont des Arts triomphalement, et laissa son ami regagner tristement le quartier Saint-Jacques, qu'il habitait. Paul se trouvait ainsi logé dans le voisinage des institutions, où il exerçait les fonctions de répétiteur et empjloyait ses loisirs à composer des vers et des travaux d'érudition, mêlant par une sage division de son temps l'utile du professorat au dulci des belles-lettres et des muses.

Paul resta près d'une année sans avoir de nouvelles de Léon, qui était allé, suivant l'usage des étudiants émancipés, se loger sur les cimes de la Chaussée-d'Antin, le mont Parnasse des représentants des arts et de la littérature moderne.

Un jour, en jetant par hasard les yeux sur un journal de théâtre, Paul aperçut le nom de son ami Léon encadré avec le titre d'un drame nouveau dans une magniri(|ue réclame qui promettait au jeune auteur la plus brillante réussite. Paul ne put retenir ses larmes en lisant cet article :

— Il est heureux, dit-il. et il m'a oublié ! Xe lui

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