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ai-je pas répété sans cesse ({iie ses succès me seraient toujours plus cliers que les miens?
Cependant, la veille de la représentation du drame de son ami, Paul trouva chez lui deux stalles avec une lettre d'î Léon, qui s'excusait en quelques lignes d'avoir été si longtemps sans lui donner de ses nouvelles; mais les travaux: qui l'accablaient, les soins, les fatigues inséparables d'un drame nouveau, avaient absorbé tous ses instants ; enfin, il le reverrait le lendemain au foyer du théâtre, après la représentation.
Dans ce temps -là. tous les drames réussissaient, pourvu qu'ils eussent la couleur nioyen-àge.
La pièce de Léon se passait en plein xiv'' siècle, elle alla aux nues. Paul, tout classique qu'il était, avait applaudi les vers de son ami avec le fanatisme et l'exaltation d'un romantique.
Ivre de bonheur, il se rendit au foyer après la repré-
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sentation et trouva Léon entouré de toutes sortes de barbes et de chevelures qui voulaient le porter en triomphe et l'appelaient Gœthe, Shakespeare, Corneille et Calderon.
— Tu soupes avec nous, dit le dramatui'ge au citoyen (!e la rive gauche.
Léon avait résolu de réunir tous ses amis à table. Le rendez-vous était à minuit ; à huit heures du matin on entendait encore le bruit des toasts et les détonations du vin de Champagne.
Le soujjer coûta douze cents francs. Léon traita ainsi huit jours de suite tous ses admirateurs.
Paul le rencontra six mois après son succès ; trois autres drames avaient pendant ce temps accaparé successivement l'enlhousiasme du public.
— Combien t'a rapporté ta pièce? dit Paul à son ami.
— Environ cjuinze mille francs.
— Il se pourrait? Alors te voilà ee fonds pour deux ou trois années au moins.
— Du tout; avant ma pièce, je devais vingt-cinq mille francs, et j'en dois trente maintenant. Mais n'importe, j'ai deux autres drames en répétition; puis j'ai plusieurs romans sous presse, des mémoires, des voyages... Et toi, mon pauvre Paul, toujours fidèle au quartier Latin, que fais-tu maintenant? où vas-tu de ce pas?
— Je me .rends dans la rue des Postes, oîi je dois donner une répétition de grec, et je passerai ensuite au Journal des Savants, où j'espère publier un article... J'ai sous presse plusieurs traductions, deux histoires à l'usage des classes, un programme pour les bacheliers...
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— Et combien as-tu gagné avec ta plume depuis notre séparation ?
— Dix mille francs environ.
— Dix mille francs ! s'écria J.éon en éclatant de rire. Pauvre ami ! à peine le quart de ce que je gagne dans une année. A présent que me voilà tout à fait lancé, je puis avec le produit de mes pièces, de mes livres et de mes articles, me considérer comme ayant un revenu de quarante mille francs... A propos, as-tu cinq francs sur toi? j'ai oublié ma bourse, et il faut absolument que je monte en voiture pour me trouver à la répétition.
Paul, heureux de rendre un si léger service à son poétique et brillant ami, s'empressa de lui remettre ce qu'il lui demandait.
Leur conversation avait lieu devant le jardin des Tuileries; Léon s'élança dans un cabriolet et lui cria :
— Sois tranquille, je te lancerai, je ferai ta fortune malgré toi... Ah! j'oubliais de te dire, je prends voiture le mois prochain ; tu verras mes chevaux, mon attelage est magnifique... A bientôt !
Paul regagna son c^uartier, le cœur moins serré que lorsque Léon avait pris congé de lui pour la première fois et mis la Seine entre leur affection. Il était d'ailleurs sur le point de conclure un mariage avec une jeune fille qu'il aimait depuis longtemps, et qui, sans être riche, devait cependant lui apporter une petite dot plus que suffisante pour faire face aux dépenses d'un jeune ménage habitué d'avance à vivre d'érudition et d'amour.
Léon adressa à Paul des reproches mêlés de railleries lorsqu'il apprit qu'il était déterminé à se marier :
— T'enchaîner de la sorte, lui dit-il, toi qui pouvais aller si haut avec un peu plus de force et de confiance
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en toi-même! J'aurais pu, si tu avais voulu, te faire conclure un mariage des plus brillants.
En dépit des observations de son ami, Paul se maria, et Léon continua à voyager dans les hautes régions de l'existence littéraire.
Il avait pris voiture comme il l'avait annoncé, et habitait un appartement somptueux:, réunissant autour de lui toutes les apparences de la richesse et du luxe.
l\lais si le proverbe Ne vous fiez pas aux apparences a mérité de s'appliquer à quelqu'un, assurément c'était bien à lui.
Le riche mobilier, la livrée, les chevaux de Léon, recouvraient un gouffre sans fond de papier timbré, de protêts, de saisies et de contraintes, que l'homme le plus intrépide n'eût \m entrevoir sans trembler. Chaciue matin, la sonnette du poëte, ébranlée par une suite de créanciers, formait une symphonie peu mélodieuse qui se prolongeait souvent jusqu'à l'heure du dîaer.
Pendant un certain temps, son imagination infatigable lit fiice il tous. Les pièces qui se succédaient, les volumes qui s'accumulaient, lui permettaient d'amoindrir les dettes les plus menaçantes.
3Iais bientôt il fut. comme on dit. débordé de foutes parts.
Tous ses manuscrits étaient saisis à l'avance, ses plans de pièces, ses ébauches de volumes, ses moindres velléités poétiques, devenaient la proie des recors.
Alors il n'y tint plus, sa tête se troubla, et un jour C|u'il lui avait fallu donner audience à tous ses créanciers qu'il avait essayé d'amadouer avec plusieurs volumes inoctavo de promesses, d'excuses et de protestations, il s'avoua vaincu, et. sortant précipitamment de son brillant