‹ Cent proverbesChapitre 2 sur 257 · LES PROVERBES VENGÉS · texte numérisé non relu

LES PROVERBES VENGÉS

chignon , dos paniers et des falbalas. — Ali ! ah ! jouer des proverbes! voilà qui est plaisant, ajouta avec un riie forcé un grand jeune homme à moustaches blondes. Je me souviens, mesdames, d'avoir ligure une seule fois en ma vie dans un proverbe; c'était au collège, le mol était asinii.s asiniim fricat... J'élais un si bon écolier que tout le monde disait que je devai'^ me charger des deux. r(')les.

On s'égaya ainsi pendant quelques instants aux. dépens du pauvre chevalier, qui. sans ajouter un seul mot, alla reprendre sa place sur la |ielouse en cachant un sourire malicieux sous un air d'indifférence. Cependant, pour chasser l'ennui, on eut recours à divers expédients.

Le jeune homme à moustaches blondes tira de sa poche un volume de poésies intitulé Crises nkrveuses, et se mit à déclamer les passages les plus saisissants. Au bout de deux pages, plusieurs dames prirent leurs llacons; par précaution sanilaire. la leclure fut interrompue.

Une autre personne déploya un journal, et proposa de lire la suite d'un roman en trois cent soixante-cinq feuilletons, qui avait commencé le premier janvier et devait Unir à la Saiiit-Sylvesire. L'auteur n'en était encore qu'aux gelées blanches; on résolut de l'atlendre aux chaleurs.

On essaya aussi de la musique : on entonna des chœurs, des nocturnes, des mélodies sur la mort, les tombeaux, le suicide, les fluxions de poitrine, etc. Alors quelqu'un demanda le De profuinlis; on applaudit, et les voix se turent.

En lin . fpiand on cul épuisé toutes les distractions et tous les passe-temps possibles, il arriva... Mais comment vous dire, mesdames, ce qui arriva? Comn;ent vous peindre toutes ces jolies tètes s'inclinant à demi sur ces

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blanches épaules; ces paupières se fermant à la fois comme des belles de nuit; les hommes bâillant de leur côté et cédant à ce sommeil frais et doux que le far nicnte répand dans l'après-dinée sur le front des Jieureux. habitants de Naples? Au bout de (pielques instants, vous n'eussiez plus vu dans toute la réunion un seul œil ouveit; toutes les poitrines murmuraient ii Tunisson; c'était le palais de la Belle au bois dormant.

Mais à peine l'assemblée fut-elle assoupie que la |jeloiise s'aiiita. les arbres tremblèrent, et l'on entendit dans toute l'étendue du parc un bruit pareil à celui qui se lit dans le jardin du duc, au moment où le brave don Quicholle de la Planche et son Odele Saucho se disposèrent à monter sur le dos de Chevillard. ■ ■ '■

Des tand)0urs, des fifres, des clairons, des instruments guerriers, mêlés au son du loqnerre «■t à des décharges d'artillerie, tirent d'abord un vacarme effroyable; puis une nuit épaisse couvrit la pelouse, et. après quelques minutes d'une obscurité profonde, tout le parc parut illuminé. On vil aloi's sortir de toutes les allées des personnages bizarrement accoutrés; les uns ailés, les autres diaphanes; celui-ci haut comme un géant, celui-là rabougri comme un nain. Quand cette fantastique multitude fut rassemblée devant le château, on entendit ces paroles sortir des rangs : — Vengeons-nous, vengeons-nous! Guerre aux. téméraires qui ont osé nous mépriser, nous, les seuls dieux; nous, les seuls enchanteurs de ce monde; nous, qui avons inventé et mis en circulation toutes les légendes, diableiies, scènes, fabliaux, histoires, nouvelles, traditions, comédies, que messieurs les poètes et romanciers de tous les âges n'ont fait que nous emprunter pour les varier suivant leur fantaisie I

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Un coup (le sifflet vint couper court à cette improvisation remarquable; la nuit régna de nouveau, et bientôt

. . . Nous, qui avons inventé toutes les légendes, diableries. . . { P. 4.)

un personnage d'une haute taille, vêtu diialiits couleur de feu jusqu'à la ceinture , et couleur de fumée depuis la ceinture jusqu'aux: pieds . se mit à parcourir la pelouse, une torche ii la main, en ayant lair tle faire des préparatifs :

— Vous voyez en moi, dit-il, le plus vieux et le plus célèbre artiticier de la terre; car, sans le secours de ma tête et de mes pieds , je défie tous les Ruggieri du monde de lancer en l'air la moindre fusée volante...

En disant cela, il frappa du |iied, et l'on vit commencer un feu d'artifice si éblouissant, si nouveau, si hardi , que l'on comprit bien (jue l'enfer en [lersonne y avait mis la main. Apres une succession de feu\ de toute •

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espèce, et dont le moindre eût fait pâlir de jalousie tons les bouquets de notre pyrotechnie olllcielle. on vit s'élever en l'air un palais tout de llainnies. au milieu duquel était assis sur un Irône phosphorescent le personna.ae émineninient condiustihle rpii s'était annoncé, avec rai,-on. comme le premier artificier du monde. 'Sur sa tète, on lisait cette phrase écrite en majuscules llamboyantes sur un fond noir :

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