‹ Cent proverbesChapitre 206 sur 257 · C'EST QUAXD L'ENFANT EST BAPTISE · texte numérisé non relu

C'EST QUAXD L'ENFANT EST BAPTISE

que vous avez tous les jours sous les yeux, de copier les gestes et la démarche de ceux que vous voudrez imiter; une fois en scène, les paroles ne vous manqueront pas : nos aïeux et bisaïeux les Arlequin, les Pulcinella, les Pantalon, les Covielle et les Scaramouclie ne jouaient jamais la comédie autrement, et ils n'en étaient pas plus mauvais pour cela ; la preuve, c'est que nous vivons encore aujourd'hui sur leur réputation et sur leurs masques. »

A force de zèle et d'activité la pièce fut prête au bout de trois jours. Les poètes de la conjuration prétendaient que personne ne se dérangerait pour assister à la première représentation du Triomphe des Masques; mais ils purent se convaincre que les poètes ne sont pas toujours d'infaillibles oracles.

Chacun était curieux de voir une pièce que l'on disait avoir été composée par le directeur Geronimo Passavant!. L'afîluence fut telle, qu'il ne fallait rien moins qu'une salle aussi solide que celle de San-Carlino pour ne pas s'écrouler sous le poids des spectateurs.

Dès les premières scènes, les poètes qui occupaient toute une banquette du parterre furent fort étonnés de voir que les acteurs entraient, sortaient, parlaient absolument comme si leur rôle eût été tracé d'avance. Souvent même, les saillies naissaient avec tant d'à-propos, le dialogue se parsemait de lui-même de traits si comiques et si neufs, que la salle tout entière éclatait en applaudissements. La pièce avait trois actes; le premier venait de Unir, et l'auteur prétendu,- Geronimo Passavanti, rappelé plusieurs fois sur la scène, avait déjà gagné une courbature à force de révérences.

Les deux derniers actes confirmèrent le succès du premier. Jamais pièce plus singulière ni plus intéressante

QU'IL ARRIVE DES PARRAINS. 45t

n'avait élé ofTerte au public de San-Carlino. On voulait porter le directeur en triomphe, mais il avait eu le soin de se blottir derrière la toile du fond afin de se dérober aux démonstrations de l'assemblée délirante.

Ce fut là que le trouvèrent les poètes qui s'étaient empressés de franchir les banquettes pour se rendre sur le théâtre.

Burchiello prit le directeur à part et lui dit : <( Vous savez que c'est moi qui suis l'auteur de la pièce; c'est un ancien canevas que j'avais remis autrefois à votre prédécesseur. Je n'ai pas voulu vous l'avouer pour ne pas me séparer de mes confrères, mais, à partir de demain, je vous autorise à mettre mon nom sur l'affiche.

— Point du tout, interrompit Pandolfo; c'est mon nom qui doit être imprimé. N'ai-je pas reconnu plusieurs scènes qui ne peuvent appartenir qu'à mon répertoire?

— Voilà qui est un peu fort, criait de son côté le poète Dottori : oser dire que la pièce n'est pas de moi quand tous les lazzis de Pulcinella et les bons mots de Casacciello sont de mon invention !

— Messieurs, Messieurs, dit Geronimo. qui ne savait comment se débarrasser de cette nuée de poètes criant tous à la fois, je vais vous mettre d'accord en vous déclarant que la pièce appartient à vous tous, et que si mes pauvres acteurs ont eu le bonheur de réussir, c'est qu'ils se sont souvenus des mois charmants et des excellents traits dont vous avez rempli les rôles que vous avez bien voulu leur écrire. Faisons donc la paix, et, pour conclure le traité, j'imprimerai demain sur mon affiche que la pièce nouvelle est non pas de moi, mais des très-illustres poêles Burchiello, Pandoho. Dottori et de tous ceux qui voudront bien se présenter. ;i condition toutefois que vous me per-

452 C'EST QUAND L'ENFxVNT EST BAPTISÉ, ETC.

meltrez désormais d'inlituler ainsi la pièce : le Triomphe des Masques ou

c'est quand l'enfaxt est baptisé

qu'il arrive des PAIIRAIXS.

Un peu d'aide fait grand bien.

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