‹ Cent proverbesChapitre 210 sur 257 · RIEN N'EST BOX · texte numérisé non relu

RIEN N'EST BOX

— Si je vous accompagnais?

— Y pensez-vous? Et le médecin?

— Il n'en saura rien ; il visite ses malades en ce moment, et nous ne le rencontrerons certainement pas au bois de Boulogne.

— ■ Non! ce serait compromettre votre santé; je ne consentirai jamais...

— Tous voulez donc cjue je meure de tristesse et de dépit. Autant vaut, ce me semble, mourir en me divertissant; cVailleurs le docteur m'a défendu de galoper, et je vous promets d'aller si doucement, si doucement, cjue je ne serai certainement pas plus fatiguée que si je restais dans mon fouteuil. »

Î\I. de G... se laissa vaincre et tlt seller la jument Thecla, que la comtesse montait ordinairement. A peine avait-elle fait quelques pas. que sa figure, depuis longtemps froide et attristée, rayonnait de plaisir. Son mari lui avait recommandé de n'aller qu'au petit pas; mais dès qu'elle fut dans l'avenue de Neuilly. elle se mit à galoper si bien que le comte avait peine a la suivre.

En rentrant, elle était animée, joyeuse ; son front était couvert de ces teintes de la santé qu'un exercice salutaire ramène sur les visages les plus pâles.

« Que (lirait le docteur s'il vous voyait dans cet état? dit 31. de G... en rentrant.

— Il dirait, répondit-elle, que j'ai un peu enfreint son ordonnance; mais que nous importe! nous ne le verrons pas; ne partons-nous pas demain pour la campagne? »

On était alors au commencement du printemps, et le comte de G... avait l'habitude à cette époque-la d'aller s'établir dans un magnifique château qu'il possédait dans les environs de Compiègne.

Madame de G... parut plus heureuse encore que de coutume de quitter Paris; mais elle était installée au château depuis deux jours à peine . qu'elle avait déjà pris l'habitude de ne descendre de sa chambre que vers deux heures de raprès-niidi. Chaque matin, le jardinier lui montait en cachette un bouquet de fleurs les plus belles et les plus variées ; le comte ne tarda pas à découvrir que sa femme employait toutes ses matinées à peindre. Il rendit des actions de grâces au docteur.

La fête de Î\I. de G... se trouvait être à la fin du mois de juillet. La veille de cet anniversaire il vif paraître devant ( lui M'"' de G qui lui oiïrit d'un air embarrassé un ma-

gnifique album qu'elle venait d'achever. M. de G... se mit aussitôt à le parcourir, et quel fut son bonheur en rei marquant qu'il était rempli de fleurs peintes avec un goût

charmant!

(I Vous allez me gronder, dit-elle; j'ai voulu remplir cet album malgré les ordres du médecin.

— Non. ma chère Juliette, s'écria M. de G... en l'em-

I brassant au front, car vous saurez que cette prétendue

I défense de mon ami L... n'était (ju'une ruse de sa part

destinée à vous rendre à vos anciens passe-temps. Il a

pensé que vous y reviendriez de vous-même du jour où on

\- vous les intei'dirait. Pardonnez-moi de grâce en faveur de

[ cette vérité, qui s'applique si bien aux goùls des jeunes

femmes et souvent aussi, helasi ii la pusition des vieux

maris :

m EN n'F.ST don comme le FRIIT défexdc.

Il n'y a pas de sot métier.

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