IL N'Y A PAS
DE SOT MÉTIl-li
Il n'y a que de sottes gens, ajoute le proverbe qu'il eût été bon de citer avec cette aiUlition ; car elle convient parfaitement à la manière dont il est mis en action, et elle présente, en outre, la réponse la plus naturelle que puisse faire le boueur qui se croit offensé dans l'exercice de ses fonctions publiques par le geste d'apitoiement du laquais en riche livrée pataugeant dans le gâchis à la suite de sa vieille maîtresse dont il portj le chien favori. Voyez comme le fier boueur se carre au milieu du margouillis,
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les mains appuyées sur son balai et les yeuK fixés avec une affectation dédaigneuse sur l'estafier à l'iiabit galonné, aux épaulettes dorées et au chapeau empanaché ! L'importance que chacun d'eux semble vouloir s'attribuer dans la comparaison tacite qu'il fait de sa position avec celle de l'autre est mise en relief avec tout ce qu'elle a de risible par le contraste de leurs prétentions et de leurs actes, et le proverbe si comiquement interprété ne peut paraître bon qu'autant qu'il est ironique.
Cependant cela ne saurait faire oublier que ce proverbe a un sens très-sérieux et très-raisonnable. C'est qu'aucun métier, si sot qu'on le suppose, ne doit être méprisé, attendu que tout métier a quelque utilité sociale, qui compense avantageusement ce qu'on peut y voir de vil.
Les Turcs disent à ce sujet : « Il n'y a pas de métiers ignobles, dès qu'ils peuvent servir à la société. Et d'ailleurs quel est l'homme à qui Dieu a envoyé un ange pour l'assurer qu'un accident ne le réduira pas à une extrême indigence, oii il sera obligé, pour vivre, d'avoir recours à toute espèce de travail ? »
Un métier ne met pas seulement à l'abri du besoin ; il met encore à l'abri du vice. C'est pour cela que plusieurs philosophes ont pensé que les parents, quels que soient leur rang et leur fortune, devraient faire apprendre à leurs enfants une industrie manuelle, comme le recommandait l'école pharisienne des Juifs par cette maxime rapportée dans le Talmud : <( Qui ne donne pas une profession à ses enfants les prépare à une mauvaise vie. »
3Iahomet a récommandé aussi à tous les musulmans, même aux fils des rois, d'apprendre un métier et d'y tra vailler quelques heures, chaque jour.