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LA POULE A LES VEUX

Il y avait, non pas autrefois, mais l'année dernière, à Grenade, deux, orphelines très-belles et très-riches ; l'une

s'appelait Soledad, l'autre Miranda. Elles étaient sous la garde d"une tante qui les aimait comme ses propres enfanls; de leur cùté, les jeunes filles voyaient en elle une mère véritable. La famille denieurait dans une maison de noble apparence, vis-à-vis l'bôtel de El Rey Boabdil, situé rue du Saint-Sacrement.

Le basard avait conduit à Grenade doux Français. jeunes et beaux comme tous ceux, que la littérature fait voyager en Espagne. Ernest et- Eugène habitaient l'hôtel de El Rey Boabdil. Tous les jours, à l'heure où le vent qui vient des AIpuxaras rafraîchit l'atmosphère, ils se mettaient à leur fenêtre ; c'était aussi le moment que 3Iiranda et Soledad choisissaient pour paraître ii leur balcon. Passons du côté de la fenêtre pour entendre ce que disent les deux jeunes gens.

(c 3Ion cher Ernest, tu as grand tort de soutenir 1,» prééminence des femmes de Paris.

— 3Iais c'est toi, au contraire, qui ]>rétends que le royaume des jolies femmes est borné au nord par lé Café de Paris, et au suil par la rue 3Iontmartre.

— Je n'ai jamais prétendu cela, reprit Eugène avec humeur.

— Je ne me suis jamais fait, ajouta Ernest avec une eeilaine vivacité, le champion exclusif de nos compjatriotes.

— Les Espagnoles ont tant de lumière dans le regard I F.xamine plutôt Soledad.

— Et tant de finesse dans le pied! Regarde plutôt Miranda.

- Ah çà ! qui t'a dit qu'elle s'appelait 3Iiranda?

— Qui t'a appris qu'elle se nommait Soledad? ■•<

Les deux jeunes gens rougirent légèrement, [mis ils échani;èrent un sourire.

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