RASE L'AUTRE
La Ghicharona, étocnéo. — Quoi? comment?... Celte femme... ce n'est pas?...
Figaro. — xUi contraire : c'est celle que je pensais... Prenez garde, Ghicharona, la colère vous aveugle, ma bonne amie.
La GtricuAROXA, indécise. — Mais Don Ramon lui-mènic avait l'air de dire...
Figaro. — Ah! Don Ramon avait cet air-là... Je vous plains, Ghicharona. Don Ramon trame quelque perfidie : il cherche à détourner vos soupçons.
La CiiicnARONA. — Vraiment! si je le croyais!... Au surplus, je le saurai bientôt.
[Elle sort en courant.)
Figaro, riant aux écuts, — Gare à toi. Don Ramon ! et pare celte boite. (.\ la coimdr^s :) Vous pouvez sortir, Madame, la tempête est déjà loin.
La Golindrès, encore toute émue. — Seigucur Figaro, je vous dois l'honneur, et peut-être la vie... Un esclandre public... une marque ignominieuse... Oh ! dites-moi, ne puis-je rien pour m'acquitter?
Figaro. — Si fait, cerles. (.\ voix basse :) Getle nuit chez vous...
LV GOLLNDRIiS, offensée. QuC siguifie. . .?
Figaro, souriant. — Non, vous vous trompez ; je sais fort bien que je ne suis pas Don Ramon... Gelte nuit, chez vous, disais-je, il faudra donner asile, pour quelques heui'cs seulement, et dans le plus grand secret, à une jeune fugitive que je protège.
La Colindrès, étonnée. — ^Liis vraiment, Figaro, j'ignore... si...
Figaro. — Vous oubliez que sans moi, tout à l'heure...
SOO UN BARBIER
La. Coundrès, vivement. — Non, non... Je veux, je dois me montrer reconnaissante... A cette nuit donc. Figaro. — Jusque-là, motus!
(eUc sort. Après un instant l'alcade paraît au bout de la rue.)
Figaro. — Et de deux! Maintenant faisons savoir à ralcade...Oh ! justement, voici ce majestueux personnage... Seigneur alcade, deux mots.
L'alcade. — Que me voulez-vous, seigneur barbier?
Figaro. — Où passàtes-vous la nuit dernière?
L'alcade. — Plaisante question! Et de quel droit?...
Figaro. — Vous avez raison, et peu m'importe. Que ■ce soit chez Dolorès ou chez Loaïsa, chez Mari-Alonzo ou chez Léonor, cela ne me regarde en rien ; mais ce qui m'importe, et à vous aussi, c'est de n'être pas démenti dans un petit conte que je viens de faire à madame votre épouse. : , •
L'alcade, troubu. — Ma femme!...
Figaro. — Elle vous cherchait tout à l'heure. Votre absence nocturne lui avait mis la puce à l'oreille, et sans le soin que j'ai pris de la rassurer. . .
L'alcade. — Ah! seigneur Figaro, quel signalé service!
Figaro. — Gomment donc, seigneur alcade, il se faut bien entr'aider quelque peu. Sachez, pour votre gouverne, que nous avons passé la nuit entière chez le corrégidor. Nos motifs doivent rester secrets. Tenez-vous-en à cette explication, que j'ai donnée sous la foi du serment. 3Iaintenant, seigneur, si cette nuit, à l'heure des sérénades, vous aperceviez votre dévoué serviteur en bonne fortune... si vous le trouviez, par exemple, sous les fenêtres du docteur Bartholo, prêt à monter chez... chez la duègne Marceline... j'espère...
RASli L'AUTRE.
L'alcade, soudant. — Il suffit. Nous nous comprenons à mcrveillo. Vous m'avez fait la barbe...
Figaro. — Et vous me ferez le toupet. C'est exactement cela. Il est entendu dans ce bas monde que qui se sent en faute, trouve intérêt à excuser les péchés de son voisin, et que, suivant le proverbe,