‹ Cent proverbesChapitre 231 sur 257 · RASE L'AUTRE · texte numérisé non relu

RASE L'AUTRE

Figaro. — Qui peut donc, gracieuse dame, vous troubler à ce point?

La Colindrès. — Mon mari est un monstre, seigneur Figaro.

Figaro. — Qui cela? l'honorable alcade?

La Coli.xdrès. — L'honorable alcade a passé la nuit hors de chez lui. Il trompe sa pauvre femme; cela est certain.

Figaro. — Vraiment!... Une pauvre femme si fidèle !

La Coli.xdrîjs. — Vous pouvez bien le dire. Et pour qui!... sans doute pour quelqu'une de ces nymphes qui vont étaler leurs grâces à la Sauceda, quelqu'une de ces loueuses de lit qu'il est chargé de surveiller.

Figaro. — Mais êles-vous sûre, au moins, de ce que vous dites là?

La Colindrès. — Gomment voulez-vous que j'en doute? Qui aurait pu le retenir toute la nuit hors de chez nous?

Figaro. — Etrange jalousie des femmes!... Et si je vous disais que nous avons passé la nuit ensemble, non pas, comme vous le soupçonnez, chez quelque nymphe ou quelque loueuse en garni, mais chez le corrégidor de Séville, où nous servions l'un et l'autre de témoins?

La Colindrès. — De témoins? à quoi?

Figaro , gravement. — Ceci , Madame , est un secret d'État;... et je me repens déjà d'en avoir trop dit. Mais croyez-moi, votre mari n'est pas coupable... Qu'avez-vous donc à pfdir et à regarder ainsi du côté de la rue?

La Collxdrès. — Seigneur Figaro, défendez-moi... cachez-moi, seigneur Figaro ! Je suis une femme morte.

{Elle se jette dans l'arrière-boutique.)

(Entre la Chicharona.) • . ■ ■ -

La CiiictuROW. — Elle est ici; on m'a dit qu'elle était ici. Par le ciel, ne m'arrêtez pas ! Je veux lui arracher les yeux., lui déchirer le visage; de ce couteau, je veux la marquer au front.

FiG\RO. — Malepeste, quelle fureur! Charmante gitana, qui donc cherchez-vous ainsi?

La CiiicuAROXi. — Tu le sais bien, maudit barbier; c'est madame l'alcade, c'est cette Colindrès de malheur. Oii se cache-t-olle? Je la veux anéantir!

Figaro. — Tout doux, tout doux, ma belle amazone; prenez garde à mes carreaux, et ne gesticulez point de la sorte. Je n'ai jamais, que je sache, logé madame Colindrès. Mais, pour Dieu, que vous a-t-elle fait?

La Chicharoxa. — Ce qu'elle ma fait! elle veut me prendre ce que j'ai de plus cher. Elle écrit des billets doux à mon brave toréador. Jour de Dieu ! Don Ramon n'est pas pour elle. Mais c'est assez qu'elle y ait songé; je l'arrangerai de la belle sorte! Encore une fois, oii est cette femme?

Figaro. — Je n'en sais, ma foi, rien... Cependant vous m'étonnez fort, Chicharona, et j'aurais soupçonné quelque autre belle d'en conter à Don Ramon.

La CniciiVRONA. — Une autre! dites-vous. Et qui cela, s'il vous plaît?

Figaro. — J'ai là-dessus mes petites idées... (Feignant de se raviser.) Cc billet dout VOUS paHcz , l'avcz-vous encore?

La Cuicoi^ROXA. — Sans doute. Je l'ai gardé pour le f.iire avaler à celle qui l'a écrit.

Figaro. — Voyons-le, par grâce, (f.uc 1= lui donne. — Après l'avoir parcoaru.) J U:;temen t. . . Jc ne ui'étals pas trompé.

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