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ON S'HABITUE

« Je n'oserai Jamais !

— Fais comme moi, imbécile !

— J'ai trop peur. ■■...'.

— Peur d'une fillette de seizj ans ! Je rougis d'être ton cousin. Alain.

b06 A L'AMOUR ET AU FEU

— Mais, mon cher Léveillé... »

Habit tle fiUaine grise et cœur sensible, bas chinés et vingt ans, guêtres nankin, chapeau rond placé en arrière, yeux bleus, cheveux blonds ; au-dessus de la lèvre supérieure un petit signe qui indic[ue qu'il est amoureux de mademoiselle Annette : voilà Alain.

Rappelez-vous les pièces de Favart, si vous tenez à vous faire une idée de Léveillé, de mons Léveillé, comme on disait au xviii' siècle. Voix sonore, gestes gracieux, visage empourpré, œil émérillonné, jarret solide; vous le reconnaîtriez entre mille. Saluez en sa personne le gars, le bon drille, le coq de village. Quel Don Juan que ce Léveillé! N'est-ce pas de lui que M. le bailli disait l'autre jour : « Comment voulez-vous qu'il y ait des rosières dans le canton? il cueille toutes mes roses! » Cependant M. le bailli tiendrait beaucoup à couronner des rosières ; c'est le faible de tous les baillis.

Alain est amoureux fou de mademoiselle Annette ; il n'a plus le cœur à rien, ni à servir la messe à M. le curé, ni à chanter au lutrin, ni à écouter les contes du soir à la veillée ; il passe et repasse sans cesse devant la fenêtre d'Annette ; en levant la tête, il rougit ; si elle est sur sa porte, il s'enfuit.

L'autre jour il l'a rencontrée comme elle entrait dans l'église ; c'est à peine s'il a eu la force de lui dire : « Bonjour, mademoiselle Annette. » Elle, pourtant, lui a répondu d'un ton fort encourageant : a Bonjour, monsieur Alain. » — <( Ah ! si l'on vendait des philtres pour se faire aimer I A quels moyens ont-ils eu recours ceux qui jouissent de ce bonheur? Parbleu! il faut que je le demande à mon cousin Léveillé. »

Ce matin même, Alain est allé trouver Léveillé, et ils

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