‹ Cent proverbesChapitre 237 sur 257 · ON S'HABITUE. 5T · texte numérisé non relu

ON S'HABITUE. 5T

jolies; nous avons des livres et de l'amour à discrétion : je serais presque heureux si je pouvais oublier Annette. Après elle une chose m'inquiète, c'est de savoir l'effet que fera sur moi la première grande bataille. J'ai vu le feu une fois, et je n'étais pas très-rassuré. Le sergent Latulipe, qui me protège, prétend que je m'y habituerai et que je finirai par obtenir les galons comme lui. C'est égal, si mon oncle voulait me faire remplacer, j'en serais charmé. Adieu, mon cher cousin, donne-moi de tes nouvelles et de celles d'Annette ; il me semble que maintenant j'oserais lui prendre un baiser,

Ton cousin pour la vie,

Alain.

Chantons! dansons! la pais, est signée; c'est fête au village; le seigneur va aiTivcr. Le bailli a terminé sa harangue, la rosière est prête. Ne vous étonnez pas qu' Annette soit restée sage si longtemps; grâce à Léveillé, elle a connu l'amour d'Alain, elle lui a fait écrire qu'elle l'attendrait, qu'elle ne serait jamais qu'à lui. Quelle joie, pensait Annette, s'il pouvait assister à la cérémonie! 0 surprise! ô bonheur! le voilà, c'est lui! son oncle lui a acheté un homme. Comme l'habit militaire lui va bien! Il tombeaux genoux d'Annette, il veut l'embrasser; heureusement le bailli survient : « Attendez au moins, lui dit-il, qu'elle ne soit plus rosière. »

Un nuage de poussière s'élève sur la route; on entend le galop d'un cheval : « C'est monseigneur! » s'écrie le bailli, et il s'élance pour le recevoir.

C'était un courrier qui venait annoncer que, monseigneur ayant été mis à la Bastille pour avoir fait un calembour contre madame de Pompadour, ses vassaux seraient privés de sa présence.

Le lendemain Annette épousa Alain. Le pauvre bailli

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