N'EST JAMAIS VIEUX OU LAID POUR UNE FILLE
S'il n'a pas assez de jeunesse ou de beauté pour plaire, il a assez d'or pour se faire épouser; et ce que sa figure offre de disgracieux: s'efface et s'embellit aièuis sous les reflets du plus précieu^: des niétauv : car, ainsi que l'a dit Boileau très-élégamment, dans sa satire viir,
L'or, même à la laideur, doniu un teint de beauté.
522 UN HOMME lUCHE
Par conséquent, il ne faut pas s'étonner qu"un vieu\ ou un laid qui se présente comme épouseur sous les auspices de la Vénus dorée, soit favorablement accueilli par une jeune et jolie fille. Celle-ci pense moins aux inconvénients de son union avec lui qu'aux avantages qu'elle espère en retirer.
Elle va être affranchie de la sujétion oîi ses parents la tiennent et devenir maîtresse de maison ; elle disposera d'une grande fortune ; elle aura de superbes équipages, des écrins garnis de perles et de diamants, des cachemires et des robes magnifiques, enfin tout le splendide attirail de toilette que les anciens appelaient \e inonde féminin, — mundus Diuliebris, — en raison de la quantité et de l'importance des objets qu'il comprend.
L'idée qu'elle se fait de sa nouvelle position l'enivre et l'éblouit ; elle se voit déjà la reine de la mode et se flatte de trouver dans l'homme cousu d'or de qui elle est adorée, un trésorier inépuisable toujours disposé à payer les frais du luxe royal de ses atours.
Est-il possible qu'elle refuse un mariage qui lui ouvre un avenir si merveilleux? Quelque innocente se rencontrerait peut-être capable de résister aux séductions de l'opulence et de rester fidèle à un amant pauvre que ses parents veulent la forcer d'oublier ; mais elle qui n'aspire qu'à briller dans le monde, elle se gardera bien de cette magnanimité de roman. Elle a étudié la question sous toutes ses faces. L'affaire lui paraît excellente, et elle n'a rien de plus [)ressé que de la conclure. Peu lui importe qu'on la blâme de sacrifier les intérêts du cœur à ceux de la vanité en épousant un homme qu'elle ne saurait aimer. Elle tient ce reproche pour une niaiserie sentimentale dont elle rit. Elle sait que le mariage n'empêche pas d'aimer ailleurs, comme