‹ Cent proverbesChapitre 32 sur 257 · JAMAIS GRAND NEZ · texte numérisé non relu

JAMAIS GRAND NEZ

SOUS prétexte que c'est folie de leur laisser une espèce de borne ou de cloison entre les deux yeux, on ne trouvera pas de peuple qui ne réprouve les petits nez et les nez camus comme déplaisants ou de mauvais augure, et qui n'admire les nez proéminents et grandioses. Ces nez d'élite, dont la forme superbe étonne et captive les regards, ont figuré toujours dans le monde avec un honneur infini. Témoin le nez de la Sulamite comparé à la tour du Liban par le sage Salomon dans le Cantique des cantiques , iiasus (uus siciit lurris Libani (vu, 4) ; témoin encore le nez de Cyrus que le philosophe Platon appelait un nez vraiment royal, et le nez de Tillustre Scipion Nasica, la gloire des nez romains, et le nez magnifique de François I", etc., Au reste, ce ne sont pas seulement les poètes et les historiens qui ont proclamé l'importance et la suprématie des grands nez. L'Église elle-même s'est prononcée en leur faveur. Elle les a signalés comme des attributs éminemment propres à imposer le respect et l'obéissance, et a décidé qu'ils étaient obligatoires pour les prétendants aux dignités monastiques. Laurent de Peyrinnis, un des supérieurs de Tordre des 3Iinimes, l'a dit en ces termes formels : Xaso carentes eligi non possunt ad dignitates monasticas. « Ceux qui manquent de nez ne peuvent être élus aux dignités jnonasti'iues. » Bien plus, un autre proverbe nous apprend qu'il faut avoir du nez pour être pape, et l'on voit par ce qu'on vient de lire que ce proverbe doit se prendre dans le sens littéral plus encore que dans le sens figuré du mot nez, puisque c'était de la forme de cet organe que dépendait l'élection aux dignités monastiques qui devenaient presque toujours les degrés par lesquels on s'élevait à la papauté.

On sait que Rabelais, traçant le portrait du moine par

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