S'EN VA LA MÉMOIRE
En ce moment, madame PeiTin entra chez son mari ; elle était suivie de mademoiselle Alphonsine Perrin. leui' unique héritière.
— Eh! bonjour, ma filleule, s'écria M. Dumolard; venez vite embrasser votre parrain. Qu'elle est donc jolie. ma filleule! On la prendrait déjii pour votre sœur, tant elle est embellie, ajoula-t-il en se tournant vers madame Perrin.
— Flatteur, dit la mère en minaudant.
— Ah ça, vous n'oubliez pas, reprit M. Dumolard. que vous dînez tous chez moi den)ain? Mon neveu y sera; mon gaillard est en train de finir son stage; vous le pousserez, monsieur le député.
— Nous en parlerons ce soir; car si nous dînons chez vous demain, vous dînez tous ici aujourd'hui.
Quelques électeurs entrèrent, et les dames Perrin s'esquivèrent.
— Le neveu Gustave y sera; as-tu entendu, ma fille? dit la mère.
— Oui. nuiman, répondit Alphonsine en baissant les yeux.
La rougeur qui se répandit sur son front révélait tout un secret de famille. Depuis longtem[)S les deux associés, Perrin et Dumolard, avaient conçu le projet de resserrer leurs liens commerciaux par une plus intime union; les paroles étaient échangées, et si les jeunes gens n'en avaient rien appris, il est permis de croire qu'ils l'avaient deviné.
A cinq heures, ^l. Dumolard entra d'un bond dans le salon de la famille Perrin.
— Victoire! s'écria-t-il tout essoulïlé. La nomination est enlevée à cent vingt-trois voix de majorité.
Ce furent [lendant un quart d'heure mille embi'asse-
72 QUAND VIEXT I.A GLOIRE,
ments, après lesquels M. DumohirJ partit pour réparer sa toilette tout ëbouriiïée par la liataille électorale. Mais, quand il revint avec son neveu Gustave, M. Perrin n'était plus au logis. Pendant l'absence de jM. Dumolard, une lettre était arrivée en croupe d'un cuirassier; cette lettre, émanée du sous-secrétariat du ministère de l'intérieur, invitait M. Perrin à passer sur-le-champ chez l'honorable chef de celte importante partie du service; M. Perrin, à c[ui sa nouvelle position créait de nouveaux devoirs, n'avait pas cru pouvuir se dispenser de cette visite.
— Mais que contenait donc de si pressant ce billet ministériel? demanda ,M. Dumolard déjà elïïirouché.
— Mon Dieu! si je m'en souviens bien, reprit madame Perrin. le dernier paragraphe était à peu près conçu en ces termes : « Vous avez tracé, poui' le (|uarlier des Bourdonnais, un plan d'alignement ([u'(in ilit fort ingénieux. Tout ce qui peut contribuer à l'assainissement de Paris m'intéresse à un haut degré. L'administration supérieure, qui s'occupe d'un plan général, serait heureuse de connaîti'e celui (jui a l'ait le sujet de vos études. Je vous attends ce soir chez moi à six heures ; nous causerons de son opportunité en dînant. Pas de refus; c'est une alTaire de service. »
— Et mon ami Perrin a accepté ? s'écria M. Dumolard.
— Sans doute. Ainsi que mon mari l'a dit lui-même, il se doit tout entier à ses commettants.
M. Dumolard ne répondit pas; mais le dîner n'eut pas la gaieté que promettait la suite d'une première victoire.
Le lendemain, M. Jean-François-Claude Perrin s'enferma seul dans son cabinet; sa porte fut condamnée. A ceux qui venaient le demander le domestique répondait