‹ Cent proverbesChapitre 54 sur 257 · N'AMASSE PAS MOUSSE · texte numérisé non relu

N'AMASSE PAS MOUSSE

ti\it sur ses épaules; son front sillonné de rides se cachait sous un bonnet fourré ; des bottes de cuir flexible étaient lixées à ses jambes par des bandelettes rouges. Cet accoutrement fantasli([ue donnait à l'homme qui le portait un aspect puissant et singulier qu'augmentait encore l'éclat bizarre de ses yeux. Tous les assistants le regardèrent avec étonnement.

Il commença par demander pardon à la société d'oser ainsi se mêler à la conversation; il reprit ensuite:

— Comédiens, troubadours, négociants, poètes, vous avez cherché la gloire, la fortune, l'amour; vous n'avez rencontré que la misère : ceci prouve que pour être heureux il faut n'avoir point de désirs. Le ciel vous donnera peut-être un jour d'atteindre le but que vous avez poursuivi; seul je vois toujours ma prière repoussée, et pourtant je ne demande que le repos !

Je suis le plus malheureux de tous ceux qui cherchent sur la terre ; permettez-moi à ce titre de vous oiïrir mes petits services. Voici cinq sous que je prie chacun de vous d'accepter; si je pouvais m'arrêtei' plus d'un quart d'heure au même endroit, je vous donnerais davantage; mais il y a longtemps que je parle, et il faut que je vous quitte sans délai.

îl s'éloigna en même temps, et au bout de fiuelques minutes on le vit disparaître à l'horizon.

— Miséricorde! s'écria Miguel Zapata, ne touchez pas il ces cinq sous; nous venons de voir le Juif errant.

- — Pour moi je les accepte, reprit l'homme au manuscrit; si c'est là le Juif errant, il faut convenir que Dieu a bien fait de l'empêcher de s'arrêter plus d'un quart d'heure au même endroit, car c'est un métaphysicien bien ennuyeux. Puisque vous avez voyagé en France, ajouta-t-il en s'adres-

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