IL TE CRÈVERA LES VEUX
rèrenl; quelque temps on vit briller les torches dans les ténèbres de la campagne où sifflait le vent d'automne; puis les clartés s'éteignirent, et Robert, prenant la main de Lucy rougissante, la conduisit vers sa chambre nuptiale, toute parée de bouquets.
La ferme dormait; et le silence protond étendait ses doux mystères des bois aux collines. Robert roula son bras autour de la taille de Lucy, et sa main détachait déjà les fleurs d'oranger, lorsque vingt coups de fusil éclatèrent dans l'ombre ; trente bandits escaladèrent les murs avec des cris sauvages, et Snag, à leur tète, une hache à la main, bondit dans la cour.
Robert voulut s'élancer, mais une balle le tVappa à la poitrine; il poussa un cri et ouvrit les yeux...
Le soleil inondait la chambre de ses purs rayons; mille chants joyeux retentissaient entre les branches des tilleuls fleuris ; Robert était sur son lit. Il passa la main sur son front, et les événements tie la nuit lui revinrent à la mémoire.
— J'ai rêvé! dit-il.
— Oui, c'est un rêve, répondit la voix douce comme e soupir d'une flûte.
Robert tressaillit. Sur le rebord de la fenêtre un joli rouge-gorge sautillait.
— Tu m'as sauvé la vie, reprit la voix, un jour que j'allais être pris par un oiseau de proie; je t'avais promis de m'en souvenir. Cet enfant que tu as recueilli sous ton toit est un bohémien; sa chevelure semblable à l'aile du corbeau est moins noire que son àme. J'ai prié ma sœur, la fée Mab , de verser le sommeil sur tes paupières , et , dans un songe, je t'ai fait voii' la vérité. Lève-toi donc et hâte-toi de renvoyer Snag.