A BON C II A T
BON RAT
Ce proverbe, dont le sens général est : Bien attaqué^ bien défendu, s'appliriue, en particulier, à un individu qui sait lutter d'esprit, de finesse ou de ruse contre ses adversaires. Il peut être ajouté comme une sorte de complément à beaucoup de reparties ingénieuses et piquantes dont voie divers exemples.
Le poëte anglais Alexandre Pope , qui était bossu , ne
146 A BOiN CHAT
pouvant souffrir d'être contredit dans une discussion littéraire par le jeune lord Hyde, lui demanda :
(( Savez -vous seulement ce que c'est qu'un point d'interrogation?
— Oui, répondit le lord. C'est une petite figure crochue qui fait quelquefois des questions fort impertinentes. » A bon chat bon rat.
Le même poëte, mieux inspiré, ayant entendu que le roi d'Angleterre disait de lui : « Je voudrais bien savoir à quoi sert ce bout d'homme qui marche de travers? — A vous faire marcher droit », s'écria~t-il. A bon chat bon rat.
(( On se trouve toujours bien d'avoir épousé une femme simple et sans esprit, disait à la sienne un imbécile; car l'esprit ne sert d'ordinaire à une femme qu'à faire un sot de son mari. — Ce n'est pas vrai, s'écria-t-elle : il sert à empêcher qu'il se doute de l'être. » A bon chat bon rat.
Une dame dont la figure, malgré ses quarante ans, était encore fort jolie et toute brillante de ce vif éclat qu'on nomme le regain de la beauté', voyant sa jeune bru qui, prêle à se rendre à un bal, jetait un coup d'œil sur une glace pour juger de l'effet de sa toilette, lui demanda d'un air moitié sérieux moitié souriant :
« Que donneriez-vous, ma fille, pour avoir ma figure?
1. « Vers Fùge de quarante ans, les femmes prennent un embonpoint, signe de force et de santé, qui leur donne un teint plus égal, plus reposé, non aussi frais, mais plus vif que dans leur première jeunesse. C'est cette seconde jeunesse, cette jeunesse de l'âge mùr, qui est dans la vie comme le second mouvement de la sève des végétaux dans le déclin de l'année que l'on a nommée avec énergie le regain de la beauté. »
BON RAT
Eh ! ma mère, ce que vous donneriez vous-même pour avoir mon âge. » A bon chat bon rai.
Le fameux avocat Linguet avait le défaut, en parlant, de trop articuler les syllabes. Coqueley de Chausse-Pierre lui dit un jour, en contrefaisant ce vice de prononciation : K Bonjour, monsieur Lin-gu-et. » A quoi celui-ci répondit : « Bonjour, monsieur Coqu-e-ley. » Ce qui décomposait le nom propre en deux qualificatifs non moins justes que drôles. A bon chat bon rat.
L'abbé Lacordaire allait de Paris à Sorèze dans un wagon oîi se trouvait un commis voyageur qui se permit de lui adresser cette question : « Savez-vous, monsieur l'ecclésiastique, la différence qu'il y a entre un une et un évêque ?
— Non, monsieur.
— Je vais vous l'apprendre : c'est que l'àne porte la croix sur le dos, et que l'évèque la porte sur la poitrine.
— Et vous, monsieur, demanda à son tour l'abbé Lacordaire, connaissez-vous la différence qu'il y a entre un âne et un commis voyageur?
— Non, monsieur, je ne la connais pas.
— Eh bien, ni moi non plus. » A bon chat bon rai.
Un mot maintenant sur le joli dessin que Grandville a