CHATIE BIEN. 1S
Comment, sans cela, des ministres de la religion chrétienne, qui a tant fait pour l'émancipation et pour la dignité des femmes, eussent-ils pu concevoir la pensée de les soumettre à une pénalité si brutale et si dégradante? N'auraient-ils pas été conduits, au contraire, par l'esprit de cette religion, où tout est douceur et charité, à proclamer la loi indienne du code de Manou, qui dit dans une formule pleine de délicatesse et de poésie : « Ne frappe pas une femme , eût-elle commis cent fautes, pas même avec une fleur. »
Les amants n'étaient pas plus indulgents que les maris, et ils ne ménageaient pas les coups à leurs maîtresses, malgré celte recommandation qui leur était adressée dans VArt d'aimer, poëme d'un trouvère : « Gardez-vous de frapper vos dames et de les battre. Songez que vous n'êtes point unis par le mariage, et que, si quelque chose en elles vous déplaît, vous pouvez les quitter. » Héloïse fut plus d'une fois fustigée par Abeilard. Lui-même, parlant à ellemême, raconte le fait dans une de ses lettres oii il confesse d'un cœur contrit les excès de son amour immodéré : in ipsis diebus dominicœ passionis, te nolentem ac dissuadentem sœpius minis ac flarjellis ad consensuin traheham. « Dans les jours mêmes de la Passion du Seigneur, lorsque tu me refusais ce que je demandais ou que tu m'exhortais à m'en priver, je t'ai souvent forcée par des menaces et des coups de fouet à céder à mes désirs. »
Héloïse, ainsi punie pour le refus dune chose qu'on obtient généralement des femmes sans qu'il soit besoin de les fouetter, n'en devenait que plus tendre. On croirait que le poste Ausone avait deviné le cœur de cette héroïne de l'amour, lorsqu'il disait en poignant les qualités d'une