‹ Cent proverbesChapitre 91 sur 257 · VANTE SON POT · texte numérisé non relu

VANTE SON POT

— Vous ne sauriez mieux, vous adresser, s'écria-t-il ; ma fabrique a des relations immenses ; je couvre de mes produits les cinq parties du monde et leurs îles ; mais , pour donner à mon industrie tout le développement qu'elle comporte, il me faudrait encore à peu près cinq cent mille francs. Versez vos fonds dans ma fabrique ; nous nous associons, et la signature Ferrandin , Maugis et C" ira jusqu'aux antipodes. L'industrie est la reine du monde.

— Nous examinerons cela, dit j\r. Deslongrais. A bientôt, mon cher Louis.

— Et lui aussi ! s'écria Gabriel. Trouver .AL Josse sous l'habit d'un cousin!

Une invitation à laquelle ils avaient promis de se rendre conduisit M. Deslongrais et Gabriel chez un agent de change, rue Laflîtte. Quand ils arrivèrent, cinq cents personnes circulaient dans des salons qui pouvaient bien en contenir deux cent cinquante; on en attendait trois cents encore. Bientôt le bruit se répandit dans le bal qu'un jeune homme, majeur depuis quelques heures seulement, cherchait à placer sa fortune et sa personne : six à sept cent mille francs et un joli garçon, deux choses charmantes auxquelles l'association prête un attrait irrésistible.

— 11 faut, mon cher, vous marier , disait un vieux rentier à Gabriel ; le ménage est un frein qui calmera votre jeunesse, et vous empêchera de gaspiller votre fortune ; si j'étais votre père, les bans seraient publiés demain.

— 11 a trois filles à pourvoir, le bonhomme, murmura M. Deslongrais à l'oreille de Gabriel. M. Josse!! !

— Ce n'est point mon avis, continua un employé supérieur du ministère des finances ; avant de se marier, un jeune homme doit expérimenter la vie ; quand il aura vu le monde et ses écueils, et conquis la maturité du ju-

gement par le travail , il sera temps alors qu'il se marie.

— Le bureaucrate a une fille, mais cette fille n'a que

douze ans ; quand tu auras de l'expérience, elle aura dix-

sept à dix-huit ans , le bon âge pour trouver un époux. Toujours M. Josse! ! ! dit encore M. Deslongrais.

— Bah! interrompit l'agent de change, le mariage n'est pas l'affaire importante de la vie ; on ne doit aujourd'hui songer cju'à la richesse, et la richesse est à la bourse. M. Maugis a une fortune honorable; qu'il la réalise et se lance dans les spéculations. La spéculation est la fée du xix" siècle. Je veux, avant un an, que la coulisse tremble au nom de 3Iau£iis.

YANIE SON POT.

— Et l'agent de change aura gagné trente mille francs de courtages, si tu en as perdu deux ou trois cent mille sur les chemins de fer.

En achevant ces mots, M. Deslongrais passa son bras sous celui de Gabriel, et ils sortirent du bal pour souper.

— Nous avons justement une bécasse dodue à faire plaisir, dit un garçon du Café de Paris aux. deux convives.

— Ah! vous avez une bécasse ? Eh bien, donnez-nous un perdreau! s'écria M. Deslongrais.

Gabriel se mit à rire.

— Tu ris, loi ! Cette bécasse est au restaurateur ce que le domaine est au propriétaire, la fabrique à ton cousin, la charge au notaire, la jeune personne au rentier. II veut s'en débarrasser ; laisse-la manger à d'autres.

— Quoi ! un M. Josse en maître d'hôtel !

— 31. Josse est partout, M. Josse est immortel; M. Josse est un proverbe fait homme, et ce proverbe le voici :

C1I.\QUE POTIRR VAXTIÎ SON POT.

L'occasion fait le larron.

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