‹ Cent proverbesChapitre 90 sur 257 · VANTE SON POT · texte numérisé non relu

VANTE SON POT

de chemin de fer. Placez cet argent chez un capitaliste bien famé, il le fera valoir dans des entreprises sûres ; l'intérêt \ous sera servi à c[uatre pour cent, vous aurez une part dans les bénéfices de la maison , et dans dix ans vos capitaux seront doublés. La banque règne et gouverne aujourd'hui.

— Nous y penserons, moucher Gambier, dit M. Deslongrais; et, poussant Gabriel du coude, il murmura à son oreille ces mots : M. Josse !

Bientôt après, tous les deux arrivèrent chez un notaire, d'âge mûr, qui faisait les contrats de la famille.

— Ah! monsieur Dupuis . dans c[uel temps vivonsnous! s'écria M. Deslongrais. Vous connaissez les affaires de mon neveu , le pauvre garçon ne sait à quel usage appliquer sa fortune ; nous venons vous consulter.

Le notaire parut réfléchir un instant.

— Ceci est très-délicat, messieurs, dit-il enfin; les opérations de bourse sont aléatoires , et les prêts sur hypothèque d'une liquidation pénible ; la propriété mobilière est accablée d'impôts , et les revenus n'en sont jamais certains. Je crois que le plus sage serait d'acheter une bonne charge à Paris. Une charge met le titulaire en position de faire un beau mariage ; elle lui assure un rang honorable dans la société et des bénéfices considérables ; les charges tiennent à présent le haut du pavé. Je connais une personne qui, pour des raisons de santé , a quelque désir de vendre la sienne. Voulez- vous que je lui en parle?

— Parlez-lui-en, reprit M. Deslongrais, et tout bas il ajouta : La personne malade, c'est encore lui qui se porte bien. Oh! M. Josse ! ■

Gomme ils quittaient la rue Saint-]\Iarc où demeurait M. Dupuis, l'oncle et le neveu rencontrèrent une de leurs connaissances qui tournait le coin de la rue Vivienne.

— Eh ! ce cher Dervieu! s'écria M. Deslongrais, que je suis aise de le voir! Voilà un homme de bon conseil, et il va tout de suite nous le prouver. Si vous aviez six. cent mille francs comptants, qu'en feriez-vous?

— J'en achèterais tout de suite une terre d'au moins un million.

— Est-ce un bon placement ?

— jMerveilleux: ! les terres bien cultivées rapportent de trois à trois et demi pour cent; si l'on y applique les nouveaux procédés d'assolement , on arrive à quatre. Et puis la terre reste toujours ; il n'y a pas de banqueroute qui [luisse emporter des prés!

■ — Vous avez peut-être raison. Sauriez-vous par hasard quelque beau domaine en vente ?

— Je n'en connais qu'un, mais il est magnifique. La terre des Futaies, près de Meaux. Je l'ai achetée huit cent mille francs, et j'ai fait faire des réparations considérables aux bâtiments. Je suis obligé de m'en défaire, ma femme voulant se fixer à Toulouse auprès de sa famille. Quanil vous voudrez voir le domaine, écrivez-moi, et nous irons ensemble. Mais hàtez-vous : les concurrents sont nombreux. La propriété est un quatrième pouvoir de l'État.

— C'est entendu, répondit M. Deslongrais.

— Ça fait en tout trois M. Josse, ajouta Gabriel en riant.

— Oh ! nous ne sommes pas au dernier.

En quittant le propriétaire, JM. Deslongrais et Gabriel Maugis se dirigèrent vers le faubourg Saint-Antoine , où demeurait un certain M. Louis Ferrandin. qui était de leurs parents. M. Louis Ferrandin avait élevé une fabrique de produits chimiques à laquelle il consacrait tout son temps. La visite de ses parents parut le charmer; mais lorsqu'il en connut le motif, il ne put dissimuler sa joie.

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