‹ Cent proverbesChapitre 99 sur 257 · PLAIT SA MAROTTE · texte numérisé non relu

PLAIT SA MAROTTE

Lorsque la mille et deuN.iènie nuit fut venue, le sultan, après avoir fait grâce à Scheherazade, ne manqua pas de lui demander un de ces contes que 3[. Galland devait si bien raconter quelques siècles plus tard.

— Soleil de mes jours, lune de mes nuits, glaive de justice, trésor de puissance, lui répondit la sultane dans ce style que nous avons tous admiré , je n'ai plus rien à l'apprendre, j'ai vidé mon sac.

Le sultan , mécontent de cette réponse , regretta de n'avoir pas fait couper le cou à Scheherazade ; il eut même un moment la velléité de se livrer à cette fantaisie pour se distraire ; il résista néanmoins à ce désir en se répétant ces mots mémorables : Un sultan n'a que sa parole. Cette

victoire remportée sur ses passions mérile d'être signalée , surtout cliez un monarque aussi absolu que l'était Schahriâr.

Cependant le sultan maigrissait à vue d'œi! et restait plongé dans une mélancolie profonde ; son nain favori, son fou qu'il aimait tant, ne pouvait parvenir à le distraire; le malheureux fut même exilé de la cour. Les courtisans, forcés de maigrir comme leur maître et de feindre une désolation immense, résolurent de tirer leur souverain d'un état qui pouvait compromettre leur tempérament et affecter leur intelligence. Les ministres et les grands de la cour se réunirent en conseil ; on y appela la sultane Scheherazade, qui avait déjà réussi une fois à dissiper l'humeur noire de son époux, et dont la réputation de sagesse commençait ii se répandre dans tout l'Orient.

Quand le conseil fut réuni autour d'une table recouverte d'un tapis vert, selon l'étiquette orientale, le vizir prit la parole en ces termes :

.Messieurs et cuers collègues,

Ainsi qu'il convient à des sujets fidèles et dévoués , nous ne devons pas avoir de souci plus grand que le bonheur de notre maître, (iris-bien.) La santé, s'il faut en croire le poète Ferdoussi, est la clef du bonheur ; (.\ssentiment.) l'ennui, dit le philosophe Al-Fharbi, est la pire des maladies. Notre maître s'ennuie, donc il est malade, (sensation.) Si mes faibles lumières ne me font pas défaut, le problème que nous sonmies appelés à résoudre est celui-ci : étant donné un prince qui s'ennuie, c|uels sont les moyens les plus propres à le guérir?

UxE VOIX. — C'est cela.

Page 1