OBSERVATION CVIII
(Professeur Princeteau. Inédite.)
À M"*° D... quarante-deux ans.
Présente depuis six mois des métrorragies abondanies et
continues à telle enseigne qu’il n’est plus possible de distin-
guer les périodes menstruelles. Elle a vu surgir assez rapide-
ment une tuméfaction du volume d’une orange, qui s’est placée dans la région hypogastrique immédiatement au-dessus de la symphyse pubienne; elle n'éprouve aucune douleur, mais elle est si profondément anémicée par ces perles incessantes
qu’elle peut à peine marcher et s’essouffle au moindre effort; son teint jaune paille est d’ailleurs caractéristique de cette variété d’anémie. Le médecin qu’elle a consulté a dit à son mari:
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qu’il s’agissail d’une tumeur cancéreuse inopérable et qu’il n’y
avait rien à Lenter pour la sauver. Nous sommes appelés auprès D RALee à ë
d’elle‘et nous constatons en effet qu'il s’agit d’une tumeur ayant
vraisemblablement débuté par le col pour envahir progressi-
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vement tout le corps utérin. L'orifice de la matrice est béant et permet au doigt de pénétrer dans une masse fongueuse qui s’effrite sous le doigt, ce qui nous permet de ramener un fragment assez volumineux pour un examen ultérieur.
Examen : Epithélioma cylindrique développé au dépens des glandes de l’endomètre cervical.
En présence de cette situation critique et devant limpossibilité de pratiquer tout autre intervention, nous conseillons une séance de radiumthérapie qui est pratiquée le 20 août 1921 par le Professeur agrégé Réchou, en notre présence.
Un tube de 52,35 milligrammes de radium cristallisé, soit 28,05 de radium élément, et un tube. de 48 milligrammes de bromure de radium cristallisé, soil 26 de radium élément. Filration: 5/10 de millimètre platine, caoutchouc ni Ag AD Durée de l'application : 48 heures. ,
Résultat immédiat : Cessation complète des métrorragies qui sont remplacées par des pertes grisâtres avec lambeaux sphacelés. La malade se conlente de suivre un traitement externe, consistant en injections vaginales antiseptiques trois fois par jour au début, puis deux fois, puis une seule fois en CRIORTES où les pertes ont complètement disparu.
Fait remarquable : l'utérus a considérablement diminué de volume et le col ainsi que l’orifice du museau de tanche ont repris leur configuration, leur consistance et leur disposition presque normales. L'état général de la malade s’est relevé, elle a considérablement engraissé et malgré la persistance d’un teint cuivré légèrement anémique, elle à repris ses forces au point de pouvoir vaquer aux soins du ménage. L’amélioration persiste donnant l'impression d’une véritable guérison jusqu’au mois de février 1922, époque à laquelle les événements vont se précipiter d’une façon cataclysmique.
Nous revoyons à ce moment la malade qui, se croyant guérie, ne nous avait pas consulté depuis deux mois et nous avons le regret de constater la présence de noyaux secondaires développés dans le tissu cellulaire de la région suspubienne, de la partie supérieure des grandes lèvres, avec volumineux et nombreux ganglions au niveau des plis inguinaux. Le bassin lui-même, dans toute la région péri-utérine, est infiltré par une masse de récidive qui immobilise l’utérus.
C’est la fin. La maladie progresse avec une rapidité vraiment effrayante et la malade succombe quinze jours apres.