INTRODUCTION
Le traitement de l’épithélioma du col de l’utérus est une question qui, depuis longtemps, préoccupe les chirurgiens. La redoutable fréquence de ce cancer, qui atteint, en effet, 25.000 femmes par an en Allemagne, qui, chaque année, en tue 8 à 9.000 aux Etats-Unis, d’après Janeway, rend ces soucis bien légitimes. D’autant plus que le cancer du col frappe des femmes le plus souvent relativement jeunes ou, tout au moins, à un âge où elles peuvent être encore grandement utiles à ieur famille ou à la Société.
Il y a quelques années, la discussion touchant la thérapeutique du cancer du col n’avait guère visé que la nature de l'intervention à adopter, les uns s’attachant à la voie basse, les autres reprenant la vieille opération de Freund par la voie haute. Quand Jonnesco, Wertheim, eurent montré les avantages de l’hystérectomie totale élargie, il sembla que la question était à peu près jugée et que la discussion devait se continuer sur les indications, les détails de technique et surtout les résultais obtenus. Le retour offensif de la voie basse, préconisé par Schauta, suivant une modalité nouvelle, vint seul troubler un peu les chirurgiens.
La découverte du radium et son application au traitement du cancer devait bien autrement bouleverser les esprits. Dès le début, deux camps se formerent : d’un côté, les chirurgiens un peu sceptiques; de l’autre, les radiumthérapeutes trop souvent épris d'idées nouvelles, trop sou-
vent aussi manquant des connaissances cliniques permettant une saine appréciation des faits.
Cest le moment où se rencontrent, dans les comptes rendus des Sociétés savantes, dans la littérature médicale, les opinions les plus opposées.
Dans ces dernières années, le silence ne s’est point fait; jamais les publications n’ont été aussi nombreuses, mais les passions se sont apaisées et la discussion repose sur des bases plus solides. La question est loin d’être résolue, maïs, précisément, il semble qu’une opinion soutenable puisse être formulée à la lumière des statistiques.
C’est ce qui nous a décidé à faire connaître les résultats: de la pratique de nos maîtres bordelais. Nous remercions irès sincèrement et très respectueusement ceux d’entre eux qui ont voulu nous faire bénéficier de leurs documents. Que notre maître M. le Professeur Bégouin; que MM. le Professeur Princeteau, chirurgien des Hôpitaux; le Professeur agrégé Duvergey, chirurgien des Hôpitaux; les Docteurs Verdelet, Lacouture, Charrier, Lefèvre, Charbonnel et Loubat, chirurgiens des Hôpitaux; le Professeur agrégé Réchou et le Docteur Nancel-Pénard, radiologue des Hôpitaux, soient assurés ici de toute notre gratitude. M. le Professeur Venot, chirurgien des Hôpitaux, nous avait donné ses observations, nous saluons très respectueusement sa mémoire.
Pour étudier le traitement radiumthérapique du cancer du col, il faudrait considérer :
1° Les cas auxquels il à été appliqué, tenir compte des facteurs touchant l’âge des malades, les grossesses anté- rieures, l’étendue des lésions, la variété anatomo-patholo-. gique.
2° Les conditions mêmes du traitement : mode d’application, durée, dose, filtration. Be
3° L'association de ce traitement à un traitement autre : le curettage; l’hystérectomie avant ou après, par voie haute Ou par voie basse; la radiothérapie complémentaire; le traitement médicamenteux.
4 Relever les résultats immédiats et éloignés en tenant compte de ces facteurs, comparer ces statistiques à celles de la chirurgie pure, pratiquée suivant les voies et les techniques diverses, et de la chirurgie utilisant le eautère: à froid.
Un pareil travail dépasserait de beaucoup nos forces et notre compétence. Il pourrait peut-être, dans quelques années, être tenté par un maître, mais notre but est plus modeste. è
Dans une question comme celle-ci, malgré tout ie mal qu'on a pu dire de la statistique en général, c’est encore à elle qu’il faut s'adresser pour juger la question. Nous nous contenterons done de rapporter les observations que nous avons pu recueillir ou qu'on a bien voulu nous communiquer. Nous les añalyserons, nous en tirerons les conclusions qu'elles permettent de formuler, heureux si, dans ce travail, à l’imitation de notre grand Montaigne, nous avons pu trouver le Hen pour atacher la gerbe.
CHAVANNAZ. 2
LA CURIETHERAPIE