LA RESTAURATION DE 1815. —RETOUR DE LOUIS XVIII
La France, pendant vingt ans viclorieiise de TKarope, avait fini j)ar succomber et allait payer clicr l'ambition que Napoléon avait eue de créer un empire plus vaste que celui de Charlemagne. Après avoir envahi successivement tous les pays de l'Europe, elle se voyait à son tour, en 1815, envahie pour la seconde fois par les armées coalisées. Vaincu à Waterloo le 18 juin. Napoléon avait vite compris qu'il ne pourrait recommencer sa campagne de France de 1814 et abdiquait le 22, au palais de l'Elysée ; son nouveau règne avait à peine duré cent jours.
Une commission de gouvernement fut formée et les Chambres renoncèrent bientôt à proclamer le fils de Napoléon, encore enfant et retenu en Autriche. Elles ne voulaient point non plus rappeler les Bourbons chassés depuis si peu de temps. Elles consumaient des jours précieux en discussions inutiles et n'arrivaient point à s'entendre sur la forme de gouvernement; l'armée restait sans direction, les troupes alliées hâtaient leur marche. Blûcher avec ses régiments prenait les devants, ne s'inquiétait point des places fortes et poussait droit sur Paris. Les Prussiens apparaissaient dans les environs de la capitale et leurs attaques du côté de Saint-Germain déterminèrent le brusque départ de Napoléon qui, retiré <à la Malmaison, offrait encore ses services comme général au gouvernement provisoire. L'ennemi s'était même tellement aventuré sur la rive gauche de la Seine que Davout, commandant en chef de l'armée française, envoya le général Excelmans qui se porta sur Versailles et mit en fuite un corps de cavalerie prussienne (1^'" juillet).
Mais Fouché, président de la commission de gouvernement, négociait secrètement avec M. de Vi- Irolles, agent de Louis XVÏII et, connaissant bien la lassitude de la plupart des généraux, s'appliqua à étouffer les manifestations du sentiment national. Il fit déclarer, quoique la France eût encore une armée considérable, la défense de Paris impossible cl paralysa ainsi les efforts des patriotes. Trompant ses collègues, se défendant avec énergie de songer au retour des Bourbons qu'il paraissait de son intérêt h lui, conventionnel et régicide, d'écarter, il prétendait que les alliés n'interviendraient point dans les affaires intérieures de la France. Il abusa Carnot qui ne pensait qu'à réveiller l'élan de 1792, et bientôt décida la commission executive à donner pleins pouvoirs au maréchal Davout pour traiter avec Blucher et le duc de Wellington qui avait re-
joint les Prussiens avec l'armée anglaise. Une convention militaire fut signée le 3 juillet qui livrait Paris aux alliés et obligeait l'armée française à se retirer au delà de la Loire.
Le 6 juillet, les Anglais et les Prussiens, ayant occupé toutes les localités voisines de Paris, parurent devant les barrières de la capitale que l'armée avait évacuée en frémissant et non sans des protestations que l'ascendant des chefs les plus populaires avait pu seul arrêter. Ce jour-là les députés continuaient la discussion d'une longue Déclaration des droits du peuple et celte discussion ne fut pas même interrompue par l'annonce de l'entrée des troupes étrangères. Les Anglais cependant venaient de prendre possession de la barrière de l'Ëtoile. Le 7 les Prussiens entrèrent par la barrière de l'École Militaire et de Grenelle et traversèrent Paris tout entier. Les députés continuaient à discuter une Constitution et l'hérédité de la pairie. La veilb au soir, Fouché, heureux du succès de ses intrigues, avait été reçu, à Saint-Denis, par Louis XVIII qui venait d'arriver, et nommé par lui son ministre de la police.
Poursuivant son jeu indigne, Fouché n'en présidait pas moins, le matin du 7, aux Tuileries, la dernière séance du gouvernement provisoire, lorsqu'un officier supérieur prussien ouvrit brusquement les portes de la salle et annonça qu'il avait ordre de faire évacuer les appartements du Palais. Fouché joignit ses protestations aux récriminations violentes de ses collègues. Puis comme l'officier présentait, au nom de Blûcher, une demande d'une contribution de guerre de cent millions, Fouché, poussant l'hypocrisie jusqu'au dernier degré de l'audace, jeta le papier sur la table et, quittant la salle, s'écria : « Voilà un legs que nous laissons au bon roi Louis XVIII. w Puis il alla droit au ministère de la police, en prit possession, et, le soir, tandis que les feux des bivacs ennemis s'allumaient sur les places et dans les jardins publics, il s'en allait dîner à l'hôtel deTalleyrand pour régler avec les nouveaux ministres de Louis XVIII l'entrée du roi fixée au lendemain 8 juillet. La Chambre des députés avait, durant toute cette journée, poursuivi ses discussions théoriques, mais le 8 au matin les députés trouvèrent portes closes. Ils avaient cru naïvement que les vainqueurs de Waterloo respecteraient le> droits et l'indépendance de la France. Or les alliés ne se souciaient même pas du roi qu'ils ramenaient.