‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 14 sur 86 · XIX. — L'AFFRANCHISSEMENT DE LA GRECE · texte numérisé non relu

XIX. — L'AFFRANCHISSEMENT DE LA GRECE

Antique berceau de la civilisation européenne, la Grèce, dans les temps modernes, était, sous la barbare oppression des Turcs, descendue à la condition la plus misérable. La vie et l'intelligence semblaient s'être retirées de son peuple : personne n'aurait reconnu dans les rayas, avilis et courbés sous le bâton, les descendants de Thémistocle, de Périclès et de Démosthène. La Révolution française sembla ranimer la malheureuse Grèce. Au bruit du canon français éveillant les échos des Pyramides, tonnant devant Saint-Jean-d'Acre et détruisant une armée turque à Aboukir, les Grecs prêtent l'oreille. Est-ce un libérateur qui leur vient ? Le canon gronde sur le Danube, les Russes s'avancent dans la Valachie et la Moldavie. Les Grecs tressaillent. Le chef de leur religion, le czar, marche-t-il à leur secours ? Chaque fois leurs espérances s'évanouissent. Mais, entrevue un instant, l'idée de la liberté les poursuivra sans cesse et une noble association, VHétérie se forme, dont les membres confondent dans un même amour la religion et la patrie et jurent de se sacrifier pour le triomphe de la foi et de la liberté grecques.

Ce fut de Janina que partit le signal, donné par Ali-Pacha, le bourreau des Grecs de Souli en 1803. Ce redoutable pacha avait réduit l'une après l'autre toutes les peuplades grecques de l'Épire. Il avait, en 1803, poursuivi les habitants de Souli jusque dans les montagnes les plus inaccessibles. LesSouliotes se défendirent jusqu'à la mort, et leurs femmes, plutôt que de tomber entre les mains des Musulmans, se jetèrent avec leurs enfants dans les précipices. Ali ne voulut point reconnaître l'autorité du sultan Mahmoud. Une armée turque vint l'assiéger dans sa capitale, en 1820 ; il repoussa toutes les attaques, mais bientôt serré de près, il apprit l'existence de l'Hétérie et, malgré le mal qu'aux jours de sa puissance il avait causé aux Grecs, il se fit adinctlre dans celte association, dès lors obligée de le défendre. Ypsilanti, aide-dc-camp du czar Alexandre, proclama l'insurrection à Jassy, capitale de la Moldavie ; il échoua. Mais dans l'ancienne Grèce, un archevêque plante sur les murs de Calavitra le drapeau de l'indépendance (21 mars 1821). La Morée tout entière se lève. A Gonstantinople, on lui répond par un odieux massacre de la population grecque. Partout la dévastation et l'incendie accompagnent la marche des Turcs ; on dirait une guerre du moyen <àgc,et,à voir l'héroïsme des Grecs, une guerre antique.

Les Grecs n'ont point de flotte ; ils transforment

leurs petits bâtiments en brûlots. Napoli, Navarin, Tripolitza tombent successivement entre leurs mains. L'insurrection a ses forteresses. Le l""" janvier 1822, elle se donne un gouvernement. A ce même moment, le pacha de Janina succombait, et les Turcs, débarquant à Chios, massacraient la population de celle grande île.

Cependant les peuples applaudissaient aux exploits de Canaris et de Botzaris et n'allaient point tarder à forcer la main aux gouvernements. Le poète anglais Byron, le colonel français Fabvier allaient combattre avec les insurgés. Pour dompter la Grèce, le sultan Mahmoud avait déjà presque épuisé les ressources de son empire ; il appela à son aide son vassal, le vice-roi d'Egypte, Mohammed-Ali. Dans l'été de 1824, une flotte partit d'Alexandrie, portant une armée de 16,000 hommes ; la flotte grecque lui barra le passage; mais au mois de février 1825, elle ne put empêcher l'armée égyptienne de débarquer à Modon. Le fils du pacha, Ibrahim, la commandait. Navarin, Tripolitza, capitale de la Morée, furent emportées ; Arcadie, Kalamata incendiées. Les Grecs ne pouvaient résister en bataille rangée ; retranchés dans les montagnes qui rendent d'un accès difficile le centre de la Morée, ils interceptèrent les convois et détruisirent en détail l'armée d'Ibrahim.

Las de son inaction, celui-ci répondit avec joie à l'appel des Albanais, qui assiégeaient en vain Missolonghi (dans l'ancienne Étolie, à l'entrée du golfe de Patras). Bloquée depuis les derniers jours de 1825, Missolonghi avait repoussé toutes les attaques. Elle allait céder à la famine, lorsque Miaoulis, dispersant la flotte turque, ravitailla la place. Le chef des Albanais, Rachy, dut recommencer tous les travaux. Ibrahim vint à son aide et lui amena 10,000 Égyptiens (1826). Bientôt les m ilheureux habitants, réduits de nouveau à la plus horrible famine, résolurent, dans la nuit du 12 avril, de quitter la ville et de se frayer un chemin à travers l'armée ennemie ; mais les Turcs avertis se tenaient sur leurs gardes. Rjjetés dans la pla^e qu'ils avaient minée, les Grecs se défendirent avec le courage du désespoir. Femmes, vieillards, enfants, prirent part au combat ou s'ensevelirent sous les ruines de leurs maisons. Personne ne demanda grâce. Quand l'ennemi approcha, ce qui restait de la population se réfugia dans le magasin des poudres ; l'évêque la bénit, s'v'cria une dernière fois ; « Souvenez-vous de nous. Seigneur, » et mit le feu aux poudres. La ville fut détruite par cette explosion et l'incendie.

AFFRANCniSSEMENT DE LA GRECE. — HEROÏSME DES HABITANTS DE MfSSOLONGIlI.

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