XXI. MINISTÈRE DU PRINCE DE POLIGNAC. — L'ADRESSE DES
Le 9 août i829, le Moniteur annonçait un nouveau ministère. Le prince Jules de Polignac recevait le portefeuille des affaires étrangères, le comte de Bourmont celui de la guerre, la Bourdonnaie celui de l'intérieur. Ces trois noms donnaient au cabinet une signification menaçante. Le prince de Polignac, ancien complice de Georges Gadoudal, personnifiait les préjugés de l'émigration. Le comte de Bourmont avait quitté les rangs de l'armée française la veille môme de Waterloo. Si aucun souvenir fâcheux n'indisposait contre la Bourdonnaie, ses discours depuis quinze ans l'avaient assez fait connaître comme un des plus fougueux royalistes.
Les journaux ultra-monarchiques s'écriaient : « Plus de concessions! le combat est rétabli entre la royauté et la révolution. » Le président de la Chambre, l'éminent philosophe et orateur Royer-Gollard donna le vrai mot de la situation; « Allons, dit-il, Charles X est toujours le comte d'Artois de 1789. »
L'opposition devint si générale que des hommes sincèrement dévoués à la monarchie se jetèrent dans la lutte: des conseillers d'État et l'ambassadeur à Rome, Chateaubriand, donnèrent leur démission. Une société s'organisa au grand jour sous le titre de: Aide-toi^ le ciel f aidera. Les royalistes y siégeaient à côté des libéraux. L'ancien secrétaire du ministère de la justice en 4815, Guizot, y donnait la main à Béranger. Les journaux publièrent des actes de sociétés bretonnes qui s'engageaient à refuser l'impôt si on sortait des voies légales. Au milieu de ce déchaînement universel, les ministres ne semblaient pas comprendre cette animosité à laquelle ils prenaient garde de fournir le moindre prétexte. Ils ne faisaient rien, ce qui alarmait davantage en permettant de croire qu'ils attendaient pour agir la lassitude générale. La Bourdonnaie se retira parce qu'on ne voulait point lui accorder la présidence du conseil. Les modifications auxquelles donna lieu ce changement n'altérèrent en rien la composition du cabinet et le choix du prince de Polignac pour la présidence augmenta les craintes.
Le 2 mars 1830, Charles X, en ouvrant la session législative, annonça une expédition contre Alger, parla de la prospérité financière et deminda aux Chambres « leur concours pour le bien qu'il voulait faire ». « Si de coupables manœuvres^ ajoutait-il, suscitaient à mon gouvernement des obstacles que je ne peux prévoir ici, que je ne veux pas prévoir, je trouverais la force de les surmonler dans ma résolution de maintenir la paix publique, dans la
juste confiance des Français, et dans l'amour qu'ils ont toujours montré pour leur roi. » Quelques minutes après, Ciiarles X laissa tomber son chapeau : le duc d'Orléans le releva et le lui rendit en pliant respectueusement le genou. Futile incident qu'après la révo'ution de juillet tout le monde se rappela et dans lequel on voulut voir un singulier pronostic.
L'Adresse de la Chambre des Pairs enveloppa des formules habituelles de dévouement le blâme de toute tentative inconstitutionnelle. Elle déclara à Charles X « que les droits de sa couronne étaient inséparables des libertés nationales ». L'Adresse de la Chambre élective, plus hardie, est demeurée célèbre sous le nom de V Adresse des 221 parce que 221 voix l'adoptèrent contre 181. Elle tranchait la question dans le vif. «Sire, disait-elle, la Charte que nous devons à votre prédécesseur et dont Votre Majesté a la ferme résolution de consolider le bienfait, a consacré comme un droit l'intervention du pays dans la délibération des intérêts publics. Cette intervention devait être, elle est en effet indirecte, sagement mesurée, circonscrite dans des limites exactement tracées et nous ne souffrirons jamais qu'on ose tenter de les franchir ; mais elle est positive dans son résultat, car elle fait du concours permanent des vues politiques de votre gouvernement avec les vœui de votre peuple, la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. Sire, notre loynuté, notre dévouement nous condamnent à vous dire que ce concours n'existe pas. »
Le 18 mars, Charles X entendit la lecture de cette Adresse. Sa réponse sèche et brève fit entrevoir ses projets : « Messieurs, j'ai annoncé mes résolutions dans mon discours d'ouverture de la session : ces résolutions sont immuables: l'intérêt de mon peuple me défend de m'en écarter. » Le lendemain, une ordonnance prorogeait la Chambre au 3 septembre. Personne ne s'y trompa: celte prorogation cachait une prochaine dissolution. L'opposition, comme le ministère, se prépara à une lutte vive, ardente sur le terrain électoral. Des banquets, de nombreuses réunions libérales entretinrent dans le pays une fermentation inusitée.
Toutefois le ministère espérait détourner l'attention publique vers une expédition dont il achevait les préparatifs. Il comptait apaiser le mécontentement par une satisfaction donnée au patriotisme et par une guerre plus sérieuse que les guerres d'Espagne et de Morée. Il cnvoytit une armi'C contre Alger.
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