XXII. — PRISE D'ALGER (5 juillet i
Depuis quinze ans, la France recevait d'un chef de pirates, le dey d'Alger, de continuels ouvrages. Nous avions dans la province de Bônc de vieilles concessions et le privilège de la pêche du corail sur les côtes. La France ne les conservait qu'en satisfaisant aux exigences du dey Hussein. La liquidation de créances de sujets algériens devenait aussi le prétexte d'insolentes réclamations. Violant tous les traités qu'on signait avec lui, Hussein capturait des vaisseaux romains placés sous la protection de la France. En 1827, notre consul ayant adressé au dey une réponse assez fière, celui-ci plein de colère, se leva et frappa le représentant de la France d'un chasse-mouche en plumes de paon. Charles X envoya une escadre bloquer Alger, mais le blocus ne put être effectif. Le dey, par représailles, ravagea nos concessions et détruisit nos établissements. Avant d'entreprendre une expédition, on voulut tenter encore une conciliation. Une nouvelle insulte, un nouveau mépris du droit des gens accueillirent ces ouvertures. L'envoyé chargé de celte mission se retirait sans avoir réussi, lorsque son vaisseau, au sortir du port d'Alger, fut salué d'une pluie de boulets. Ce dernier outrage hâta la formati-on et le départ du corps d'armée qui devait châtier les Barbaresques.
Une réunion d'officiers généraux de la marine (6 avril 18 .0) avait déclaré le projet du débarquement d'une armée impraticable. Le vice-amiral Duperré, môme lorsqu'il eut reçu le commandement de la flotte, ne cessait de qualifier d'absurde l'expédition. Mais d'Haussez, ministre de la marine, tint bon et, loin d'éloigner Duperré qui le ménageait si peu, il le défendit en plein conseil des ministres : « C'est un excellent officier, dit-il, brave comme son épée, jouissant de la confiance des marins et la méritant à tous égards ; il est d'un caractère difficile et essentiellement contrariant ; cela ne rcmpcchera pas d'agir franchement quand il y sera, et, comme je le lui ai dit à lui-môme, il fera mieux qu'Une dit. >^
L'Angleterre faisait des objections, témoignait des inquiétudes.. Charles X fit répondre «qu'il n'entendait avoir besoin du consentement de personne au monde pour venger une insulte faite à son pavillon ». Dans les pourparlers les ministres furent plus vifs : « Nous ne nous môlons point des aff'aircs des Anglais, disaient-ils, qu'ils ne se mêlent point des nôtres. » M. de Polignac refusa de répondre à une note de l'Angleterre : « Dites, répondit-il à l'ambassadeur, que vous m'avez présenté une note et que je ne l'ai pas lue. »
Une armée de 40000 hommes fut embarquée à Toulon sous les ordres du comte de Bourmont. L'amiral Duperré conduisait la flotte composée de 11 vaisseaux de ligne, 23 frégates, et comprenant au total 103 bâtiments de guerre; 27000 marins montaient ces bâtiments et depuis longtemps pareil armement n'était sorti des ports de France. La flotte partit de Toulon le 23 mai. Un navire turc avait tenté de forcer le blocus d'Alger pour conduire dans cette ville un ministre ottoman qui devait, suivant les conseils de l'Angleterre, provoquer la déposition du dey Hussein et enlever tout prétexte a notre expédition. L'envoyé turc se vit obligé de rebrousser chemin, escorté parune frégate française.
La flotte défda le 13 juin devant les forts d'Alger et se dirigea vers la presqu'île de Sidi-Ferruch, à cinq lieues à l'ouest. Le débarquement s'eff'ectua du 14 au 20 sans que cette opération, plus difficile sur la côte africaine que partout ailleurs et pour laquelle les amiraux avaient demandé vingt-sept jours, fût troublée par l'ennemi. Le 19 juin l'armée de Hussein, comptant plus de A^OOO hommes, s'avança contre les troupes françaises qui avaient à peine eu le temps de s'organiser: il espérait les jeter dans la mer, mais son armée, complètement battue près de Slaouéli, fut dispersée dans les montagnes. Le 24 les Algériens ralliés revinrent à la charge sans plus de succès. Le 28 les bataillons français couronnaient les hauteurs qui s'élèvent autour d'Alger.
Le 30 juin les Français ouvraient la tranchée devant le fort principal qui dominait Alger et occupèrent les mamelons voisins. Ce fort remontait à l'époque de Charles- Quint et s'appelait le château de VEmpereur parce qu'il avait été construit, dit-on, sur le lieu môme où Charles-Quint avait dressé sa lente, en 1541, dans une expédition qui avait échoué et dont l'issue avait plus tard découragé les puissances européennes. Enfin, le 4 juillet, celte forteresse était détruite par l'artillerie française et Hussein ordonnait qu'on la fît sauter, espérant engloutir nos soldats dans l'explosion au moment où ils escaladeraient les murailles. Mais l'explosion eut lieu avant l'escalade et les Français purent s'établir au milieu des ruines pour bombarder Alger qui capitula immédiatement. Le 3 juillet, les Français entraient dans la ville. Cette expédition qui détruisait à jamais la piraterie, nous donnait un nouveau port sur la Méditerranée et nous ouvrait l'Afrique où nos armes, jointes à notre civilisalion, allaient nous conquérir une richcet belle colonie.