‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 86 sur 86 · C— LA PAIX DE FRANCFORT. — L'ALSACE-LORRAINE · texte numérisé non relu

C— LA PAIX DE FRANCFORT. — L'ALSACE-LORRAINE

Le traité définitif fut signé à Fraucfort-sur-le Mein le 10 mai. Nous étions forcés de payer cinq milliards et d'abandonner aux Allemands l'Alsace et la partie de la Lorraine qu'ils appellent allemande. — Nous conservions BeJfort et une partie de son arrondissement, dans le Haut-Rhin, mais nous cédions le reste du Haut-Rhin, le Bas-Rhin, les arrondissements de Metz et de Thionville dans la Moselle ; ceux de Château- Salins, de Sarrebourg, dans la Meurthe ; le canton de Shîrmeck dans les Vosges. L'Alsace formait, avant la guerre de 1870, deux départements : le Haut-Rhin, chef-lieu Colmar, souspréfectures: Bel fort et Mulhouse ; et le Bas-Rhin, chef-lieu Strasbourg, sous-préfectures: Wissemliourg, Saverne, Schlestadt. Colmar était le siège d'une cour d'appel, et la population de cette ville agréable s'élevait à 16 000 habitants. C'est la patrie (le deux illustrations militaires bien françaises, le général Rapp et l'amiral Bruat, auxquels la ville de Colmar avait élevé des statues. La ville importante de ce département était toutefois la ville industrielle de Mulhouse, renommée dans le monde entier pour ses fabriques de draps, de toiles peintes, de machines à tisser et à filer. -

Le département du Bas-Rhin avait pour cheflieu Strasbourg. Centre politique et littéraire de l'Alsace, cette ville comptait 84,000 habitants : sur une de ses places on remarquait la statue d'un des l)lus illustres généraux de la République, Kléber, encore un nom bien français. Strasbourg possède aussi la statue de Gntenberg, né à Mayence, sans doute, mais qui fit à Strasbourg les premiers essais de l'art merveilleux de l'imprimerie en 1456. Le commerce avait pris à Strasbourg un développement considérable, et cette ville avait une activité et une gaieté presque parisiennes. L'industrie consistait en fabriques de draps, de toiles et d'étoffes de coton, de coutellerie, de bijouterie, d'acier, de papiers peints ; les brasseries de Strasbourg sont restées célèbres. Schlestadt^ Molshcim, Wasselonne, étaient des centres industriels. A Mutzig se trouvait une fabrique d'armes à feu.

En Lorraine, nous avons perdu une place de guerre de premier ordre, Metz, que nous possédions depuis 1559. De ce côté, nous avons reculé de plus de trois siècles, et la France est complètement ouverte. Ville de 55 000 habitants, animée, agréable, essentiellement française, où l'on ne parle pas même allemand, elle semblait ne devoir jamais nous être disputée. L'annexion vio-

lente dont elle a été victime, en a complètement changé l'aspect. Metz était le siège d'un évêché, d'une division militaire et de la grande école d'application du génie et de l'artillerie, qu'on a dû installer provisoirement à Fontainebleau.

Avec Metz, nous avons perdu Sarreguemines et la place forte de Thionville (que les Allemands ont déguisé sous le nom de Diedenhofen) . Il ne nous est resté de l'ancien département de la Moselle que l'arrondissement de Briey. Dans l'ancien département de la Meurthe, on nous a enlevé les deux arrondissements de Château-Salins (Salzburg) et de Sarrebourg ; dans ce dernier arrondissement se trouvait la petite place de Phalsbourg, qui a fait une belle défense dans la guerre 1870, les salines de Dieuze, les bancs de sel gemme de Vie, la verrerie de Saint-Quirin.

L'Alsace, encadrée par les Vosges, dont nous ne possédons plus maintenant qu'un versant, bordée par le Rhin aux eaux vertes et rapides, réunit le pittoresque des pays de montagnes et la majesté des vastes plaines. On voit dans cette grasse et fertile contrée s'étager et prospérer toutes les cultures; la population, très laborieuse, se partage entre les travaux des champs et de l'industrie et réussit également dans les uns et dans les autres. La province d'Alsace, réunie à la France depuis les traités de Westphalie, en 1648, était une de celles qui s'étaient le plus attachées à notre nationalité. Quoiqu'un patois allemand fût resté en usage dans les campal^nes, les sentiments étaient français, et l'émigration nombreuse qui a suivi la violente annexion à l'em- : pire d'Allemagne l'a bien prouvé. Le l""" octobre 4872 avait été le terme fixé pour l'option entre la nationalité française et la nationalité allemande; mais l'option devait être suivie d'un changement de domicile réel. Aussi, au terme fatal, vit-on un imjnense déplacement de population, et tous ceux <iue la propriété ou la nécessité n'enchaînaient pas ïiu sol, venaient retrouver en France la patrie. Dix ans se sont écoulés et les populations de l' Alsace-Lorraine ont montré à chaque élection de leurs députés qu'ils regrettaient toujours la France. Chaque fois les candidats de la protestation l'ont emporté, protestation obstinée du vaincu contre le •vainqueur, du Français contre l'Allemand. Comme jadis les habitants de la Rochelle soumis aux Anglais, Metz et Strasbourg répètent : « Nous avouons j l'Allemagne des lèvres ; mais nos cœurs ne changeront pas. »

1246-84. — CoRBBiL. Typ. et stér, Crétb.

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