Mathias-Ddval. — microscopique de P. E
« Préface du Manuel d’anatomie Launois », 1901, p. xi.
un immense retentissement et fut généralement acceptée. Grâce à son génie la lumière se faisait brillante là où régnait l’ombre.
« En France, écrit Henle^ où Bichat propagea lui-même sa doctrine par l’enseignement, et où sa mort, suite d’excès de tous genres, causa une émotion générale, ses opinions ne tardèrent pas à jeter de profondes racines. Elles furent connues en Allemagne par la traduction que Plaff publia de VAnatomie generale \ mais elles ne commencèrent à y vivre que quand Walther les eût animées en quelque sorte de l’esprit de la philosophie qui régnait alors dans les contrées d’Outre-Rhin. » Elles servirent de base aux recherches qui lurent entreprises de tous côtés.
On s’aperçut bientôt que parmi les vingt et un tissus élémentaires qu’avait décrits Bichat, il n’y en avait que fort peu qui soient simples et homogènes. On reconnut aussi que nombre d’entre eux, tels que les artères, les veines, les lymphatiques, les séreuses, les muqueuses.
1. Henle. — Histoire de l’histologie in « Traité d anatomie générale traduit par Jourdan », 1843, T. I, p. 121.
étaient formés de parties douées d’une structure différentes et de propriétés vitales également difîérente. Enfin, si des tissus de même nature se trouvaient répartis dans deux ou trois classes distinctes, d’autres, tels que le cristallin, la cornée, les ligaments jaunes, ne figuraient pas dans la nomenclature. Richerand ajouta à la liste le tissu érectile ; Cloquet, le tissu élastique.
Peu à peu la classification de Bichat se trouva démembrée, et la tendance commune fut de la simplifier. C’est ainsi que Meekel chercha à diviser les tissus en généraux et simples ; Rudolphi, R. Wagner, en simples et composés; E. H. Weber, en simples, complexes et composés. Mais toutes ces tentatives demeurèrent infructueuses, car ce n’étaient ni les apparences extérieures, ni les réactions chimiques, ni même les fonctions physiologiques, quipouvaientpermettre d’établir une classification précise des tissus.
Celle-ci ne devait être possible que si elle était basée sur la connaissance des parties constituantes de chacun de ces tissus, de ce que nous appelons aujourd’hui les éléments anatomiques. Le microscope seul était capable
de distinguer ces parties constituantes, de suivre leurs transformations et de distinguer leurs modes variés d’intrication.
Cherchant à résoudre, à l’aide du microscope, les tissus animaux en leurs éléments constituants, Treviranus (1816) y distingue une matière homogène ou amorphe, des cylindres ou fibres, des globules; il leur donne le nom de parties élémentaires.
Krauss, Lauth, Jordan recherchent ces éléments dans le tissu conjonctif dont Bichat a démontré la grande abondance dans l’organisme.
Raspail ^ étudie la constitution et le mode de formation des molécules ou atomes organiques. Pour lui, chaque molécule se compose d’une enveloppe vésiculaire perméable à certains gaz et à certains liquides, susceptible de se développer et de croître et d’un liquide qui continue à s’organiser dans son sein. La vésicule est un organe doué de la faculté de se reproduire à l’infini et adaptant à son type, le liquide qui la remplit et qui l’anime.
* Raspail. — Nouveau système de chi.mie organique. Paris 1838. , < -
Dutrochet % étudiant parallèlement la structure des tissus animaux et des tissus végétaux, admet une homologie complète entre leurs éléments formateurs. Les éléments qui composent par leur agglomération la plupart des organes des animaux sont, pour lui, de petites vésicules membraneuses contenant un liquide.
En 1831, Robert Brown découvre le noyau dans les cellules épidermiques des asclépiadées et des orchidées. A vrai dire, ce corps avait déjà été aperçu par d’autres observateurs : Leeuwenhoek l’avait vu et représenté dans les globules sanguins de la grenouille, Fontana (1781) dans les cellules épithéliales de l’anguille, Carolina (1787) dans les œufs dés poissons.
Grâce aux travaux des botanistes, grâce surtout à ceux de Schleidén, la connaissance des tissus végétaux est bientôt assez avancée. Ils sont formés par des cellules plus ou moins modifiées. Chaque cellule possède trois parties fondamentales, une membrane, un contenu ou
1, Dutrochet. — Mémoires pour servir à l’histoire anatomique des végétaux et dés animaux.
corps cellulaire pouvant renfermer un suc cellulaire, et enfin un noyau renfermant souvent un nucléole.
C’est en 1839 que l’anatomiste et physiologiste Th. Schwann applique véritablement aux tissus animaux la théorie que Schleiden avait formulée pour les tissus végétaux. Il reconnaît que l’emhryon est d’abord tout entier formé par des cellules semblables ; que ces cellules, primitivement sphériques, s’aplatissent, s’allongent, se ramifient, se transforment pour constituer les différents éléments qui entrent dans la constitution des tissus de ; l’animal adulte. Dans un court mémoire, 1 « Recherches sur Vanalogie de structure entre j les animaux et les plantes », il fonde la théorie cellulaire qui devait être si féconde en déductions scientifiques et philosophiques.
Avec la théorie cellulaire commence une seconde étape dans l’évolution de nos connaissances; avec elle naît aussi Vhistologie proprement dite. Une véritable révolution s’est faite dans le domaine des sciences biologiques ; mais elle n’a été possible que grâce aux conceptions géniales de Bichat qui a ouvert et montré la route à suivre. Si ses
œuvres imprimèrent aux recherches une profonde et puissante impulsion elles témoignent aussi de sa grande supériorité sur les biologistes de son temps et sur tous les penseurs qui, depuis Aristote, avaient fait porter leurs efforts vers la solution de ces importants problèmes de structure et de fonction.
19 Juillet 1902.