‹ Centenaire de la Faculté de médecine de ParisChapitre 108 sur 146 · CHAIRES DE CLINIQUE CHIRURGICALE · texte numérisé non relu

CHAIRES DE CLINIQUE CHIRURGICALE

D’après le plan d’organisation de l’École de santé, il y eut deux chaires de clinique chirurgicale qui furent installées, l’une à l’Hôtel- Dieu et l’autre à l’hôpital de Perfectionnement, qui avait remplacé l’ancien hospice Saint-Côme ou de l’École. Celle de l’Hôtel-Dieu fut confiée à Desault. Il avait été reçu maître en chirurgie le 3i août 1776, et avait été nommé le 28 février 1785 premier chirurgien de l'Hôtel-Dieu, en survivance de Jean-Nicolas Moreau, au lieu et place de Ferrand, décédé11'1. Desault était chirurgien de l’hôpital de la Charité depuis 1 7 8 2 : Desbois de Rochefort y avait institué des conférences de clinique médicale. Desault l’avait imité pour la chirurgie, et lorsqu’il fut nommé à l’Hôtel-Dieu I2', il y continua son enseignement clinique bénévole jusqu’au jour où il fut installé comme professeur de clinique chirurgicale (3 1 janvier 1796). Mais son enseignement dura peu, car il mourut quelques mois après sa nomination. « Chaque jour, dit Bichat(3), la séance s’ouvrait par une consultation publique et raisonnée, où n’étaient admis que les malades indigents du dehors. Les élèves de l’hospice lisaient ensuite l’observation exacte et détaillée de tous les malades intéressants qui devaient sortir dans la journée et dont le pansement avait été confié à leurs soins. En se formant euxmêmes, ils contribuaient ainsi à l’instruction de leurs camarades.

historique sur la vie de Desault. ( Journal de chirurgie, t. IV, p. 206.)

ENSEIGNEMENT

« La troisième et principale partie de la leçon était consacrée aux opérations. Chacune était précédée d’une dissertation sur l’état du malade, sur les suites probables quelles pouvaient avoir, sur le procédé opératoire. On transportait ensuite le malade à l’amphithéâtre, où Desault, aidé par les chirurgiens internes, l’opérait en présence de tous les élèves. Aux opérations succédaient les détails raisonnés, donnés par le professeur, soit sur les maladies graves existantes dans l’hospice, soit sur la situation des malades opérés les jours précé-

« L’ouverture des cadavres qu’exigeaient les progrès de l’art, ou l’enseignement des élèves, formait un des derniers objets de la séance, qui était terminée par une leçon dogmatique sur un point particulier de pathologie. »

Les leçons de Desault étaient soigneusement recueillies par ses élèves et beaucoup ont été publiées dans le Journal de chirurgie, de Desault.

Le 3o mai 1795, il fit sa dernière visite à l’Hôtel-Dieu, et il est mort le 1" juin, à 9 heures du soir. Corvisart, Lepreux et Laurens, qui firent son autopsie, conclurent à une fièvre pernicieuse, à forme ataxique.

Si, avec ses élèves, Desault avait une certaine rudesse, il compensait largement ce défaut par un grand talent d’exposition, aidé d’une mimique très expressive. Il parlait avec lenteur, mais avec beaucoup de force. Il a imprimé son cachet à tous les sujets théoriques et pratiques; mais, faute grave, il repoussait l’alliance de la chirurgie à la médecine, qu’il considérait comme une science conjecturale.

A côté de Desault, à l’hôpital de Perfectionnement (qui fut plus tard l’hôpital des Cliniques), était Pelletan, qui avait été nommé le 3i janvier 1795 à la chaire de clinique chirurgicale. Reçu maîtrechirurgien le 21 octobre 1775, Pelletan avait été nommé successivement à la chaire d’anatomie, puis à la chaire de physiologie du Collège de chirurgie. Ce fut lui qui mit en relief l’enseignement de

l’hospice de Perfectionnement; mais ce fut son successeur, Antoine Dubois, qui en recueillit les fruits. Pelletan fut appelé à remplacer Desault à l’Hôtel-Dieu. Il avait l’élocution facile, abondante et variée, le débit clair et passionné, savait exposer les faits avec une incomparable netteté, à tel point qu’on l’avait surnommé le Chiysostome des chirurgiens. Il était aimé des élèves; mais, près de lui était Dupuytren, qui avait été nommé en 1808 chirurgien adjoint de l’Hôtel-Dieu et dont l’ambition ne songeait à rien moins qu’à supplanter son supérieur, qui lui avait cependant toujours témoigné beaucoup de bienveillance. Pour cela, il fallait que Dupuytren fût d’abord son collègue et son égal à la F acuité , ce qui arriva en 1812, lorsque Dupuytren eut conquis la chaire de médecine opératoire. Dès lors, Dupuytren n’eut qu’un but, ce fut de combattre la vieille réputation de Pelletan, d’exercer sur son ancien maître une sorte de surveillance haineuse et jalouse, de lui tendre des pièges, de lui rendre la vie tellement dure, que Pelletan demanda à permuter sa chaire de clinique chirurgicale contre celle de médecine opératoire, qu’occupait Dupuytren, ce qui eut lieu le 28 septembre i8i5(,).

Ddpüytren, placé à la tête du service de clinique chirurgicale de l’Hôtel-Dieu, « ne songea même pas à se faire pardonner la manière dont il y était parvenu. Il était trop fier et trop sûr de ses forces pour aller au devant de la popularité; il attendit qu’elle vînt à lui, et sut l’y contraindre à force de talent et de zèle. On n’avait pas eu, depuis Desault, l’exemple d’une activité semblable. Comme lui, Dupuytren arrivait le premier à l’Hôtel-Dieu et en sortait le dernier. Cinq heures suffisaient à peine aux soins de son vaste service. Il voulait tout voir et tout faire par lui-même; il n’avait pas pu supporter de maître, il ne lui fallait pas d’adjoints et il se débarrassa promptement de Marjolin et de Thévenot de Saint-Biaise, qui ne purent supporter sa hauteur, ses dédains et ses sarcasmes. Froid, réservé, défiant, ombrageux,

(,) Voir cliap. xri, p. 338.

ENSEIGNEMENT

toujours sur la défensive, il n’abandonnait rien au hasard et ne se prononçait jamais dans les cas épineux que lorsque la réflexion l’avait conduit à une certitude. C’est alors qu’il éblouissait son auditoire par la sûreté, par la profondeur de son diagnostic et par la hardiesse de ses décisions. . .. C’est surtout dans les circonstances rares, où un accident qu’il n’avait pu prévoir, où une erreur commise venaient, au milieu d’une opération, compromettre les jours du malade, que cette fermeté se montrait dans tout son éclat. Dupuytren, impassible, maître de lui comme de son entourage, promenait sur l’assistance son visage calme et serein, et prenait immédiatement le parti qu’exigeait la circonstance, sans qu’un moment de trouble, sans qu’une hésitation vint révéler au dehors ce qui se passait en lui. Il apportait dans son enseignement le même esprit de précision et de méthode, la même autorité, le même dogmatisme. Ses leçons toujours improvisées, claires, didactiques, sobres de citations, se rapportant exclusivement aux malades de ses salles, attiraient autour de lui des auditeurs de tous les points du globe. C’est sur ce terrain qu’il régnait véritablement en maître. Ce fut un incomparable professeur de clinique, et pour le juger sous ce rapport, nous ne sommes pas contraints de nous en rapporter aux éloges de son biographe, car ses élèves nous ont transmis ses leçons1*1. C’est là qu’il se révèle tout entier avec son vaste savoir et sa connaissance profonde du cœur humain, avec sa prudence et sa pénétration sans égales, son habileté à mettre en œuvre, dans l’ordre moral comme dans l’ordre physique, tout ce qui peut contribuer à la guérison. C’est là qu’on peut apprécier, en un mot, l’ensemble de qualités qui en ont fait le clinicien le plus complet qu’on puisse se proposer pour modèle, et qu’on peut mesurer avec exactitude la distance qui sépare la chirurgie dont il fut le promoteur de celle de ses devanciers*31. »

Boyer avait été nommé adjoint de Sabatier à la chaire de médecine

(l) Dupuytren , Leçons ovales de clinique chirurgicale faites à V Hôtel-Dieu de Paris, 6 vol. in-8°.

opératoire, position quil garda peu de temps, car quelques mois après, le 2 messidor an 111 (20 juin 1795), il fut nommé, par permutation, professeur adjoint de clinique externe à l’hôpital de l’Humanité (Charité). Boyer n’avait aucun titre officiel, pas même celui de barbier-chirurgien, lorsqu’il avait été nommé adjoint de Sabatier, à la création de l’École de santé. Plus tard, avec ses collègues Duméril et Lallement, il demanda à soutenir sa thèse de doctorat, 1 9 fructidor an xi (6 septembre i8o3).

Boyer était de la rude école qui met aux prises avec le besoin. Venu à Paris sans ressources, il avait débuté dans la boutique d’un barbier, était entré à l’hôpital de la Charité, où il devint gagnant maîtrise, vécut du maigre produit de cours particuliers qu’il faisait sur l’anatomie, la chirurgie, les opérations, s’attacha à Desault qui était alors chirurgien de la Charité.

Boyer était un homme essentiellement pratique et méthodique. T el il s’était montré comme professeur d’anatomie, tel il demeura comme professeur de clinique chirurgicale. On sentait en lui l’élève de Desault, le chirurgien de là fin du xvm° siècle, rebelle aux nouveautés chirurgicales. Appelé à la Cour comme premier chirurgien de l’Empereur, et ne dèvant sa situation qu’à son mérite, Boyer, comblé d’honneurs, créé baron de l’Empire, avait conservé néanmoins les allures un peu rustiques de son pays. Le baron Boyer ne fut jamais pour ses élèves que le père Boyer, et il dut Lien souffrir quand son service auprès de l’Empereur le mit dans l’obligation d’accompagner son souverain dans la campagne de Prusse en 1806 et 1807. Le chirurgien de l’hôpital de la Charité ne se sentait pas fait pour les sanglantes horreurs des champs de bataille.

Boyer avait publié un Traité complet d’anatomie (1797-1799 ), et ce n’est qu’en 1 8 1 4 qu’il songea à publier son Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent, ouvrage qui n’avait pas de précédent dans la science chirurgicale, qui eut un succès considérable et qui ne fut terminé quen 1826.

Boyer était de taille moyenne, à la physionomie douce et affable,

aux yeux petits, mais vifs et spirituels. C’était un professeur plein de zèle, qui faisait ses leçons de clinique tous les jours à l’amphithéâtre, immédiatement après la visite des malades. « Il avait la parole lente et monotone, mais elle n’était ni difficile, ni embarrassée, ni surtout hésitante : il avait un accent très prononcé et très peu agréable, c’était celui de sa province, et cet accent était tout aussi marqué, tout aussi caractéristique dans les dernières années de sa vie que s’il était arrivé la veille des montagnes de la Corrèze : ceci, toutefois, ne l’empêchait pas d’exposer de la manière, sinon la plus concise et la plus élégante, du moins de la manière la plus claire et la plus complète les sujets qu’il avait à traiter1'1. » Comme opérateur, Boyer était calme, froid, impassible; il avait une grande sûreté de main, une grande prudence unie à une grande minutie. On a pu dire de lui qu’il n’avait pas l’intempérance opératoire.

Le 16 novembre i833, après sa visite à l’hôpital, il se sentit pris de malaise, de douleurs lombaires : il crut à une colique néphrétique et prit le lit. Il est mort le 2 5 novembre, à l’âge de 76 ans et

Boyer était membre de l’Académie de médecine, membre de l’Institut de France, officier de la Légion d’honneur et baron de l’Empire.

Manoury avaitété nommé adjoint de l’hospice de Perfectionnement, mais il n’accepta pas. Pelletan étant passé à l’Hôtel-Dieu à la mort de Desault, Antoine Ddbois, présenté avec Percy et Gigot, fut nommé le 2 messidor an iv (20 juin 1 yg5 ) à la chaire de clinique chirurgicale à l’hôpital de Perfectionnement. C’était du reste un hôpital improvisé dans l’ancien couvent des Cordeliers et qui laissait beaucoup à désirer sous tous les rapports. Dubois avait déjà été nommé substitut à la chaire d’anatomie dans l’ancien Collège de chirurgie en 1792, fonction qu’il ne remplit guère, le Collège ayant été supprimé peu de

{l) Dubois d’Amiens, Eloges. . t. I, p. 307.

temps après. Dubois cumulait ses fonctions de professeur de clinique avec celles de chirurgien de la Maison municipale de santé (1802), et de chirurgien de la Maternité à la mort de Baudelocque (1810). Jusqu’en 1822, Dubois enseigna la clinique chirurgicale à l’hôpital de Perfectionnement. Il fut mis à la retraite par l’ordonnance du 2 février 1823.

La réorganisation de la Faculté, en 1823, avait créé une troisième chaire de clinique chirurgicale à la Charité, et Boyer, qui depuis le 20 juin 1795 était professeur adjoint, fut nommé titulaire. Le Ministre, usant de son droit de nomination à une chaire nouvelle, porta son choix sur Bougon, à qui il ne demanda d’autres titres que ses sentiments pieux et royalistes. Bougon était chirurgien ordinaire du comte d’Artois : il avait été attaché aux hôpitaux militaires, avait suivi Louis XVIII en Belgique pendant les Cent jours et servait alors dans le corps d’armée placé sous les ordres du duc de Berry. On n’oubliait pas qu’il avait sucé la blessure du duc de Berry, lors de son assassinat, le i3 février i82ol,). On voulut récompenser sa conduite, et il fut nommé à l’hôpital de Perfectionnement.

Bougon ne fut pour ainsi dire qu’un professeur nominal. N’ayant jamais enseigné, il n’avait aucune des qualités exigées pour la situation officielle que lui avait faite la reconnaissance royale. Bougon n’était pas Opérateur, encore moins clinicien : c’était un homme de Cour, un serviteur zélé et dévoué dans ses fonctions palatiales, et rien de plus.

Bougon avait été naturellement compris dans la première nomination des membres de l’Académie de médecine. Il eut quelques démêlés avec la justice, car le 3o août 1825 le Conseil royal de l’instruction

ENSEIGNEMENT

publique lui interdit de reprendre son cours avant qu’il ait été statué sur son compte pour des poursuites judiciaires. Roux fut chargé de le remplacer.

Quand arriva la Révolution de i83o, qui précipita du trône la branche aînée, Bougon la suivit en exil, fut destitué avec tous les professeurs nommés le 2 février 182 3, et il est mort à Vienne, en Autriche, en i85i.

Une ordonnance royale du 26 mars 1829, d’après le rapport du Ministre De Vatimesnil, avait créé une quatrième chaire de clinique chirurgicale et y avait rappelé , le 1 “ mai 1 8 2 9, Dubois , qui était professeur honoraire depuis 1823.

Dubois faisait à l’hôpital de Perfectionnement des leçons qui étaient très suivies. Il avait en outre institué un service de consultations publiques à l’Ecole pratique, consultations qu’il donnait lui-même avec la plus grande exactitude.

Dubois avait toutes les qualités d’un professeur de clinique. C’était un excellent opérateur, un chirurgien prudent et circonspect. Il avait la parole nette et claire, et il cherchait avant tout à être bien compris de ses auditeurs.

Il est mort le 3o mars 1837 d’une pneumonie double, dans sa quatre-vingt et unième année. Il était membre de l’Académie de médecine, officier de la Légion d’honneur et baron de l’Empire, titre qu’il reçut en 1811, après l’accouchement de l’impératrice.

Dubois était exclusivement praticien et il n’a rien écrit.

Roux, qui était passé, par permutation, de la chaire de pathologie chirurgicale à celle de clinique chirurgicale, par suite de la destitution de Bougon, le 5 octobre i83o, fut désigné pour l’hôpital de la Pitié, où avait été instituée une quatrième chaire de clinique chirurgicale, et où il resta jusqu’en 1 833. A la mort de Boyer, son beaupère, il passa à l’hôpital de la Charité jusqu’en i835, pour prendre le service de l’Hôtel-Dieu, à la mort de Dupuytren.

Roux avait été l’ami et le compagnon d’études de Bichat. Dans presque toute sa carrière, il avait eu Dupuytren pour adversaire. Roux se trouvait enfin libre, maître de lui-même, et il put donner un libre cours à son génie inventif. Mais la succession était lourde, et l’esprit des deux chirurgiens était tout différent. Dupuytren, froid, hautain, autocrate, était remplacé par un chirurgien aussi bon opérateur que lui et d’une bonhomie qui contrastait singulièrement avec la raideur de son devancier. Si tout était mesuré, pondéré chez Dupuytren, Roux était verbeux, diffus dans ses leçons : c’était un dictionnaire vivant de synonymes. Tout faisait ombrage à Dupuytren; Roux ne connaissait pas la jalousie. On redoutait Dupuytren, on aimait Roux. Roux avait écrit en 1 8 1 3 les Nouveaux éléments de médecine opératoire, avait publié en i8i5 la Relation de mon voyage à Londres, dans laquelle il comparait la chirurgie anglaise et la chirurgie française, les Lettres sur la chirurgie réparatrice. En i854, il fit pour ainsi dire son testament scientifique dans les deux volumes qui ont pour titre : Quarante années de pratique chirurgicale. La chirurgie lui est redevable de la staphylorraphie et de nombreux procédés nouveaux. U est mort le 2 3 mars i854, n’ayant jamais connu la haine ni l’envie.

A la mort de Boyer, en i833, sa chaire fut mise au concours. Les juges furent les professeurs : Cloquet, président, Dubois, Dupuytren, Roux, Marjolin, Cruveilhier, Gerdy et Moreau (Orfila et Fouquier, suppléants). Du côté de l’Académie, ce furent : Larrey, Renout, Gimelle, Amussat et Barbier, suppléant.

Sept concurrents se présentèrent : Bérard jeune, Blandin, Guerbois, Lepelletier, Lisfranc, Sanson aîné et Velpeau.

La première séance eut heu le i4 juin 1 834 , et ce concours était le premier qui s’ouvrait pour une chaire de clinique chirurgicale.

L’arrêté du 6 novembre i83o portait que, pour les chaires de clinique, les épreuves consisteraient en ; i° Exposé des titres antérieurs; 2° Thèse écrite; 3“ Deux leçons cliniques faites dans l’amphithéâtre d’un des hospices cliniques de la Faculté.

ENSEIGNEMENT

Chaque candidat eut à examiner deux malades, dans les deux séries d’épreuves cliniques.

Les thèses suivantes échurent par le sort à chacun d’eux :

Des fistules recto-vaginales et vésico-vaginales (Guerbois).

Des divers engorgements du testicule (A. Bérard).

Parallèle entre la taille et la lithotritie (Blandin).

Des hémorroïdes et de la chute du rectum; du traitement chirurgical de ces maladies (Lepelletier).

Des diverses méthodes et des différents procédés pour l'oblitération des artères dans le traitement des anévrismes: de leurs avantages et de leurs inconvénients respectifs (Lisfranc).

Des avantages et des inconvénients de la réunion immédiate des plaies (Sanson).

Dans les plaies de tête, indigner les cas gui exigent l’opération du trépan; faire connaître les suites de cette opération (Velpeau).

Au premier tour de scrutin, les voix se partagèrent entre Blandin, Lisfranc, Sanson et Velpeau.

Au deuxième tour, Velpeau eut 5 voix et Sanson 4-

Au ballottage, 7 voix se portèrent sur Velpeau et 5 sur Sanson.

Velpeau fut nommé professeur de clinique chirurgicale le 6 août i834. Roux étant passé à la Charité, Velpeau fut désigné pour la Pitié.

Les titres scientifiques de Velpeau étaient supérieurs à ceux de ses concurrents. Tout le monde connaît ses débuts pénibles, sa ténacité, son courage. Sans avoir passé par l’internat des hôpitaux, ce qui n’était pas possible avec son titre d’officier de santé, il avait été lauréat de l’École pratique, aide d’anatomie, chef de clinique, et agrégé en 1823, dans la section de médecine. Velpeau avait l’esprit encyclopédique, à une époque où c’était encore possible. A l’hôpital de la Faculté, il s’occupa d’obstétrique et publia, en 1829, un Traité élémentaire d'accouchements, qui eut plusieurs éditions. En i83o, il fut

nommé chirurgien de l’hôpital de la Pitié, et il publia, deux ans après, les Nouveaux éléments de médecine opératoire, dont une deuxième édition parut en 1889. En i833, Velpeau publiait le résultat de ses recherches sur l’embryologie ou ovologie humaine, puis son Traité d'anatomie chirurgicale générale et topographique du corps humain. Les cours particuliers que faisait Velpeau ne l’empêchèrent pas de prendre une part active aux concours, de disputer en i83i la chaire de pathologie externe à Cloquet, et celle de physiologie à Bérard aîné, en 1 833 celle de pathologie externe à Gerdy, et enfin celle de clinique obstétricale à Paul Dubois, en 1 834- Il fallait à Velpeau une puissance extraordinaire de travail pour faire marcher de front tous ces con-

Sa nomination fut acclamée par les élèves, qui connaissaient Velpeau pour avoir écouté ses leçons et suivi ses cliniques libres à l’hôpital de la Pitié. Il avait 3g ans, était dans toute la force de l’âge, se plaisait avec les élèves, pour lesquels il se montrait plein de bienveillance, d’une bonhomie parfois un peu narquoise; c’était un chirurgien prudent, parlant avec clarté, mais sans éloquence, disant juste et bien ce qu’il voulait dire, précis dans son exposition, habile et sage dans son diagnostic. S’il n’avait pas la promptitude opératoire de quelques-uns de ses collègues, il avait la sûreté d’exécution.

Malgré une clientèle considérable, Velpeau trouvait encore du temps à consacrer aux travaux du cabinet. On connaît son Manuel des maladies des yeux (i84o), son Traité du strabisme (i84a), ses Recherches sur les cavités closes (i843), son Traité des maladies du sein (i854, i858), etc. Nous n’avons pas à le suivre à l’Académie de médecine, où il est entré en 1 83 2 , ni à l’Institut, où sa parole faisait autorité. Après deux ans de séjour à l’hôpital de la Pitié (i834-i836), Velpeau passa à la Charité, où il est resté trente-deux ans, et faisant, sans la moindre défaillance, ses leçons cliniques pendant toute l’année.

Velpeau a succombé le 2 4 août 1867, dans sa soixante-treizième année, à une affection de la prostate, donnant à ses contemporains et à ses élèves l’exemple d’une vie de travail et de dévouement à la science ,

ENSEIGNEMENT

qui de l’ateiier d’un petit maréchal ferrant de la campagne, le porta à l’une des chaires les plus importantes de la Faculté, et aux fauteuils présidentiels de l’Académie de médecine et de l'Institut de France.

Dans sa séance du 17 mars 1 835, le Conseil royal de l’instruction publique fixa au 2 janvier 1 836 l’ouverture du concours pour la chaire de clinique chirurgicale, laissée vacante par la mort de Dupuytren.

Le jury fut composé des professeurs Roux, Cloquet, Velpeau, Maijolin, Gerdy, Richerand, Moreau, P. Dubois (Chomel, Duméril, suppléants), et des académiciens Breschet, Réveillé-Parise, Murat, Lisfranc (Gorsse, suppléant).

H uit candidats se mirent sur les rangs , c’étaient : Blandin , A. Bérard , Guerbois, Lepelletier (de la Sarthe), Sanson aîné, Jobert, Laugier et Sédillot. Les cinq premiers s’étaient déjà rencontrés en 1 834 pour une chaire de clinique chirurgicale qu’obtint Velpeau.

A la première séance du 2 janvier i836, lorsque les douzememhres du jury firent leur entrée dans le grand amphithéâtre pour annoncer l’ouverture du concours et faire l’appel nominal des candidats, Lisfranc, qui siégeait comme académicien, fut acclamé par les applaudissements de tout l’auditoire. C’était à la fois une marque de sympathie pour l’éminent chirurgien qui s’était posé comme l’émule de Dupuytren, et peut-être aussi une protestation contre le résultat du concours de i834, où Lisfranc ne craignit pas de descendre dans l’arène et de disputer à Velpeau, sous la présidence de Dupuytren lui-même, une chaire de clinique chirurgicale.

Le concours devait consister en deux épreuves cliniques, portant sur l’examen de deux malades d’une des cliniques de la Faculté. Une demi-heure était accordée pour l’examen de ces malades qui devaient faire l’objet d’une leçon orale d’une heure; ces deux épreuves devaient être suivies d’une thèse de pathologie chirurgicale.

La première série d’épreuves cliniques commença le jeudi 5 janvier, et la deuxième le 1 9 janvier, dans les mêmes conditions que la première.

Le 2 février eut lieu le tirage au sort des sujets de thèses qui durent être remises le lundi 1 5 février.

Dans la séance suivante, qui était la vingt et unième, on tira au sort les membres du jury qui devaient être chargés de faire les rapports sur les titres et mérites des candidats.

Les argumentations des thèses commencèrent le vendredi 19 fé-

Jobert avait eu à traiter : Des collections de sang et de pus dans l’abdomen. Sa thèse est un travail de 46 pages; il est divisé en deux parties : i° collections de sang; 2° collections de pus. Jobert, envisageant son sujet sous lé point de vue le plus circonscrit, n’a traité que des collections dans l'intérieur du péritoine et a laissé de côté toutes les collections en dehors du péritoine. Cette manière de voir n’a pas été acceptée par ses argumentateurs, Blandin, Guerbois,Lepelletier et Laugier, qui, outre cette critique, lui ont adressé diverses objections sur le siège de ces épanchements, sur le diagnostic différentiel qu’il avait omis, sur les hémorragies par la trompe, etc.

Blandin avait eu pour sujet de thèse : De l' autoplastie. C’est un vaste travail de 267 pages in-4° et ce fut une double bonne fortune qu’un tel sujet fût tombé à Blandin, qui était le chirurgien le plus au courant de cette question et qui avait pour ainsi dire naturalisé et perfectionné l’autoplastie en France. Il y a plus de quarante ans que Blandin a écrit cette thèse, et c’est encore aujourd’hui le meilleur travail sur l’autoplastie. Après en avoir fait l’historique, Blandin a étudié la sphère d’application de l’autoplastie, les diverses espèces d’autoplastie et les moyens opératoires. Ses argumentateurs, Guerbois, Laugier, Lepelletier et Sanson, ont en vain tenté d’opposer quelques objections sans grande importance qui ont été magistralement réfutées. Blandin a été vigoureusement applaudi.

Guerbois eut à déterminer : Quelles sont les affections gui compliguent

ENSEIGNE

le plus fréquemment les plaies, particulièrement à la suite des opérations ? H détermine d’abord les différentes espèces de plaies et les envisage ensuite selon qu’elles siègent à la tête, à la poitrine, à l’abdomen, etc.; puis il en étudie les complications, la douleur, les hémorragies, la gangrène, l’érysipèle, la phlébite, le tétanos, etc. C’est un travail de 92 pages, dans lequel il a montré qu’il avait beaucoup vu, mais qu’il n’a pas su défendre contre les argumentations de Laugier, de Lepelletier, de Sanson et de Sédillot.

Dés rétrécissements de l’urèthre et de leur traitement, tel est le sujet de thèse échu à Laugier, et qu’il traita en 74 pages. Ce n’était pas un sujet bien neuf; quelques questions de structure, d’anatomie, ont été abordées par lui avec une grande réserve, sans qu’il se prononçàtbien nettement entre les opinions des anatomistes dont quelques-uns siégeaient comme juges. Il a été argumenté par Lepelletier, Sanson, Sédillot et Bérard.

Lepelletier eut pour sujet de thèse: Des différentes espèces d’érysipèle et de leur traitement. Ecrivant aussi facilement qu’il pariait, Lepelletier a rédigé un traité complet de l’érysipèle. Après avoir parié de l’érysipèle en général et avoir exposé les opinions des auteurs sur sa nature, son siège, son traitement, il exposa dans la deuxième partie les différentes espèces d’érysipèle, qui, selon lui, s’élèvent au nombre de quatorze. Sanson, Sédillot, Bérard et Jobert argumentèrent sa dissertation avec beaucoup de chaleur, le premier surtout sur sa classification, le second sur le grand nombre d’observations empruntées, et le dernier sur la question anatomique.

Sanson eut à traiter : Des hémorragies traumatiques. Sa thèse ne compte pas moins de 348 pages. Il traite d’abord des hémorragies traumatiques en général (169 pages) et le reste de son travail est consacré aux hémorragies traumatiques en particulier, qu’il étudie en suivant l’ordre topographique.

Sanson a été faiblement attaqué par Sédillot; mais Bérard, Jobert et Blandin ont, malgré le volume de la thèse, signalé un certain nombre d’omissions et d’inexactitudes. Les attaques étaient très vigoureuses; Sanson a reconnu la justesse de beaucoup d’entre elles et a pris pour excuse l’étendue du sujet et le peu de temps accordé pour la rédaction de la thèse. Toutefois il a un peu faibli dans cette épreuve.

La question échue à Sédillot avait pour donnée : Exposer les avantages et les inconvénients des amputations dans la continuité et des amputations dans la contiguïté des membres. Pour un chirurgien militaire, c’était une question pour ainsi dire toute spéciale. Sédillot, après avoir consacré quelques pages à l’historique des amputations dans la contiguïté, entre dans son sujet, et conclut qu’il n’y a pas de supériorité à établir, d’une manière générale, entre les deux méthodes d’amputations dans la continuité ou la contiguïté des membres, attendu que, dans le plus grand nombre des cas, ces deux méthodes ne peuvent ni ne doivent se remplacer, que toutes deux sont praticables selon des indications particulières et que, loin d’être opposées l’une à l’autre, elles offrent des ressources également précieuses aux chirurgiens.

Cette thèse de 78 pages, suivie d’une bibliographie, fut argumentée par Bérard, Guerbois, Jobert et Blandin. Ses argumentateurs lui ont signalé un certain nombre d’erreurs dans ses citations, dans les noms des auteurs, dans les dates. Vivement pressé, Sédillot s’est défendu avec beaucoup de calme et avec une grande présence

Bérard termina cette troisième série d’épreuves. Sa thèse a pour titre : Du diagnostic dans les maladies chirurgicales, de ses sources, de ses incertitudes et de ses erreurs. C’était un sujet bien vaste, appartenant autant à la pathologie générale qu’à la pathologie chirurgicale, ou plutôt c’était le premier chapitre d’un vaste traité de pathologie chi-

ENSEIGNEMENT

rurgicale. Le sujet de ia thèse impliquait tout naturellement quatre divisions ou chapitres et il repose sur 267 observations empruntées à tous les auteurs. Bien que cette thèse comprenne 2 5o pages, elle contient encore quelques omissions qui n’ont pu échapper à Blandin, Johert, Guerbois et Laugier.

Trente séances avaient été déjà consacrées à ce concours et les 4, 5 et 8 mars, trois autres séances particulières furent employées pour entendre les rapports sur les titres et mérites des candidats.

Blandin, Sanson et A. Bérard avaient toujours tenu la tête dans cette lutte, et d’après le nombre des points affectés à chaque candidat, Blandin était en première ligne, Sanson en seconde et Bérard en troisième. Il n’y avait qu’un point de différence entre les deux premiers. Le 8 mars eut lieu le vote.

Des onze votants les voix se partagèrent ainsi : Bérard, 4 voix; Blandin, 4; Sanson 3.

Au deuxième tour, le scrutin donna le résultat définitif suivant : Sanson, 8 voix; Blandin, 3.

Tout le jury rentra en séance, et le président Richerand proclama Louis-Joseph Sanson professeur de clinique chirurgicale.

Des applaudissements suivirent cette nomination , et Blandin reçut une ovation pour le consoler d’un échec des plus honorables. Mais Blandin n’était pas homme à se décourager, et nous le verrons reparaître quelques mois après dans le concours pour la chaire d’anatomie et enfin, en 1 84 1 , dans le concours pour la chaire de médecine opératoire, qu’il obtint.

Sanson quitta, non sans regret, son service de chirurgie de l’Hôtel- Dieu et alla prendre la chaire de clinique de la Pitié, que venait de quitter Velpeau.

Sanson ne fut pas un professeur brillant; mais c’était un savant clinicien, d’une haute raison, d’une grande bonne foi. «Sa parole.

m LA FACULTÉ DE MÉDECINE,

toujours grave et réfléchie, dit Bégin (1), sa voix sonore et assez vibrante, donnaient à ses discours une expression qui ajoutait singulièrement à la puissance de sa pensée. Tout en lui portait une empreinte saisissante d’austérité, de droiture, de respect de soi-même, de haute estime pour sa profession, de volonté opiniâtre que rien ne peut lasser. Il avait longtemps souffert, longtemps lutté corps à corps avec le besoin; l’intrigue et l’injustice avaient maintes fois multiplié devant lui les obstacles et arrêté sa marche. »

Toutes les difficultés de la vie semblaient aplanies pour Sanson. Mais depuis 1 833 il souffrait d’une maladie des voies urinaires; il subit plusieurs séances de lithotritie; une maladie de la moelle vint compliquer cet état et il succomba le 1" août i84i, après plus d’une année d’horribles souffrances.

Sanson est mort pauvre comme il avait vécu, laissant à peine de quoi payer ses funérailles. Il n’avait que 5 1 ans.

Le concours pour la chaire de Sanson s’ouvrit le 1 7 mars 1 842 .

Les candidats étaient : Bérard, Philippe Boyer, Chassaignac, Chrétien (de Montpellier), Huguier, Laugier, Malgaigne, Robert, Thierry et Vidal (de Cassis).

Les juges élus par la Faculté furent : Cloquet, président, Velpeau, Maijolin, Gerdy, Cruveilhier, Breschet, Blandin, Moreau, Bouillaud, Piorry (ces deux derniers suppléants). Ceux désignés par l’Académie étaient : Bégin, Ginelle, Jobert, Reveillé-Parise; Villeneuve, sup-

La question écrite fut : De l’infection purulente.

Après les deux épreuves cliniques, les candidats eurent à traiter les sujets suivants dans leurs thèses :

Diagnostic différentiel des tumeurs du sein (Bérard).

Des pansements des plaies (Boyer).

Mémoires Je l'Académie de médecine, t. IX, p. 69.

ENSEIGNEMENT

Des lésions traumatiques du crâne et des parties qu’il contient (Chassaignac).

De la percussion et de l auscultation dans les maladies chirurgicales (Chrestien).

Diagnostic différentiel des maladies du coude (Huguier).

Des varices et de leur traitement (Laugier).

De l’irrigation dans le traitement des maladies chirurgicales (Malgaigne).

Des anévrismes de la région sus-claviculaire (Robert).

Quels sont les cas où la lithotomie doit être préférée à la lithotritie et réciproquement? (Thierry.)

Du cancer du rectum et des opérations qu’il réclame (Vidal).

Commencé le 17 mars 1842, ce concours fut terminé le 4 juillet et, malgré la valeur des concurrents, il n’a pas donné lieu aux émotions constatées dans d’autres concours.

Au premier tour de scrutin, Bérard obtint 8 voix sur 12 et il fut nommé officiellement le 23 juillet 1842.

A. Bérard avait déjà concouru cinq fois pour le professorat, deux fois pour la chaire de pathologie externe en i83i et en i833, deux fois pour la chaire de clinique chirurgicale en i834 et en i836, une fois pour la chaire d’anatomie en i836, une fois pour la chaire de médecine opératoire en 1 84 1 - Outre ses thèses de concours, il avait commencé en i84o la rédaction du Compendium de chirurgie, en collaboration avec Denonvilliers.

«Bérard, aussi bien doué que son frère, dit Rochard(1), tenait de lui l’esprit de méthode, le goût pour la précision et la clarté, qui constituent la première qualité du professeur. » Bérard dut tout à un travail persévérant et ferme, et ne dut rien aux circonstances ni à l’obséquiosité, un des fléaux des concours.

(1) Roclïard, La chirurgie au xix* siècle, p. 281-

Quatre ans après sa nomination il a succombé à une maladie de la moelle épinière, le i4 octobre i846.

Après une vacance de seize mois, on songea enfin à donner un successeur à Bérard, et le concours fut fixé au i5 novembre 1847. Bien qu’il y eût une grande agitation dans l’air politique, le concours ne s’en ressentit guère.

La Faculté avait élu comme juges : Marjolin, président, Denonvilliers, Bouillaud, Chomel, P. Bérard, Gerdy, Velpeau, Cloquet, Blandin et Moreau. L’Académie avait désigné : Bégin , Jobert, Gimelle, Reveillé-Parise, et Villeneuve comme suppléant.

Les candidats furent : Alquié, agrégé à la Faculté de Montpellier, Boyer, Chassaignac, Laugier, Maisonneuve, Malgaigne, Michon, Robert, A. Sanson et Vidal (de Cassis).

Tous cgs candidats, à l’exception de Maisonneuve et d’ Alquié, s’étaient déjà montrés dans plusieurs concours pour le professorat : Boyer, Malgaigne, Vidal, Laugier, Robert, Michon deux fois, Sanson trois fois et Chassaignac quatre fois.

On sentit que la lutte serait ardente, entre des concurrents qui avaient déjà fait leurs preuves.

Le concours consista en une composition écrite ( Des rétrécissements ) , en deux épreuves cliniques et une thèse.

Le sort attribua les sujets suivants aux candidats :

De l’ankylose (Bover).

Des anus contre nature (Alquié).

Des tumeurs de la voûte du crâne (Chassaignac).

Des lésions traumatiques de la moelle épinière (Laugier).

Des tumeurs de la langue (Maisonneuve).

Des tumeurs du cordon spermatique (Malgaigne).

Du cancer cutané (Michon).

Des affections granuleuses, ulcéreuses et carcinomateuses du col de l’utérus (Robert).

ENSEIGNEMENT

Du cancer des os maxillaires (Sansoii).

Des hernies ombilicales et épigastriques (Vidal).

Après le rapport fait sur les titres scientifiques des candidats, on procéda au scrutin définitif, et au troisième tour Laugier eut 9 voix et Michon 6.

Les opérations du concours étaient terminées le 2 3 mars, et le jury désigna Laugier, qui fut nommé officiellement le 1 9 avril 1 848. Laugier prit possession de la chaire de clinique chirurgicale de la Pitié, qu’il garda jusqu’en 1 85 4 pour passer à l’Hôtel-Dieu, à la mort de Roux.

Formé à l’école de Dupuytren, dont il avait été interne, Laugier était un chirurgien habile et prudent, plus partisan de la chirurgie solide que de la chirurgie brillante, quoique ne reculant pas devant les opérations les plus hardies et souvent les plus ingénieuses. Malgré l’excellence de son service et ses leçons éminemment pratiques, la foule se portait alors chez Nélaton. Cependant les travaux de Laugier lui ont ouvert les portes de l’Institut en 1868. C’était un professeur à la diction correcte, à la physionomie douce et bienveillante, ennemi du bruit, ne cherchant dans sa chaire de clinique que la satisfaction d’un devoir rempli consciencieusement, et ayant des qualités remarquables comme opérateur et comme clinicien.

Laugier est mort le 1 5 février 1 87 2 et fut remplacé par Richet, qui quitta l’hôpital des Cliniques.

A la mort de Maijolin, en i85o, Jules Cloquet voulut reprendre une place active dans le corps enseignant, et il échangea sa chaire de clinique chirurgicale contre celle de pathologie externe, vacante. La chaire de clinique fut chaudement disputée par douze compétiteurs, dans un concours mémorable, l’avant-dernier pour le professorat.

Ce concours, qui s’ouvrit le 6 juin i85i, mit en présence comme

candidats : Bouisson, professeur à la Faculté de Montpellier, Chassaignac, Després, Giraldès, Gosselin, Jarjavay, Maisonneuve, Marchai (de Calvi), Michon, Morel-Lavallée, Nélaton, Richet, Robert, A. Sanson et Voillemier.

Les juges étaient les professeurs : Velpeau, président, Denonvilliers, Gerdy, Laugier, Malgaigne, Moreau, BouiEaud et Rostan; les académiciens Bégin, Gimelle, Hervez de Chégoin, Larrey, et Réveillé- Parise, suppléant.

Les candidats Marchai, Maisonneuve et Després se retirèrent avant l’ouverture du concours.

Dans la première épreuve, qui consistait en une composition écrite, les concurrents eurent à traiter la question suivante : De l’étranglement an point de vue chirurgical.

Les deux épreuves cliniques consistèrent dans l’examen de deux malades dans les salles de service clinique de l’hôpital et dans une leçon d’une heure sur ces deux malades, à l’examen desquels on accordait quinze minutes pour chaque malade, temps souvent bien insuffisant si le sujet présentait une maladie rare et d’un diagnostic difficile.

La quatrième épreuve était la soutenance de la thèse et l’argumen-

Le sort désigna aux candidats les questions suivantes :

Des vices de conformation de l’anus et du rectum (Bouisson).

Des tumeurs enkystées de l'abdomen (Chassaignac).

Des maladies du sinus maxillaire (Giraldès).

Des pansements rares (Gosselin).

Des fractures des articulations (Jarjavay).

Des tumeurs synoviales de la partie inférieure de l'avant-bras, de la face palmaire du poignet et de la main (Michon).

Des luxations compliguées (Morel-Lavallée).

De ï influence de la pesanteur dans les maladies chirurgicales (Nélaton).

Des luxations traumatigues du rachis (Richet).

ENSEIGNEMENT

Des vices congénitaux de conformation des articulations (Robert).

De l’hérédité dans les maladies chirurgicales (Sanson).

Des leystes du cou (Voillemier).

Ce concours avait duré quatre mois, et avait été remarquable par la valeur des candidats, dont quatre arrivèrent plus tard au professorat. Bouisson, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de Montpellier, ne craignit pas d’affronter la lutte, et il se montra dans toutes les épreuves un redoutable adversaire. Michon eut des sympathies qui ne font pas abandonné. Robert, depuis le jour où il vint s’asseoir sur les bancs de la Faculté comme étudiant, s’y est montré comme un sujet hors ligne, et ses succès ont été tels, qu’en deux années il fut reçu docteur, chirurgien du Bureau central et agrégé. Robert fut, comme l’a été Chassaignac, un des martyrs du concours. Tous les deux méritaient à plus d’un titre de porter le titre envié de professeur : ils n’ont pu l’acquérir, soit par la bizarrerie des concours, soit par la mauvaise fortune. Michon était aussi un vétéran des concours : il y avait entre lui et Robert communauté d’idées; on pourrait ajouter communauté d’infortunes. Quoique suivant tous les deux la même voie, jamais leur amitié n’en fut diminuée. La mauvaise chance semblait au contraire les unir davantage. L’opinion publique les avait placés en tête du concours : celle du jury ne la ratifia pas. Nélaton ne venait qu’au troisième rang, bien qu’ayant montré de grandes qualités professorales.

Le 3i avril i85i, sur 12 votants, les voix se partagèrent ainsi :

Michon . 4 4 4

Nélaton . 3 3 5

Bouisson . 3 3 3

Robert . . 2 2 o

Il y eut ballottage entre Michon et Nélaton. Nélaton eut 7 voix; Michon 5.

Nélaton fut nommé officiellement professeur de clinique chirurgicale le 22 mai i85i, et placé à l’hôpital des Cliniques.

L’arrivée de Nélaton à l’hôpital des Cliniques fut un événement. 11 avait 44 ans, était dans toute la maturité de son talent. Les trois autres chaires de clinique chirurgicale étaient occupées par Roux, Velpeau et Laugier. Roux avait 70 ans; il était toujours un opérateur admirable, mais c’était un professeur diffus et fatigant à entendre. Velpeau n’avait pas encore 60 ans : sa parole faisait toujours autorité; ses leçons étaient assidûment suivies, mais il avait une certaine brusquerie qui ne plaisait pas toujours, malgré le caractère essentiellement pratique de son enseignement. Quant à Laugier, il faisait consciencieusement et sans bruit son service à l’Hôtel-Dieu.

Nélaton fut l’homme du moment. Il avait l’esprit droit, le jugement sûr, de solides connaissances, une grande dextérité jointe à une prudence non moins grande, beaucoup d’affabilité et de tact : il sut tirer parti de la circonstance et de ses aptitudes. Ses leçons devinrent bientôt les plus suivies, et, depuis dix ans, l’hôpital des Cliniques était pour ainsi dire le rendez-vous des élèves en chirurgie et des praticiens, quand la blessure de Garibaldi, après le combat d’Aspromonte, en 1862 , mit le comble à la réputation de Nélaton. De tous les coins de la France on venait le consulter : on l’appelait à l’étranger. Depuis Dupuytren, jamais on n’avait vu un pareil engouement. Tous les honneurs vinrent à la fois fondre sur lui : il fut le premier chirurgien qu’on vit s’asseoir dans un fauteuil au Sénat. Néanmoins Nélaton demeura toujours le même : il conserva au milieu de cette fortune immense, le même calme, la même bienveillance, le même zèle que dans les temps moins prospères. Mais, épuisé de fatigue, il demanda à sé démettre de ses fonctions et renonça à l’enseignement, en 1867, à l’àge de 60 ans, terme qu’il avait fixé depuis longtemps pour prendre sa retraite.

Nélaton était un professeur « soucieux de la clarté; il ne cherchait pas l’effet oratoire; sa parole nette, précise, toujours mesurée, habituellement lente, commandait l’attention et atteignait directement le

ENSEIGNEMENT

but1*1». Il ne négligeait aucun moyen pour se faire bien comprendre des élèves, pour leur exposer ses plans opératoires, et le dessin au tableau noir lui venait en aide.

Il est mort le 2 1 septembre 1873, d’une affection cardiaque, comblé de biens et d’honneurs, membre de l’Académie de médecine depuis i856, membre de l’Institut depuis 1867, grand officier de la' Légion d’honneur depuis 1867.

Nélaton a peu écrit. Ses Recherches sur T affection tuberculeuse des os (i836) constituent une importante monographie sur un sujet non encore étudié, et les travaux ultérieurs n’ont fait que confirmer les recherches de Nélaton. Il s’était proposé d’écrire des Éléments de pathologie chirurgicale. Il a écrit les deux premiers volumes (i844-i848), laissant à Jamain et à d’autres le soin de terminer son entreprise, avec ses notes et sous sa direction.

Si les chaires de pathologie externe ont été considérées comme un acheminement à celles de clinique chirurgicale, il n’en a pas été de même des chaires d’anatomie. Jarjavay, qui occupait cette dernière depuis i85g, obtint le lourd héritage de Nélaton. Mais il n’eut pas le temps de se montrer comme clinicien. Nommé par décret du 1 2 novembre 1867 professeur de clinique chirurgicale, il est allé mourir quelques mois après, le 22 avril 1868, d’une affection cardio-pulmonaire, dans son pays, laissant à Richet la chaire qu’il n’avait fait que toucher.

Richet, nommé en i865 professeur de pathologie externe, avait pris en 1 867 la chaire de clinique chirurgicale à l’hôpital de la Pitié et passa à l’hôpital des Cliniques à la mort de Jaijavay, où il resta jusqu’en 1872 , pour prendre la chaire de l’Hôtel-Dieu, vacante par la mort de Laugier. C’est là qu’il demanda sa mise à la retraite, après un enseignement de dix-sept ans.

m Guyon, Éloge de Nélaton, Soc. chirur., 1876.

Richet avait porté dans son enseignement la méthode de Velpeau. Il fut un excellent professeur de clinique. Malgré son abord froid et sévère, c’était un homme bon, juste et digne. Un de ses élèves, maître aujourd’hui , le professeur Guyon , l’a ainsi apprécié , comme professeur et comme homme : « Dans ses leçons, la clarté et l’ordre le plus méthodique soutenaient l’attention; de même que dans ses opérations, la régulière et correcte exécution des temps opératoires excluait la possibilité de la moindre faute et empêchait l’appréhension. . . Sa haute et droite stature, ses beaux traits réguliers et fortement accentués , d’une expression pleine de dignité , sa parole lente et grave , aj outaient à toutes les éminentes qualités acquises par le travail, celles dont la nature l’avait si largement doué'!'. »

Il n’y a rien à ajouter à ce portrait.

Richet eut quelque peine à accepter les pratiques de l’antisepsie.

Outre sa thèse de concours et d’autres mémoires importants, Richet a publié un Traité pratique <T anatomie médico-chirurgicale , dont la première édition a paru en i85o et la cinquième et dernière èn 1879.

Richet est mort le 3o décembre 1891, ayant obtenu par son travail tous les titres que peut ambitionner un chirurgien. Il avait été élu en i865 à l’Académie de médecine, dont il a été président en 1879. II était membre de l’Institut depuis 1 883 et commandeur de la Légion d’honneur.

Gosselin, nommé professeur de pathologie externe en i858, fut nommé en 1867 à la chaire de clinique chirurgicale à l’hôpital de la Pitié, où il ne fit que passer pour prendre la même année la chaire de l’hôpital de la Charité, vacante par le décès de Velpeau.

Gosselin avait concouru en 1 846 pour la chaire d’anatomie, en i85o pour la chaire de médecine opératoire, en i85i pour celle de clinique chirurgicale.

Comme chirurgien, Gosselin était un praticien consommé, sage.

ENSEIGNEMENT

prudent et habile, aimant son art avec passion. Il accepta les innovations fournies par l’antisepsie. Comme professeur, il montra dans son service de l’hôpital de la Charité la même exactitude, le même esprit que son prédécesseur Velpeau.

Outre ses nombreux mémoires et ses monographies sur les Hémorroïdes, sur les Hernies abdominales; outre sa collaboration au Compendium de chirurgie, Gosselin a réuni ses Leçons cliniques de l’hôpital de la Charité qui forment trois volumes (1879),

Gosselin était membre de l’Académie de médecine (1860), membre de l’Institut (1874) et commandeur de la Légion d’honneur.

Il a succombé, le 3o avril 1887, à une affection cardiaque dont il souffrait depuis longtemps.

Nommé professeur de pathologie externe le 9 février 1867, Broca prit l’année suivante la chaire de clinique chirurgicale de l’hôpital de la Pitié, que venait de quitter Richet. Esprit progressiste, Broca, dès le début de son internat, avait compris tout le parti qu’on pouvait tirer des études microscopiques, auxquelles Lebert venait de donner une si forte impulsion dans sa Physiologie pathologique qui venait de paraître (i845). Avec Follin et Verneuil, il s’adonna aux recherches microscopiques, précédé dans ces études par Charles Robin. La discussion soulevée à l’Académie de médecine (i844) sur les corps fibreux et les cancers avait démontré aux trois jeunes micrographes l’importance du microscope dans la pathologie. En i848, l’Académie avait proposé comme sujet du prix Portai : ï Anatomie pathologique du cancer. Aucun mémoire n’ayant été envoyé, la même question fut proposée en i85o, et Broca obtint le prix. Son travail a été publié en i852 dans les Mémoires de ï Académie de médecine. En i856 paraissait son livre sur les Anévrysmes et leur traitement; en 1866, son Traité des tumeurs. Broca a publié de nombreux mémoires d’anatomie, de physiologie et de pathologie chirurgicales. Admettant les localisations cérébrales, il fut le premier à en donner la preuve en précisant le siège du langage articulé, fondant son opinion sur l’anatomie et la

pathologie. Dans cet ordre d’idées, il publia un mémoire sur la

Topographie crânio-cérébrale , en 1876.

L’esprit scientifique de Broca était admirablement servi par une incroyable activité. Il étudia l’homme envisagé comme individu et comme espèce, et il fonda en 1859 la Société d’anthropologie.

Broca avait une grande érudition. Dans ses leçons on sentait plutôt le savant que le chirurgien , quoiqu’il maniât le bistouri avec habileté. Il était encyclopédiste à une époque où cette qualité devient de plus en plus rare, par suite des progrès des sciences médicales.

« Sa parole n’était pas abondante, a dit son panégyriste Redus; on ne voyait pas s’élancer du cerveau la pensée amplement vêtue. II cherchait le mot, et son effort se traduisait par un énergique mouvement en avant du bras et de la tête, mais ce mot, il le trouvait vite et magnifique de précision!1). »

Broca a succombé subitement le 8 juillet 1880, à une angine de poitrine.

Verneuil, qui avait été nommé professeur de pathologie chirurgicale en 1867, attendit patiemment qu’une chaire de clinique chirurgicale fût vacante. A la mort de Laugier, en 1872, Richet quitta l’hôpital des Cliniques pour passer à l’Hôtel-Dieu; Broca quitta la Pitié pour passer aux Cliniques, et Verneuil échangea sa chaire de pathologie chirurgicale contre celle de clinique de la Pitié, où il resta jusqu’en 1889, pour aller terminer en 1892 sa carrière professorale à l’Hôtel-Dieu.

Verneuil se trouva alors sur son véritable terrain. Il accepta l’antisepsie comme il avait accepté la microscopie. Il fit de la généralisation en chirurgie, étudia l’influence des états diathésiques sur le résultat des opérations chirurgicales, ce qui fut le complément de ses travaux sur les rapports réciproques entre les états constitutionnels et les lésions traumatiques.

<') Reclus, Éloge de Broca; Revue mensuelle de médecine et de

>, t. IV, p. 755.

ENSEIGNEMENT

Veraeuil était partisan de la chirurgie conservatrice; bon opérateur, il n’avait recours au bistouri qu après avoir épuisé toutes les ressources de la thérapeutique non sanglante.

Membre actif de la Société anatomique, de la Société de chirurgie, il a beaucoup écrit sur la pathologie chirurgicale, sur l’anatomie, la physiologie, l’anatomie pathologique. Il a inspiré à ses élèves de nombreux travaux originaux. Ses Mémoires de chirurgie (1877-1886) résument sa vie de travailleur. Il s’est montré comme érudit et littérateur dans les Conférences historiques (i865) et dans Y Éloge de Robert, prononcé à la Société de chirurgie, éloge à méditer aussi bien pour les concurrents que pour ceux qui sont appelés à les juger. Verneuil a donné sa démission de professeur en 1892, «voulant descendre de sa chaire et ne voulant pas en tomber ».

Membre de l’Académie depuis 1869, membre de l’Institut depuis 1887, Verneuil était commandeur de la Légion d’honneur.

A Broca succéda Ulysse Trélat, qui abandonna la chaire de pathologie chirurgicale pour prendre, par décret du 7 août 1880, celle de clinique chirurgicale à Necker, qu’il quitta en 1887 pour succéder à Gosselin à la Charité. Le changement de chaire ne fut pas un changement d’enseignement, car depuis longtemps Trélat s’y était préparé en faisant des conférences cliniques libres dans les divers hôpitaux où il avait été placé, à Saint-Louis, à Saint-Antoine, à la Pitié.

Clinicien consommé, ennemi des interventions liàtives non justifiées, soucieux de la précision dans le diagnostic, opérateur très brillant, toujours visant à la perfection, voulant associer le beau au bien; tel fut Trélat comme chirurgien.

Orateur précis et original, au langage riche, clair, imagé, parfois pittoresque, toujours correct et élégant et souvent accompagné d’une mimique expressive; tel fut Trélat comme professeur.

Homme de cœur, loyal, intègre, impartial, désintéressé, fidèle à ses amitiés, dont il n’était pas prodigue, ami delà justice, ennemi des privilèges; tel fut Trélat comme homme.

Trélat était ami du progrès, d’où qu’il vienne : l’un des premiers il accepta le pansement de Lister. L’hygiène hospitalière trouva en lui un ardent défenseur.

Il fut élu membre de l’Académie de médecine le 20 janvier 1874 et devint président de la Compagnie en 1886.

. L’œuvre écrite de Trélat est peu considérable, bien qu’il se soit montré dans l’Eloge de Velpeau comme un écrivain remarquable. On connaît sa thèse sur la Nécrose phosphorée ( 1 857 ) , ses Études sur T origine, la marche et la terminaison des maladies puerpérales dans les maternités (18G7). Ses Leçons de clinigue chirurgicale <1! ont été recueillies et réunies par un de ses élèves, l’agrégé Pierre Delbet, qui a ainsi contribué à perpétuer le souvenir de celui qui fut son maître et son ami.

Trélat a succombé à une pneumonie infectieuse, le 28 mars 1890. Il était commandeur de la Légion d’honneur.

L’Hôtel-Dieu fut la dernière étape scientifique de Le Fort. Nommé en 1873 titulaire de la chaire d’opérations et appareils, il avait succédé à Trélat dans la chaire de clinique chirurgicale de Necker en 1887. Esprit chercheur, Le Fort possédait des connaissances étendues et variées. Il avait étudié toutes les questions d’hygiène hospitalière, dans les hôpitaux civils comme dans les hôpitaux militaires, en France comme à l’étranger. Il avait publié de nombreux travaux à la Société de chirurgie dont il était un membre actif. Le Fort n’admettait pas que les germes infectieux se transmettent surtout par l’air : il comparait les résultats des opérations faites dans les grands hôpitaux ou dans les petits hôpitaux, à la ville ou à la campagne. Il combattait la théorie de Lister et ce qu’il appelait les puérilités de sa méthode, il admettait un germe-ferment, un germe-contage, et professait que la transmission se fait par le contact121.

Le Fort quitta la chaire de clinique chirurgicale de Necker en 1 890 , pour passer à la Pitié de 1890 à 1892, et, à la retraite de Vemeuil

^ Cl Trélat, Clinique chirurgicale, 1891,^2 vol.— « Bulletin gàural de thérapeutique : Le germe-

ENSEIGNEMENT

en 1892 , il vint prendre la chaire de l’Hôtel-Dieu , qu’il n’occupa qu’un an, enlevé subitement le 19 octobre 1893.

Le Fort, excellent chirurgien, était une personnalité importante dans la chirurgie, malgré son esprit quelquefois paradoxal.

Il était membre de l’Académie de médecine depuis i883 et officier de la Légion d’honneur.

Le passage de Le Fort à l’Hôtel-Dieu en 1892, à la retraite de Verneuil, permit à Tillaux de quitter la chaire d’opérations et appareils pour prendre celle de clinique chirurgicale à l’hôpital de la Pitié.

L’enseignement de Tillaux est essentiellement pratique; ses leçons sont remarquables par la netteté, la clarté de l’exposition. Il sait façonner ses élèves à l’interrogation des malades, au diagnostic, au pronostic et au traitement. Aussi son service hospitalier est-il très recherché des étudiants, qui trouvent dans Tillaux un maître à la fois ferme et bienveillant, les guidant dans leurs interrogations et leur inspirant l’amour de la chirurgie.

A l’amphithéâtre de Clamart, Tillaux inaugura l’enseignement de l’anatomie chirurgicale, et c’est là qu’il puisa les matériaux de son Traité d anatomie topographique, arrivé en 1895 à la huitième édition. A Clamart, il avait organisé la médecine opératoire et créé le laboratoire d’histologie. Son Traité de chirurgie clinique (1886-1894) et ses Leçons de clinique chirurgicale, recueillies par Thiéry (i8g5), sont entre les mains de tous les étudiants, qui y retrouvent l’esprit clinique et pratique du professeur.

Un décret du 7 février 1890 autorisaitle professeur Düplay àquitter sa chaire d’opérations et appareils pour prendre celle de clinique chirurgicale. Duplay avait suppléé Laugier à la Pitié en 1872; de 1872 à i88oil avait fait des conférences cliniques dans les différents services chirurgicaux qui lui avaient été confiés, à Saint-Antoine, à Saint-Louis, à Lariboisière. Il avait commencé en 1877 avec Follin

un Traité de pathologie externe, et occupait depuis le 2 1 juin x 884 la chaire d’opérations et appareils. Ses Conférences de clinique chirurgicale avaient été recueillies et réunies en deux volumes, et elles avaient révélé les aptitudes de Duplay comme opérateur et comme clinicien. Il prit la chaire de l’hôpital de la Charité en 1890, et le 2 1 novembre 1893 il succédait à Vemeuil à F Hôtel-Dieu.

Présenté en première ligne par la Faculté, Le Dentd fut nommé professeur de clinique chirurgicale le 12 août 1890, et succéda à Le Fort à l’hôpital Necker. Le Dentu eut la chance de ne pas faire de stage dans d’autres chaires, et le 1 1 novembre il inaugurait son enseignement.

Le Dentu, pendant son agrégation, avait fait à l’Hôtel-Dieu des conférences de clinique chirurgicale pendant les vacances, de 187 4 à 1876, avait suppléé le professeur Richet à l’Hôtel-Dieu de 1876 à 1877, s’était fait connaître par de nombreux travaux originaux, par sa collaboration au Traité des maladies de la prostate et de la vessie, de Voillemier, et par son livre sur les Affections chirurgicales des reins, des uretères et des capsules surrénales (1889), sans compter les articles publiés par lui dans le Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.

Le Dentu a eu l’excellente idée de publier ses Études de clinique chirurgicale (1892), résumé des faits les plus curieux de son service, et il se propose de continuer cette publication, à la fois intéressante et pratique. Le Dentu, dans ses leçons, se montre partisan d’un diagnostic précis, et en même temps adversaire des opérations exploratrices, dont quelques chirurgiens paraissent avoir trop de tendance à abuser, à la faveur de l’antisepsie.

Berger fut nommé le 9 juillet 1894, et il termine cette série de professeurs de clinique chirurgicale.

Tous les changements de service hospitalier et les permutations de chaires ne permettant pas de suivre un ordre méthodique, le tableau

ENSEIGNEMENT

synoptique suivant servira de table chronologique pour chaque chaire et chaque service.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

Desault . 1795-1795

Pelletan . 1795-1815

Dupuytren . 181 5-i 835

Roux . 1 835-i 854

Laugier . 1854-1872

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