CHAIRE D’ACCOUCHEMENTS. — CLINIQUE D’ACCOUCHEMENTS
Les deux professeurs institués le 3i janvier 1795 furent Leroy et Baudelocque, adjoint.
Leroy (Alphonse) était un docteur-régent de l’ancienne Faculté, où il avait été élu professeur de chirurgie française en 1778. Il avait publié quelques travaux sur la pratique des accouchements, sur la section de la symphyse du pubis, sur l’histoire naturelle de la grossesse et de l’accouchement, etc. C’était du reste un professeur assez médiocre. Il mourut d’une façon tragique en 1816, assassiné par un domestique qu’il avait renvoyé.
Baudelocque (Jean-Louis) avait été reçu maître en chirurgie le 5 novembre 1776, et avait soutenu sa thèse sur la symphyséotomie. Élève de Solayrès, il prit une place importante dans l’art des accouchements; sa précision, sa dextérité le mirent vite en évidence, ce qui l’avait fait nommer adjoint de Leroy. Il était chargé de faire le cours d’accouchements aux élèves sages-femmes : il était chirurgien-accoucheur de la Maternité.
Baudelocque était de beaucoup supérieur à Leroy. « Son élocution était simple et grave; il commandait le respect et l’attention, ne faisait point de sectateurs, mais il formait des élèves instruits, il leur inspirait le goût du travail, l’amour de l’art; il en faisait des
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accoucheurs recommandables ou des sages-femmes utiles » Sa pratique était des plus étendues et il était appelé dans tous les cas difficiles. Une affection cérébrale l’enleva le 2 mai 1810, à lage de 65 ans, au moment où il venait d’être choisi pour accoucher l’impératrice Marie-Louise. Ses livres sur l’art des accouchements ont été pendant longtemps les livres classiques de la Faculté.
La chaire de Baudelocque étant vacante, aux termes des statuts des 3i octobre 1809 et 3i juillet 1810, elle fut mise au concours. C’était la première fois qu’une chaire allait être disputée publiquement. Le concours fut fixé au 5 mai 1811.
Les juges furent : De Jussieu, président. Le Roux, Leroy, Chaussier, A. Dubois, Bourdois, Evrat, et les suppléants : Lallement, Richerand et Auvity.
Les concurrents étaient : Capuron, Demangeon, Désormeaux, Dufay, Flamant, Gardien et Maygrier.
La première épreuve écrite avait pour sujet : De la description du placenta, de ses fonctionnements, de la délivrance.
La seconde consistait en une Description de l’atérus, avec l'indication des changements qu'il éprouve, ainsi que toute l économie pendant le cours de la gestation, et le mécanisme de ï accouchement naturel.
Ces deux épreuves n’étaient pas publiques.
Comme exercice sur le mannequin, les candidats eurent à opérer l’accouchement, l’enfant présentant le bras.
Les sujets des thèses, qui furent écrites en latin ou en français, furent les suivants :
Capuron eut à traiter : De spuria graviditate (De la fausse grosses deux leçons orales avaient eu pour sujet : De la sortie prématurée du cordon dans l'accouchement, et De la circulation chez le fœtus encore contenu dans le sein de la mère.
Le Roux, Séance publique de la Faculté , i4 novembr
Demangeon a également écrit en latin sa thèse sur la section de la mphyse pubienne (De ossium pubis synchondrotomia).
Sa première leçon orale avait eu pour sujet : De l asphyxie des nou-
Désormeaux rédigea sa thèse en latin : De abortu.
Il fit sa première leçon orale sur les Renversements de la matrice et la seconde sur les Soins qu'exige la femme pendant le cours de la grossesse.
Dufay fit sa thèse sur Le forceps et ses applications.
Il fit sa première leçon sur La fièvre puerpérale et la seconde sur Les obliquités de la matrice.
Flamant eut pour sujet de thèse : De l’opération césarienne, et pour leçons orales : De ï accouchement par les pieds et De la délivrance.
Gardien eut à traiter : Du toucher.
Il fit ses leçons sur les Pertes utérines pendant l’accouchement et sur les Soins qu’exigent la mère et l’enfant au moment de l’accouchement.
Maygrier écrivit en latin sa thèse sur l’enclavement : De paragomphosi, seu de compressione , velde inclusione capitis inpelvi, porta sese e£i-
II a fait sa première leçon sur l’ Accouchement dans lequel l’enfant présente le bras et la seconde sur La lactation et les maladies des mamelles pendant l’allaitement.
Le 9 septembre toutes les épreuves étaient terminées, et Désormeaux fut nommé professeur le 1 5 octobre 1 8 1 1 . Il n’avait que 33 ans. Ce n’était pas un professeur brillant; mais il s’exprimait avec facilité et précision, et ses leçons révélaient un maître profondément versé dans la science obstétricale. Le petit coup d’Etat du 2 1 novembre 1822 ne l’atteignit pas; sa chaire lui fut conservée.
La chaire de Leroy resta vacante pendant près de deux ans. Le 23 juin 1818, la Faculté songea à pourvoir à son remplacement. Le 2 1 juillet, Pelletan , professeur de médecine opératoire, demanda
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à passer à la chaire d’accouchements, et le 3o octobre il fut nommé en remplacement de Leroy. Mais on ne le vit pas dans sa chaire. A la dissolution de la Faculté, il fut nommé professeur honoraire et mourut, âgé de 77 ans, et sans fortune, en 1829.
L’art des accouchements ne s’apprenait guère que dans des cours particuliers.
A la réorganisation de la F acuité , en 1823, ce cours fut subdivisé en deux chaires : l’une prit le titre de Chaire d’accouchements, des maladies des femmes en couches et des eifants nouveau-nés, et l’autre prit le titre de Chaire de clinique d’accouchements. Désormeaux avait pris la première; la deuxième, de création nouvelle, fut donnée à Deneux.
Désormeaux était un professeur consciencieusement attaché à ses devoirs, d’un extérieur froid et imposant, d’une exactitude scrupuleuse et d’une grande timidité. Il n’a guère écrit que des articles d’obstétrique dans le Dictionnaire de médecine.
Désormeaux est mort subitement dans sa voiture, le 29 avril i83o, au moment de se rendre à l’hôpital de la Maternité.
La Faculté, appelée à désigner son successeur, présenta en première ligne Moreau, et en seconde ligne Velpeau. Moreau fut nommé le 8 juillet 1 83o.
Moreau s’était fait connaître par des cours particuliers d’accouchements qui étaient très suivis. Il était membre associé de l’Académie de médecine depuis sa fondation , agrégé par l’ordonnance royale du 2 février 1823. C’était un professeur assidu, dévoué à son enseignement, racontant les faits avec verve et bonhomie. « On a pu trouver, a dit son panégyriste1'1, qu’à la fin de sa carrière, M. Moreau était trop resté au lendemain de Baudelocque, tandis qu’autour de lui ce lendemain était déjà passé. »
, !I) Gosselin, Éloge de Moreau , prononcé à la séance de rentrée de la Faculté, le 17 novembre
Moreau a peu écrit, absorbé qu’il était par sa nombreuse clientèle. Il a publié une thèse remarquable sur la Membrane caduque , un Manuel des sages-femmes et un Traité pratique d'accouchements, en i84i.
Il est mort le 1 5 janvier 1862 , et ce n’est que dans l’assemblée du 10 décembre i863 que la Faculté dut faire sa présentation, qui eut lieu dans l’ordre suivant : Pajot, Blot, Tamier.
Pajot a été nommé professeur par décret impérial du 20 décembre 1 863. Il était agrégé depuis 1 853 , et sa nomination fut accueillie par les élèves avec un véritable enthousiasme. Peu de professeurs particuliers jouissaient autant que lui de la faveur populaire. Son petit amphithéâtre de la rue des Poitevins avait vu passer bien des générations d’étudiants, qui désertaient les bancs de la Faculté pour venir écouter le professeur libre. C’est que Pajot mettait dans son enseignement toute son énergie, tout son cœur. Il avait la diction facile, mouvementée, imagée, une mimique expressive, se servant de comparaisons communes, triviales quelquefois, mais toujours justes et bien appropriées. Il mettait tout en usage pour être compris, et lorsqu’il prit la chaire de la Faculté, le grand amphithéâtre était véritablement trop petit pour le nombre de ses auditeurs.
Pajot quitta cette chaire en i883 pour passer par permutation à celle de clinique d’accouchements.
Le 5 février 1884, T arnier, présenté en première ligne par la Faculté, fut nommé professeur d’accouchements en remplacement de Pajot. Cette chaire fut supprimée en 1889 et transformée en une deuxième chaire de clinique obstétricale, par décret du 26 février
La chaire de clinique d’accouchements avait été créée en l’an vuais, pour des raisons particulières, le titulaire n’avait jamais été
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nommé. Le 17 mai 1810, la Faculté avait proposé de demander au Gouvernement l’installation de cette chaire : oh n’avait donné aucune suite à cette demande, qui se heurtait à des obstacles constants.
Cette chaire fut définitivement créée à la réorganisation de la Faculté, en 1823, et le titulaire fut Deneux.
Deneux était un brave et honnête médecin de province; compatriote et parent de Baudelocque, il avait été amené d’Amiens à Paris par de puissants clients légitimistes, qui l’avaient poussé dans la clientèle aristocratique, et il était ainsi arrivé à la Cour et à la confiance de la duchesse de Berry, dont il fut l’accoucheur à Paris et à la citadelle de Blaye, en i833(1). Si Deneux avait beaucoup de qualités, il n’avait aucune de celles qu’exige l’enseignement. Il n’avait même pas de service hospitalier; aussi ne le voyait-on à la Faculté que pour les examens. Il fut destitué en i83o; mais il n’accepta pas sa destitution sans protester, faisant valoir pour raison qu’il avait été nommé à une chaire nouvelle, créée par le Gouvernement, et cela en vertu d’un droit établi par la loi, qui laisse au Gouvernement le choix de nomination aux chaires nouvelles, par l’article 8 du décret du 17 septembre 1 808 (2).
Quelque justes que parussent les raisons qu’il invoquait, Deneux fut dépossédé de sa chaire, qu’il n’avait occupée du reste que nominativement. Cette chaire ne fut déclarée vacante qu’en i834, à cause de la reconstruction de l’hôpital des Cliniques, et le concours fut fixé au
Les juges furent : les professeurs Moreau, président, Gerdy, Cloquet, Cruveilhier, Dupuytren, Maijolin, Roux (Bérard et Fouquier, suppléants) , et les académiciens Capuron, Devilliers, Lebreton, Villeneuve (Danyau, suppléant).
w Deneux, Quatrième grossesse de la duchesse de Berry , pubL par Mattéi. Paris, 1881, in-8°. — p. 232.
i'ACULTÉ DE MÉDECINE.
Cinq candidats se présentèrent : Bazignan, Paul Dubois, Lécorché- Colombe, Velpeau et L.-A. Baudelocque. Ce dernier, qui était neveu du chirurgien de la Maternité, se retira.
Le concours consista dans deux épreuves cliniques avec une leçon, dans l’appréciation des travaux antérieurs et dans une thèse.
Après les épreuves orales, les candidats eurent à traiter les sujets suivants dans leurs thèses :
Dans les cas de présentations vicieuses du fœtus, c/ue faut-il faire? (Bazignan. )
Dans les différents cas d’étroitesse du bassin, t/ue faut-il faire? (Du-
De la délivrance. (Lécorché-Colombe.)
Des convulsions pendant la grossesse, pendant et après 1’ accouchement. (Velpeau.)
A la suite d’un concours qui dura plusieurs mois et dans lequel Velpeau et Dubois luttèrent avec des chances égales, Dobois fut élu le 20 mai i834 par 8 voix contre 4 données à Velpeau, et nommé officiellement le 3 1 mai.
Le i " décembre de la même année eut lieu l’ouverture de l’hôpital des Cliniques de la Faculté. Dubois prit immédiatement possession de sa chaire. Formé de bonne heure par son père à la pratique des accouchements, chirurgien de la Maternité, Dubois sut joindre la pratique à la théorie, et fit preuve, dans des leçons solides, d’un savoir, d’une netteté et d’une précision inconnus jusqu’alors. Pendant vingtcinq ans, Dubois a occupé officiellement dans l’obstétrique un rang que nul ne lui a contesté et dans lequel il n’a eu ni émules, ni rivaux. Son influence a été immense comme sa pratique, non seulement en France, mais encore à l’étranger. Il n’a presque rien écrit, mais combien ses leçons étaient pratiques! avec quelle sagesse il traitait toutes les questions relatives à son art! avec quel tact, avec quelle supériorité, avec quelle bienveillance il se montrait au lit de ses malades et dans
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son amphithéâtre! On a dit de lui que « l’habileté de sa main savait vaincre toutes les difficultés de l’art». Son apparente hésitation était une sage circonspection : tous les journaux de médecine se disputaient ses leçons. Mais sa santé chancelante le força à demander sa mise à la retraite en 1861. Puis un jour l’obscurité se fit dans cet esprit habituellement si lucide , et Dubois est mort dans sa propriété de Verneuil (Eure), après une déchéance progressive qui n’a pas duré moins de six années.
A la retraite de Dubois, la Faculté présenta les trois candidats suivants : Depaul, Pajot, Blot. Un décret impérial du 25 novembre 1862 nomma Depaul professeur de clinique d’accouchements.
Formé à l’école de Dubois, Depaul continua l’enseignement de son maître à l’hôpital des Cliniques, jusqu’au jour où cet enseignement fut transféré dans le nouvel hôpital de la rue d’Assas (1881), après beaucoup de tribulations et de tracas1'1.
Comme professeur, Depaul avait la parole claire, nette, exposait avec précision les faits, de manière à les graver dans l’esprit de son auditoire. Il ne cherchait pas les phrases, les effets oratoires; mais on sentait en lui le clinicien accompli. Il se révèle tout entier dans ses Leçons de clinique obstétricale®. C’est lui qui a rassemblé les premiers éléments du musée de la clinique de la rue d’Assas.
Il est mort le 2 1 octobre i883, dans son pays natal, après dix-neuf ans d’enseignement.
Par un décret du 17 novembre i883, Pajot obtint par permutation la chaire de clinique d’accouchements, qu’il garda jusqu’au 1" décembre 1886, atteint par la limite d’âge.
On avait songé depuis longtemps à remplacer l’enseignement didactique par l’enseignement clinique , et au mois de février 1 88 1 , le doyen Vulpian avait adressé au Ministre un rapport à ce sujet. En 1888, la
Gazette des hôpitaux , 17 mai 1881. — (î) Paris, 1872-1876, 1 voL in-8°.
Commission du budget de la Chambre avait d’abord refusé le crédit demandé, et ce n’est que le 3 décembre de la même année qu’elle vota la transformation de la chaire d’accouchements.
A la retraite de Pajot, un agrégé fut chargé de le remplacer dans sa chaire de clinique obstétricale; mais au commencement de l’année scolaire 1888, le professeur Tarnier fut délégué à cette chaire, jusqu’à ce que le décret du 26 février 1889 transformât la chaire de théorie d’accouchements en chaire de clinique obstétricale, et y appelât Tarnier, qui fut désigné pour la clinique de l’hôpital de la rue
Un autre décret du 22 juin 1889 nomma l’agrégé Pinard à la deuxième chaire, et il fut désigné pour la maison d’accouchements Baudelocque ou clinique Baudelocque.
Les deux professeurs de clinique obstétricale sont remarquables par des qualités différentes. Tarnier a fait beaucoup pour la science et pour l’enseignement. Il a dicté les lois de l’antisepsie obstétricale, et a inventé et perfectionné des instruments pour la pratique des accouchements.
Pinard, avec le même esprit, a le tempérament professoral, l’expression heureuse et pittoresque; de même que Pajot, il donne la vie et le mouvement à son entourage comme à ses leçons.
TABLEAB CHRONOLOGIQUE.
Leroy . 1795-1816
Vacante . 1816-1818
Peiietan . 1818-1822
Désormeaux . i823-i83o
Moreau . 1830-1862
Pajot . i863-i883
Tarnier . 1884-1889
Baudelocque, adjoint. 1795-1810 Désormeaux , adjoint. 1811-1822