HISTORIENS DE IA MÉDECINE
Dans les siècles précédents, les médecins avaient des loisirs que ne possèdent guère les praticiens d’aujourd’hui. Quelques-uns ont laissé un nom dans la littérature scientifique; d’autres ont cultivé avec succès les langues grecque et latine, et c’est à l’un de ces derniers, René Chartier, que nous devons la plus belle édition d’Hippocrate et de Galien™, en treize volumes in-folio, dans laquelle il se ruina.
Au commencement du siècle , il y avait encore quelques médecins nourris de la culture des littératures anciennes, tels que Goulin, dont la bibliothèque municipale de Reims possède de nombreux manuscrits, Cabanis, Bosquillon, De Mercy, etc.
Les classiques grecs ont eu, de notre temps, comme principaux interprètes : Littré, Daremberg, Briau, Pétrequin. Littré a travaillé pendant vingt-deux ans pour nous donner une traduction complète d’Hippocrate™. Daremberg a traduit les œuvres anatomiques, physiologiques et médicales de Galien™, et les œuvres choisies d’Hippocrate™. Nous lui devons aussi la traduction des œuvres d’Oribase™ et de Rufus d’Éphèse™. Briau nous a donné la traduction de la chirurgie de Paul d’Égine™. Nous devons aussi une mention à Pétrequin, de Lyon, qui a publié en 1872 la Chirurgie d’Hippocrate, traduction
£,J Paris, 16S9-1679. (S) Œuvres, texte et traduction par Darem-
w Œuvres complètes, traduction nouvelle berg, Bussemaker et Molinier, 1861-1876, avec le texte en regard. Paris, 1839-1861, 6 yoI.
10 vol. in-8°. (6) Œuvres, texte et traduction par Darem-
(i) Paris, i854-i857, 2 vol. in-8°. berg et RueBe, 1879.
« Ibid., i854, 1 vol. in-8°. £7> Paris, i855, in-8°.
LA FACULTÉ DE MÉDECINE, excellente, surtout à cause de la compétence chirurgicale du traducteur1'1.
Celse a eu plusieurs interprètes, parmi lesquels sont Ninnin , Fouquier et Ratier, Ch. des Estangs. La meilleure traduction est celle de Védrènes (1875).
Depuis quelques années, Nicaise s est attaché a faire revivre quelques chirurgiens du moyen âge. Il a commencé par Guy de Chauliac ( 1 890) , par Henri de Mondaville ( 1 8g3 ) , et il vient de terminer une édition complète de Franco (1895). Ces trois ouvrages constituent un important monument élevé à la chirurgie du moyen âge.
Fournier a entrepris de faire passer dans la langue française la collection des syphiliographes, et, en traduisant Fracastor, il a donné un exemple qui a été suivi par Le Pileur pour Fernel, par Corlieu pour Grünbeck. Le poème de Fracastor avait déjà tenté le docteur Yvaren , qui en a donné une excellente traduction en bons vers français1'21.
Un médecin de l’armée, L. Leclerc, qui a passé toute sa vie militaire en Afrique , nous a fait connaître la médecine arabe1'11. Rabbinowicz nous a appris la médecine du Talmud1'1'. Les auteurs allemands, anglais ont eu beaucoup de traducteurs, et il ne faut pas oublier que c’est Jourdan qui a commencé la série des traductions des ouvrages allemands.
Malgaigne, qui était à la fois un chirurgien et un érudit, a fait revivre Ambroise Paré151. Son Introduction sur l’origine et les progrès de la chirurgie en Occident, du vie au xvic siècle, est une oeuvre magistrale de 35 1 pages.
W Pétrequin, Chirurgie d Hippocrate, 1878, W Rabbinowicz , La médecine du. Talmud, ou
2voLin-8°. tous les passages concernant la médecine,
(4) La Syphilis , poème en vers latins de extraits des 21 traités du Talmud de Baby- Jérôme Fracastor, traduit eu vers français par loue. Paris, 1880, 1 vol. in-8*.
ÉVOLUTION
René Briaù a fait de consciencieux travaux sur l’archiatrie romaine (1877), sur Hippocrate et sur la lithotomie.
En 1 865 , quelques jeunes agrégés eurent l’idée de faire des conférences historiques qui eurent beaucoup de succès (1). Verneuil, Broca, Tarnier, Follin, Trélat, Axenfeld, LeFort, etc. montrèrent que l’érudition n’était pas morte à la Faculté de Paris.
Si l’enseignement officiel de l’histoire de la médecine, disparu en i8a3, n’a repris en 1873 que grâce à un généreux donateur121, cette branche importante a eu des adeptes depuis le commencement du siècle. Dujardin et Peyrilhe ont commencé l 'Histoire de la chirurgie depuis son origine. Ils s’arrêtèrent à Paul d’Égine®; le troisième volume, qui est manuscrit, est à l’Académie de médecine. Houdard a écrit Y Histoire de la médecine grecque depuis Esculape jusqu’à Hippocrate exclusivement ( i856). Andral a enseigné à la Faculté l'Histoire delà médecine grecque jusqu’à la mort de Galien (i85î-i853). Corlieu a écrit l’Histoire de la médecine grecque depuis Galien jusqu’à la chute de l’Empire d’Orient (2 io-i453)(4). A Jules Rouyer nous devons des Études médicales sur l’ancienne Rome®. Ménière a écrit Études médicales sur les poètes latins®, et Cicéron médecin®. Edmond Dupouy a également traité la Médecine et les mœurs de l’ancienne Rome, d’après les poètes latins®, et il s’est arrêté au Moyen âge médical En i846, Renouard a écrit l'Histoire de la médecine depuis son origine jusqu’au xix’ siècle (10). En 1873, Bouchut publia l'Histoire de la médecine et des doctrines médicales (n>, le seul ouvrage complet que nous possédions actuellement. J. Bouillet a fait paraître un Précis d’histoire de la médecine qui a été traduit en grec(12), et Barbillon un excellent petit abrégé de l’Histoire de la médecine (I3). Résumant sans abstractions ni théories ce qu’il y a
(î) Voir chap. xvn, p. 372.
m Paris, 1774-1780, 2 vol. in-4°.
« Paris, J.-B. Baillière, i885, 1 vol. in-8°. (5) Paris, A. Delahaye, 1859, .1 vol.in-8*. {t) Paris, G. Baillière, i852, 1 vol. in-8®.
« Paris, G. Baillière, 1862 , 1 vol. in-18®. « Paris, J.-B. Baillière, i885, 1 vol. in-18. « Paris, Meurillon, 1888, 1 vol. in-18.
<10> Paris, J.-B. Baillière, 1846, 2 vol. in-8“. (n> Paris, G. Baillière, 1873, 2 vol. in-8®. Paris, J.-B. Baillière, 1 883, 1 vol. in-8®. Paris, Dupret, 1886, 1 vol. in-18.
de plus concret et accessible dans l’histoire de la médecine, Guardia a écrit d’un style vigoureux et avec une grande indépendance d’esprit et de jugement l 'Histoire de la médecine d’Hippocrate à Broussais et ses successeurs^. Jules Rochard a écrit avec compétence l’Histoire de la chirurgie française au xix" siècle et Corlieu 1 Enseignement au Collège de chirurgie®. On ne peut passer sous silence le nom de Turner, écrivain minutieux, qui aimait à élucider quelques points ignorés, à faire ou refaire quelques biographies de médecins du temps passé; celui de Maurice Raynaud, qui a écrit Les médecins au temps de Molière ®; celui de Chéreau, qui s’est complu dans l’ancienne Faculté et qui avait presque fait sa société de Guy Patin. Ses manuscrits ont été achetés à sa mort et sont à la Bibliothèque de la ville de Paris ( Musée Carnavalet). L 'Histoire de l’ancienne Faculté de médecine de Paris a été écrite par Corlieu151. Laboulbène a traité dans ses cours beaucoup de questions historiques, entre autres : Les livres hippocratiques ; Celse et la médecine à Rome; Galien et ses œuvres; la Médecine arabe; Paracelse et Van Helmont; Les anatomistes anciens et la Renaissance anatomique au XVIIIe siècle; IV. Harvey et la circulation du sang; L’ancienne Académie de chirurgie; Thomas Sydenham; Histoire de l’anesthésie et de l’antisepsie, etc. Il faut encore citer les Lectures sur l’histoire de la médecine , par L. Thomas ( 1 883 ) , les Essais de bibliographie médicale, par L.-H. Petit (1887), à qui l’on doit encore une édition complète des œuvres de Méry (1888), et les nombreuses biographies du Dictionnaire encyclopédique rédigées par Beaugrand, Chéreau, Hahn, Montanier, Dureau. Les Facultés de Bordeaux, Montpellier, Pont-à-Mousson, Nancy, Reims, etc., ont eu leurs historiens. Mais il faut trois conditions indispensables pour encourager de pareils travaux : ce sont des auteurs dévoués, des lecteurs curieux et des éditeurs désintéressés.
L’éloquence académique a eu aussi des représentants, soit à l’Aca-
<■> Paris, Doin, 1884, l vol. in-18. » Paris, Didier, 1862, 1 vol. m-8‘.
{i) Paris, J.-B. Baillière, 1875, 1 vol. in-8°. (S) Corlieu, L’ancienne Faculté de médecine
*SJ Paris, J.-B. Baillière , 1890, in-8«. de Paris , Paris, Delaliaye, 1877, * vol. in-8\
ÉVOLUTION
démie de médecine, avec Pariset, Dubois (d’Amiens), Béclard, Bergeron, Bochard, A. Guérin, soit à la Société de chirurgie, soit à la Faculté, dans les séances solennelles où des maîtres prouvaient qu’ils maniaient la plume aussi habilement que la lancette ou le bistouri. C’était un devoir à la fois pieux et instructif que de retracer devant une jeunesse impressionnable la vie des maîtres qui venaient de disparaître, et qui était pour elle un enseignement salutaire. Cet usage a malheureusement disparu depuis 1866.