CHAPITRE XVII
CHAISES D’HISTOIRE DE LA MÉDECINE ET DE LA CHIRURGIE ET DE BIBLIOGRAPHIE MÉDICALE.
Le premier professeur chargé de l’enseignement de l’histoire de la médecine fut Goulus, nommé le 2 1 juin 1795. C’était l’homme le plus érudit de l’Ecole; il savait le latin, le grec, l’arabe, avait beaucoup lu, beaucoup écrit, et il a laissé, entre autres ouvrages, deux volumes de Mémoires littéraires, critiques, etc., pour servir à l'histoire de la médecine (1775-1776). Goulin avait rédigé son Cours d’histoire de la médecine, l’avait mis au net et il constituait quatre volumes in-fol. , se terminant à l’an 279 avant J.-C., à l’Ecole d’Alexandrie. Le cinquième volume avait pour titre : Chronologie pour l’histoire de la médecine. Sue a été le dépositaire des manuscrits de Goulin, dont il faisait le plus grand cas : ces manuscrits ont été mis en vente et presque tous sont actuellement à la Bibliothèque municipale de Reims, qui en possède une trentaine de volumes, dont les plus importants sont le Cours Æ histoire de la médecine professé pendant les ans ir,v et vi , et des volumes de Mélanges, de Biographies, etc. Il est mort après quatre années d’enseignement, le 3o avril 1799.
Moreau se présenta pour succéder à Goulin et communiqua le plan de son cours pour servir d’introduction à l’histoire de la médecine; il ne fut pas nommé. On lui préféra Cabanis.
Cabanis, docteur de la Faculté de Reims, avait pratiqué la médecine jusqu’à la Révolution : il avait compté parmi ses clients Mirabeau,
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dont il publia La maladie et la mortm. Très lié avec les hommes politiques de l’époque, il avait été nommé d’abord adjoint à la chaire de clinique de perfectionnement (1797), et il se proposa de faire ses leçons sur les perfectionnements de la médecine. Le 25 février 1797, il ouvrit son cours sur Hippocrate. Ses deux leçons ont été publiées dans ses œuvres complètes'21.
Peu de temps après, Cabanis avait été nommé adjoint de Corvisart, à la chaire de clinique interne; mais ses goûts littéraires et philosophiques le portèrent à demander la chaire d’histoire de la médecine. Ami de Garat, qui, après le 9 thermidor, avait dirigé l’Instruction publique, il avait écrit sous son inspiration : Coup d’œil sur les révolutions et sur la réforme de la médecine (3). Il y étudie l’histoire de la médecine depuis sa naissance, Hippocrate, Galien, les Arabes, qui l’introduisirent en Europe, jusqu’au XVIIIe siècle. Cet admirable résumé de l’histoire de la médecine fait regretter que la politique et sa mauvaise santé aient éloigné Cabanis d’une chaire qui lui convenait si bien. Il avait été élu Représentant du peuple en l’an vi , et après le coup d’état de brumaire (1799), qu’il avait approuvé, il avait été nommé sénateur. On ne le vit plus guère à l’Ecole, et il est mort le 6 mai 1808.
De 1808 à i8i5, il n’y eut plus de cours officiel d’histoire de la médecine et le Ministre informa la Faculté qu’il croyait devoir supprimer cette chaire.
Toutefois Moreau, de la Sarthe, bibliothécaire, ne laissa pas péricliter cet enseignement et il fit bénévolement, sous le titre de répétitions, un véritable-cours de bibliographie médicale.
Un arrêté du 8 décembre 1818 avait réuni l’enseignement de l’histoire de la médecine à celui de la bibliographie médicale, et le bibliothécaire Moreau en fut chargé officiellement avec le titre de professeur et les avantages attachés à ce titre.
p. 1. P <*> Ibid., 1. 1, p. 1. 9
En 1822, la chaire d’histoire de la médecine disparut complètement.
En i83o, Jules Guérin, dans son Rapport1') sur les questions relatives à l’organisation de la Faculté de médecine, avait demandé le rétablissement de la chaire d’histoire de la médecine. « La chaire d’histoire de la médecine, disaitril, doit, éclairée par l’esprit philosophique de notre époque, jeter le plus grand éclat sur la science et raviver des germes ensevelis sous des débris ignorés. C’est moins l’histoire des livres que des choses quelle aura pour objet; et s’il est vrai que le cercle des erreurs soit aussi borné que le cercle des vérités, ce sera déjà rendre un grand service à la médecine que de l’avertir et de la garantir, par les révélations de l’histoire, du retour des erreurs passées. »
Cependant cet enseignement n’était pas tout à fait mort. Dezeimeris , bibliothécaire de la Faculté, auteur du Dictionnaire historique de la médecine, l’avait réclamé à la Faculté, au Ministre, à la Chambre des députés, et dans ses Lettres sur l’histoire de la médecine et sur la nécessité de l’ enseignement de cette histoire®. Des cours particuliers furent faits en dehors de la Faculté par Dezeimeris, par Daremberg, par Bouchut.
En 1869, on apprit qu’un Maître des requêtes au Conseil d’État, Salmon de Champotran, frappé de l’insuffisance de l’enseignement médical sous le rapport de l’histoire, avait légué par son testament une somme de 1 5o,ooo francs pour la création d’une chaire d’histoire de la médecine et de la chirurgie , laissant à la Faculté le soin de présenter le futur titulaire, en manifestant toutefois le désir d’y voir appeler le docteur Cusco. Le choix n’eût pas été mauvais, car le candidat désigné par le généreux donateur était un lettré doublé d’un savant : mais il déclina toute candidature.
Le 6 janvier 1870, la Faculté fut autorisée à accepter ce legs. Un
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décret du g mars porta création de cette chaire, et un autre, en date du 2 mai, nommait Daremberg, membre associé de l’Académie de médecine, bibliothécaire de l’Institut, professeur d'histoire de la médecine et de la chirurgie. Daremberg était un érudit; il avait passé toute sa vie au milieu des bibliothèques, à compulser les auteurs anciens, à collationner les textes; il avait traduit Aurelius, Galien, Oribase, et il venait de publier l 'Histoire des sciences médicales, en 2 volumes in-8°, ouvrage d’érudition et de patientes recherches. Mais les mauvais jours étaient venus pour nous; la guerre franco-allemande avait fait le vide dans nos écoles et deux ans après , le 2 4 octobre 1872, Daremberg mourait, ayant à peine professé.
Au mois de décembre de la même année, la Faculté eut à présenter une liste de trois candidats à la chaire vacante. Elle plaça les trois candidats dans l’ordre suivant : Lorain , Bouchut, Maurice Raynaud. Au mois de janvier 1873, Lorain était nommé professeur d’histoire de la médecine.
Lorain n’était pas préparé pour cette chaire; des dissentiments survenus avec Tardieu lui avaient fait abandonner la médecine légale, et il venait de publier la Réforme des études médicales par les laboratoires (1). Lorain avait un esprit fin et un jugement sûr. Il ne crut pas que sa mission dans cette nouvelle chaire consistât à faire étalage d’érudition, à rectifier des dates; il prit l’esprit scientifique moderne comme critérium de la valeur des doctrines anciennes et exposa les révolutions qui s’étaient faites depuis moins d’un demi-siècle dans la médecine sous l’inûuence des progrès de la physiologie expérimentale et des applications des sciences physico-chimiques.
Le cours de Lorain, qui, comme homme, était très sympathique à la jeunesse des Écoles, fut goûté et suivi; mais un an après, le 24 octobre 1875, le nouveau professeur mourait subitement chez un pauvre malade du faubourg Saint-Antoine.
, in-8% p. 45.
Trois agrégés se mirent sur les rangs pour occuper sa chaire : Parrot, Bail et Maurice Raynaud. Le 2 8 mars 1876, Parrot fut nommé professeur d’histoire de la médecine; mais il n’occupa cette chaire qu’en passant, car, le 6 février 1879, il fut nommé par permutation à la chaire nouvelle de clinique des maladies des enfants.
La chaire d’histoire de la médecine fut chaudement disputée par Lahoulbènë et Ollivier.
Présenté en première ligne, après trois tours de scrutin, Laboulbène fut nommé le 12 avril 1879, et s’était engagé, par une lettre en date du 26 février 1879, à ne jainais demander de permutation et à se consacrer exclusivement à son enseignement. Après avoir fait quelques leçons sur des médecins illustres des temps passés, il traite des questions intéressantes du temps présent.
tableau chronologique.
Gouiin . Chaire supprimée 183441 870
Cabanis . 1799-1808 Daremberg . 1870-1872
Chaire supprimée. . . 1808-1818 Lorain . .' . 1878-1875
Moreau (de la Sar- Parrot . 1876-1879
ti>e) . 1818-1822 Laboulbène . 1879-....
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