‹ Centenaire de la Faculté de médecine de ParisChapitre 98 sur 146 · CHAIRE DE MÉDECINE LÉGALE · texte numérisé non relu

CHAIRE DE MÉDECINE LÉGALE

La médecine légale et l’histoire de la médecine ne constituèrent primitivement qu’une seule chaire™. Le premier professeur de médecine légale fut Lassus; son adjoint Mahon fut chargé de l’enseignement de l’histoire de la médecine, mais il n’eut pas le temps de professer.

Lassus, né à Paris, où son père était maître-chirurgien juré, s’était fait recevoir chirurgien le 1er juin 1765. Il avait enseigné les opérations dans les anciennes écoles de chirurgie, avait été remarqué de La Martinière, qui le fit nommer chirurgien des filles de Louis XV. Lassus avait une vaste érudition et un excellent esprit critique, ce qui l’avait fait proposer par le Comité d’instruction publique pour la chaire de médecine légale et d’histoire de la médecine. Comme professeur de médecine légale, il fut appelé, le 10 juin 1795, pour pratiquer, à la prison du Temple, avec Pelletan, Dumangin et Jeanroy, l’autopsie du Dauphin. Mais à la mort de Chopart, professeur de pathologie externe (juin 1795), Lassus demanda à permuter et passa à cette chaire.

Mahon (Paul- Augustin-Olivier), qu’il ne faut pas confondre avec Jean Mac Mahon, avait été reçu docteur-régent le 19 septembre 1780, et avait été élu professeur de botanique en 1783 et professeur de

chirurgie française en 1789. Adjoint de Lassus à la création de l’École de santé de Paris, médecin en chef de l’hospice des vénériens, c’est lui qui s’occupa de l’enseignement de la médecine légale, et il a laissé sur cette matière d’importants manuscrits qui ont été imprimés après sa mort (1801). Ces trois volumes in-8° ont été pendant longtemps l’unique guide des médecins légistes1'1.

Le Clerc, nommé d’abord professeur adjoint de clinique interne lors de la fondation de l’École, était passé presque aussitôt professeur adjoint d’anatomie. A la mort de Mahon, il fut désigné par l’assemblée des professeurs pour le remplacer dans la chaire de médecine légale qu’il occupa pendant sept ans (1801-1808). Le Clerc était médecin en chef de l’hôpital Saint-Antoine, et il est mort d’une façon imprévue, le 2 3 janvier 1808. Il s’était fait une petite écorchure au doigt et palpa sans y prendre garde l’abdomen d’un typhique dont tout lè corps était couvert d’une sueur visqueuse; il rentra chez lui, se sentit pris de fièvre et succomba au bout de quarante-huit heures.

Sdë, qui était professeur de bibliographie médicale, demanda à changer sa chaire contre celle que la mort de Le Clerc laissait vacante. Le 2 mars 1808, l’assemblée des professeurs le désigna pour occuper cette chaire, et celle de bibliographie fut supprimée. Il est mort le 28 mars 1816.

Dans la séance du même jour, la Faculté reçut communication de l’arrêté qui nommait Antoine- Athanase Royer-Collard, professeur de clinique de perfectionnement, en remplacement de Petit-Radel, décédé. Par une lettre eh date du 1 1 avril 1816, Royer-Collard fit observer que la chaire à laquelle il avait été nommé n’était pas encore en activité, què le manque de fonds la tiendrait peut-être encore longtemps dans cet état de suspension, et il demanda à changer son titre

ENSEIGNEMENT

de professeur de clinique de perfectionnement contre celui de professeur de médecine légale, en remplacement de Suë. Le 12 mai, la Commission d'instruction publique autorisa cette permutation.

Dans la séance du 8 décembre 1818, l’assemblée de la Faculté reçut communication d’un arrêté de la Commission de l’instruction publique portant :

Art. 1". L’enseignement de l’histoire de la médecine est réuni à celui de la bibliographie médicale et il sera fait par le professeur bibliothécaire de la Faculté.

Art. 2. Celle des deux chaires de médecine légale et d’histoire de la médecine qui est actuellement vacante sera transformée en une chaire de pathologie spéciale relative aux maladies mentales.

Dans l’assemblée du 2 3 février 1 8 1 9 , on proposa à Chaussier, qui s’était beaucoup occupé de médecine légale, de permuter sa chaire d’anatomie contre celle de médecine légale. Il déclina cette proposi-

Royer-Collard, qui était médecin en chef de la Maison d’aliénés de Charenton depuis 1806, fut désigné par la Faculté pour faire un cours des maladies mentales, sous le rapport de leur thérapeutique spéciale, de la médecine légale et de l’hygiène publique.

Dans cette même séance du 23 février, Husson, Pelletan, Orfila, Rullier, Pariset, Marc, Esquirol, se présentaient pour occuper la chaire de médecine légale. Après trois tours de scrutin, Orfila et Husson arrivaient chacun avec onze voix. La Commission d’instruction publique plaça en première ligne Orfila, médecin par quartier du Roi, et il fut nommé le iermars 1819. Comme professeur il ouvrit la voie expérimentale et ses leçons eurent la toxicologie pour objet.

Cet état de choses dura jusqu’au 2 1 novembre 1 82 2 , où la Faculté fut supprimée.

A la réorganisation de 1823, les chaires de bibliographie médicale et d’histoire de la médecine disparurent, ainsi que celle des maladies

mentales. Royer-Collard reprit sa chaire de médecine légale et Oriila eut celle de chimie.

Royer-Collard professa jusqu’à sa mort, en 1825. C’était un professeur érudit, très consciencieux, ayant des convictions religieuses et philosophiques profondes, parlant avec facilité et s’efforçant de faire sentir à ses auditeurs l’importance et la gravité de la mission du médecin légiste.

Royer-Collard avait pour agrégé De Lens. Très versé dans l’étude des sciences naturelles, collaborateur au Journal général de médecine et à la Bibliothèque médicale, an Dictionnaire des sciences médicales, membre de l’Académie depuis sa fondation. De Lens se présenta pour succéder à Royer-Collard, en concurrence avec Adelon, Jadioux, Capuron, Devérgie, Kergaradec et Gaultier de Claubry. Le 4 février i8î6.eut lieu le vote qui donna à De Lens, 9 voix, à Adelon, 6 voix, à Jadioux, 6 voix. Mais au ballottage les 6 voix de Jadioux se portèrent sur Adelon, qui fut nommé professeur de médecine légale, le 11 mars 1826.

Adelon était un homme d’une remarquable droiture, d’une grande rigidité; mais c’était un professeur qui n’attirait pas la foule à ses leçons. Son cours n’a pas été imprimé, mais Adelon en a publié le programme dans les Annales d’hygiène et de médecine légale1-1'1. En 1 86 1 , il demanda sa mise à la retraite, et le i5 novembre 1861 Tardieu était nommé professeur de médecine légale par décret impérial.

Tardieu avait déjà suppléé Adelon à plusieurs reprises. II apporta dans son enseignement tout ce qu’il avait de zèle et d’intelligence; il sut captiver son auditoire par sa parole, par les sujets qu’il traita. S’il goûta d’abord toutes les joies de la chaire professorale, des circonstances étrangères à la Faculté lui en firent éprouver toutes les amertumes, et il est mort le 12 janvier 1879, après une longue maladie qui avait fini par altérer ses facultés.

ENSEIGNEMENT

Nul ne se présenta en concurrence avec Brouardel pour succéder à Tardieu. En 1876, Devergie avait écrit au doyen de la Faculté de médecine pour lui rappeler qu’au début de ses études de médecine légale il avait obtenu du Préfet de police l’autorisation de faire des conférences particulières à la Morgue. Cet usage, tombé en désuétude, fut remis en vigueur et Brouardel fut chargé de ces conférences (octobre 1878). Il remplaçait déjà Tardieu, comme professeur agrégé, et un décret du 12. avril 1879 l’appela définitivement à la chaire de médecine légale, qu’il occupe avec autant de succès que son prédécesseur1'1. Son enseignement est didactique à la Faculté et éminemment pratique dans son laboratoire de la Morgue.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

Lassus . 1795;*795

Mahon . 1795-1801

Le Clerc . .801-1808

Sué . 1808-1816

Royer-Collard (A.). 1816-.819

Orfila . . 1819-1822

Royer-Collard (A.). 1 82 3- 1 82 5

Adelon . 1826-1861

Tardieu . 1861-1879

Brouardel . 1870---..

Page 1