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Centenaire de la naissance d'Armand Gautier

Le Conseil de la Société chimique de France s’est souvenu qu’ Armand Gautier, membre de la Société dès 1863, en fut trois fois président: en 1876, en 1891 et en 1906. Lorsque fut célébré le cinquantenaire de la Société chimique en 1907, ce fut à Armand Gautier qui en vit le développement pour ainsi dire depuis son origine, que fut confié le soin d’évoquer l’évolution de la Société, de retracer les travaux de ses présidents successifs et ceux de ses autres membres dans les diverses branches de la Chimie. Cette œuvre historique magistrale, qui ne couvrit pas moins de 90 pages dans le volume du cinquantenaire, il tint à l’écrire pour l’honneur de notre Société; c’est là qu’on peut puiser toujours avec fruit d’innombrables et utiles renseignements biographiques.

Voilà des motifs déjà suffisants pour que le Conseil ait pensé, dans un sentiment de reconnaissance tout particulier, à célébrer le centième anniversaire de la naissance d’un de ses plus illustres présidents, mais il vient s’y ajouter naturellement l’éclat de sa production scientifique et c’est cela que je suis chargé de rappeler devant vous. C’est un grand honneur dont je remercie le Conseil de la Société. Peut-être est-ce à ma collaboration passagère pour un traité de Chimie organique que je le- dois? En tous cas, je l’ai accepté avec empressement, en me souvenant des sentiments affectueux dont je fus l’objet en cette circonstance.

Je m’excuserai de ne pas vous présenter une biographie au sens ordinaire du mot et de me tourner davantage vers les travaux scientifiques. Si je ne vous présente pas de biographie, c’est que celle-ci a déjà été écrite, et combien éloquemment, lors du cinquantenaire scientifique d’Armand Gautier en 191 1 et que des orateurs de haut talent l’exposèrent en des termes qu il me serait infiniment difficile d’imiter , ce serait une véritable témérité que de vouloir dire autrement, avec moins d’éclectisme assurément, les éloges tombés en cette circonstance des lèvres de Haller, de Lan-

douzy, de Lippmann, de Hanriot, d’André Lefèvre, de Bayet, tout imprégnés d’amitié et d’admiration. Enfin notre Bulletin a déjà consacré de belles pages de M. Desgrez à la mémoire d’Armand Gautier, et Lebon dans ses « Savants du jour *> lui a réservé un de ses volumes.

Mon rôle aujourd’hui sera plus modeste. Ce sera, de revivre entre nous quelques-unes des communications qu’il vint faire à cette même tribune, d’en dégager l’originalité, quitte même à parler des critiques qui parfois leur furent adressées.

On a entendu dire que les séances de notre Société manquent quelquefois d’animation, par suite d’absence de controverses. Ce reproche, on n’eût certes pas pu le faire à Armand Gautier : s’il prit ici la parole un nombre considérable de fois pour y exposer ses travaux personnels, il la prit un nombre non moins considérable d’autres fois pour des observations, des critiques, des réclamations, dont notre Bulletin a gardé la trace, et combien ont dû être omises ! Ce fut, en effet, un des côtés du caractère d’Armand Gautier que d’être exigeant pour ce qu’il croyait être son droit de priorité, et il intervenait en séance. C’était là, sans doute, une manifestation de son caractère méridional. Toute sa vie, il garda cette vivacité qui n’était que le reflet spontané d’une loyauté naturelle à toute épreuve. S’il intervenait, c’est qu’il pensait ainsi, avec bonne foi, et qu’il en supposait autant chez ces contradicteurs.

La tâche que j’ai assumée est considérable, tant fut diverse et féconde l’activité d’Armand Gautier qui a touché à la chimie, à la médecine, à la biologie et à l’hygiène. J’en extrairai les chapitres les plus importants.

Si j’ai affirmé tout à l’heure que je ne parlerai pas de la biographie d’Armand Gautier, il me faut pourtant dire par où il a passé, puisque aussi bien chaque étape lui créait des nécessités de travail qu’il fallait satisfaire.

Armand Gautier naquit à Narbonne le 23 septembre 1831 et mourut à Cannes le 21 juillet 1920. Son père, médecin, l’éduqua et l’instruisit jusqu’au seuil du baccalauréat. Dès ses études secondaires à Narbonne, sa prédilection pour la chimie se trahissait déjà par une curiosité telle que son répétiteur auquel il avait posé des questions précises sur les équivalents lui répondit : « Mon cher enfant, sur ces points-là, vous avez réfléchi mieux que moi ».

Bachelier, il vint à Paris en 1855 préparer le concours d’admission à l’Ecole polytechnique, mais la faiblesse de sa vue ne lui permit pas de poursuivre, et il revint chez lui dès le printemps de 1856. Son père l’envoya à Montpellier suivre librement les cours de lettres, de sciences et de médecine. Armand Gautier se détermina pour les sciences médicales, mais son père lui demanda instamment de ne jamais faire de clientèle et de suivre la voie des applications scientifiques.

Dès sa première année d’études médicales à Montpellier, il concourait pour entrer comme aide-préparateur au laboratoire de chimie. En 1858, il était nommé préparateur officiel des cours de Bérard et de Béchamp. C’est là qu’il sentit les défauts de l’enseignement en équivalents ; ayant lu les œuvres de Gerhardt et suivi les

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cours de Chancel, il se convainquit de la logique et de l’avenir des doctrines dites atomisles. Il abandonna Montpellier dès qu’il eut acquis son diplôme de docteur en médecine et vint à Paris. Après avoir parfait son éducation mathématique et physique, à la Sorbonne et à l’Ecole des mines, il entrait, en 1864, au laboratoire de Wurtz, à l’Ecole de médecine. Il devait ensuite accomplir toute sa carrière dans cette Ecole.

Docteur ès-sciences en 1869, agrégé à la Faculté de médecine aussitôt ; sous-directeur du laboratoire de Chimie à l’Ecole pratique des Hautes-Etudes de Henri Sainte-Claire Deville en 1869 ; directeur adjoint du Laboratoire de chimie biologique de la Faculté de médecine de Paris en 1874, puis directeur en 1875; chef de travaux pratiques de chimie en cette même Faculté en 1880, il devint le successeur de Wurtz en 1884, comme professeur titulaire de chimie médicale, ayant ainsi atteint le but principal de sa vie.

Je passe sur les honneurs que sa grande réputation lui valut : académie de Médecine, académie des Sciences, membre de nombreuses académies et sociétés scientifiques étrangères, décorations, etc,

La thèse de doctorat ès-sciences d’Armand Gautier porta sur un sujet de chimie pure ; par la suite, il s’occupa des principes naturels, de leurs variétés et de leurs évolutions. Il y entre une forte part de chimie biologique, comme il convenait à ses fonctions. Sa participation aux travaux du Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine dont il devint membre en 1880, ont été également une cause déterminante de bon nombre de publications d’Armand Gautier ; je ne compte pas les innombrables Commissions du même ordre dont il fit partie, ni les Conseils agricoles de toute nature auxquels il donnait joyeusement et inlassablement aussi une grande partie de son activité.

La première fois qu’apparut le nom de Gautier dans la science ce fut dans les comptes rendus des séances de la Société chimique de Paris, le 8 février 1859, en ces termes :

« M. C. Saint-Pierre, communique tant en son nom qu’en celui de M. Gautier, quelques observations concernant la préparation de l’acétone. Le procédé employé par les auteurs consiste à distiller un mélange intime de parties égales d’acétate de chaux et d’acétate de plomb desséché ; 1000 g. de ce mélange fournissent au moins 120 g. d’acétone. » On sait que Chancel, de Montpellier, avait pris une part active à l’étude de la constitution des acétones; ce travail était en quelque sorte exécuté dans l’ambiance de son laboratoire.

Ceci dit, sans nous préoccuper de l’ordre chronologique, ce qui serait d’ailleurs impossible, car Armand Gautier avait presque toujours plusieurs sortes de recherches en cours, nous allons passer à celles qui attirèrent le plus son attention.

Son premier grand travail fut celui qu’il entreprit de 1865 à 1869, sur les nitriles et les carbylamines, à peine entré chez Wurtz. Ce travail, objet d’une thèse de doctorat ès-sciences, fit sensation. L’ori-

gine primordiale, d’après Armand Gautier même en fut le projet qu’il avait d’unir l’hydrogène phosphoré à l’iodure de cyanogène pour obtenir le phosphocyanamine PH2.CN ; au lieu de ce corps, il se forma de l’iodhydrate d’acide cyanhydrique, d’où uue étude des propriétés et de la constitution des autres nitriles. Les premières recherches roulèrent donc sur la préparation des combinaisons de l’acide cyanhydrique et, plus tard, de l’acétonitrile, du propionitrile. avec les hydracides, acides chlorhydrique, bromhydrique et iodhydrique. Armand Gautier prépara même une combinaison du propionitrile avec le chlorure de bore. Pour expliquer l’existence de ces combinaisons, il considérait les nitriles et l’acide cyanhydrique lui-même comme des amines dans lesquelles un seul radical trivalent saturait les trois valences de l’azote, soit :

N(CH)"', N(C2H3Y", N(C3H5)w, N(C4Hv)"'

De sorte qu’il n’hésite pas à dire que l’iodhydrate, d’acide cyanhydrique est une sorte d’iodure d’ammonium l.N(GH)'//H dans lequel CH"' remplace trois atomes d’hydrogène du véritable iodure d’ammonium i.nh4.

Les acides organiques eux-mêmes s’unissent aussi aux nitriles, mais c’est pour donner des amides secondaires ; ainsi l’acétonitrile et l’acide acétique engendrent la diacétamide NH(CO.CH3)2.

Chemin faisant, Armand Gautier prépara en grandes quantités l’acide cyanhydrique pur ; il en étudia les constantes, ainsi que la courbe de fusibilité lorsqu’on le mélange avec l’eau. Il nota tout particulièrement les altérations de cet acide dès qu’il y a des traces d’ammoniaque. En étudiant plus spécialement la réaction de l’alcool sur les chlorhydrates d’acide cyanhydrique et de propionitrile, Armand Gautier obtint des chlorhydrates de bases dont la première fut appelée formodiamine CH4N2, cette base était ainsi un isomère du cyanure d’ammonium ; elle était l’homologue inférieur d’une base C2H6N2 découverte par Strecker en chauffant le chlorhydrate d’acétamide en tube scellé à 200°. Armand Gautier donne à sa base la constitution CH.N2H3 qui devait devenir plus tard la formamidine CH(NH)"(NH2), lorsque Wallach eut proposé la dénomination d’amidines à ces corps résultant de la substitution du groupe (NH") à l’oxygène des amides.

Mais tout ceci n’était qu’un hors-d’œuvre dans la thèse d’Armand Gautier qui contient comme seconde partie la découverte des carbylamines. Cette découverte magistrale est née de l’observation d’une propriété aussi inattendue que profondément intéressante du cyanure d’argent. Alors que le cyanure de potassium donne avec l’iodure d’éthyle de l’iodure de potassium et du propionitrile C3H7N ou cyanure d’éthyle proprement dit C2H5.CN, le cyanure d’argent donne un tout autre résultat. Il se forme d’abord de l’iodure d’argent et un composé pâteux déjà signalé par V. Meyer, lequel est une combinaison C3H7N.CNAg à laquelle une solution de cyanure de potassium enlève son cyanure d’argent, pendant que la nouvelle combinaison C3H7N qui n’est autre que la carbylamine vient surnager. La carbylamine se distingue immédiatement du propioni-

M. DELÉPINE.

trile par son odeur forte et désagréable, avec un arrière goût amer et très pénible ; elle bout à 78° au lieu de 96°, etc. Sans nous appesantir sur d’autres détails, nous signalerons principalement que son hydratation donne naissance au formiate d’éthylamine, tandis que celle du propionitrile conduit à l’acide propionique et à l’ammoniaque.

Armand Gautier prépara des homologues et leur donna le nom générique de carbylamines qui est resté.

Cette découverte fit sensation parce que l’on était loin de supposer qu’il existât une isomérie de cette porte. Armand Gautier put heureusement l’exprimer grâce aux formules atomiques en honneur chez Wurtz et il proposa les constitutions suivantes :

Nitrile. Carbylamine.

On notera que la formule ainsi proposée rend compte immédiatement delà transformation des carbylamines en formiates d’amines par fixation de deux molécules d’eau

20H2 + C : NR = H.CO.OH, H2N.R.

« On ne saurait donc trop s’appuyer, dit-il, sur les théories dites atomiques , et se servir de ces notations si générales et si simples qui permettent de prévoir ainsi, de poursuivre et de réaliser la vérité pas à pas : non que ces théories doivent être par nous considérées comme nous ayant donnéd’ores et déjà le secret de la position respective des atomes, mais seulement comme ayant mis à notre disposition des symboles abrégés qui nous font prévoir dans bien des cas et représenter élégamment et simplement les propriétés génériques des corps »>.

Armand Gautier souligna le rôle singulier de l’atome de carbone bivalent des carbylamines ; si l’on excepte l’oxyde de carbone CO déjà connu, c’est à lui qu’il faut rapporter la notion du carbone bivalent en chimie organique et c’était une notion bien nouvelle. D’ailleurs, ce carbone est si actif dans les carbylamines qu’elles se combinent directement à l’oxygène pour donner les éthers isocyaniques de Wurtz, O : C: NR, comme Gautier l’a vu lui-même.

Le mode de formation des carbylamines fait encore surgir une autre notion qui fut plus explicitement formulée dans la notice d’Armand Gautier de 1888. C’est que la constitution d’un corps ne résulte pas d’une façon nécessaire de celle de ses composants, puisque le cyanure d’argent en réagissant sur les iodures alcooliques n’apporte pas les atomes C et N primitivement unis dans ce cyanure à l’état de cyanogène CN, de la même façon que le cyanure de plomb ou de potassium. « Une constitution ne saurait donc être établie a priori , ni considérée comme résultant nécessairement de celle des corps réagissants. Elle ne peut être démontrée qu’a posteriori par la comparaison et l’analogie des propriétés et réactions du corps dont on cherche la constitution avec celles d’un corps de constitution connue, ou par la nature des dérivés dont la structure est bien définie. »

Avant de quitter ce sujet, je dois signaler qu’en même temps qu’Armand Gautier, un illustre savant, A. W. Hofmann était parvenu lui aussi à la nouvelle série d’homologues de l’acide cyanhydrique, par action du chloroforme sur les amines primaires en présence de potasse alcoolique. Sa première communication à l’Académie des Sciences à ce sujet, du 26 août 1867, fut suivie de deux autres du 2 septembre et du 9 septembre; dans cette dernière, Hofmann employa la réaction au cyanure d’argent ; il fut d’ailleurs aidé par MM. Sell et Pinner pour cette dernière opération. Signalons aussi que pour atteindre son but, lors de la préparation du dérivé éthylé par l’éthylamine, le chloroforme et les alcalis, Hofmann recourut au concours de son ami Nicholson ; « M. Nicholson, écrit-il, a mis à ma disposition le produit de l’action de l’ammoniaque sur l’iodure d’éthyle, provenant d’une opération faite sur 20 kg. d’iodure dans un de ses grands autoclaves. Grâce à cette heureuse alliance de la Science et de l’Industrie qui caractérise notre époque (1867), je me trouvais à même de pouvoir étudier sur une grande échelle la transformation de l’éthylamine sous l’influence du chloroforme ». Aucune notion n’est donnée sur les rendements.

Il est intéressant de voir que l’hymme à l’alliance de la Science et de l’Industrie a été chanté depuis bien longtemps, mais il y a trop longtemps et les échos s’en sont sans doute bien, bien affaiblis, puisqu’il n'est pas rare de voir certaines Sociétés rétives à la mention qu’un travail a été fait dans des laboratoires industriels.

Quoiqu’il en soit, on voit par cet exemple de quels moyens puissants disposait Hofmann ; et il est très douteux qu’Armand Gautier ait eu des kilos de matière à sa disposition.

Armand Gautier ayant publié sa première note aux comptes rendus dans le même numéro du 9 septembre 1867 où Hofmann avait fait connaître ses recherches au cyanure d’argent, on conçoit qu’il y ait eu discussion sur la priorité de la découverte des carbylamines. Heureusement, dans sa note du 26 novembre 1866 sur les combinaisons des hydracides avec l’acide cyanhydrique et les nitriles, Armand Gautier ajoutait : « Je me propose de donner bientôt le résultat de mes recherches sur une classe de corps qui paraissent être de nouveaux isomères des éthers cyanhydriques » et, d’autre part, il avait suffisamment communiqué à ses camarades de laboratoire ce qu’il en était pour que Naquet, dans le second volume de sa Chimie organique ait pu mentionner une communication particulière ainsi rédigée ; « M. Gautier a découvert un cas d’isomérietrès remarquable ; le cyanure d’éthyle préparé par l’action du cyanure d’argent sur l’iodure d’éthyle n’est point identique avec celui qui résulte de l’action du cyanure de potassium sur le sulfovinate de potasse ; on s’expliquerait peut être les différences entre ces deux isomères en représentant le cyanure d’éthyle ordinaire parla formule (C3H5V''N, et le cyanure de M. Gautier par C,/,/N.C2H5 ». Nous avons vu que plus tard Armand Gautier préféra la formule C'' : NC2H5. Il y eut naturellement une réponse d’Hofmann, à la fois de louanges et de réclamations à laquelle nous renvoyons.

Les travaux du jeune Armand Gautier furent si remarqués que

M. DELÉPINE.

cela lui valut d’être classé dès 1863 dans la liste des candidats de la section de Chimie de l’Académie des Sciences ; classement tout honoritique puisqu'il ne fut élu qu’en 1889. L’année suivante l’Académie voulut encore marquer l’intérêt qu’elle lui portait en attribuant à Armand Gautier une partie du prix Jecker.

On voit toutefois qu’à bien peu de jours près, il eût pu être frustré de sa découverte et cela dut certainement l'impressionner ; delà peut être découle parfois dans ses travaux futurs une certaine hâte, de peur d’avoir à redouter de semblables réclamations et pour s’assurer une priorité certaine.

Dans la thèse d’Armand Gautier on trouve encore un travail important exécuté en collaboration avec Maxwell Simpson. C’est l’union de l’aldéhyde ordinaire avec l’acide cyanhydrique, laquelle engendre un nitrile que les acides transforment en acide lactique. Cette méthode, devenue générale, de formation des acides alcools à partir des aldéhydes tire son origine théorique de la conception particulière qu’Armand Gautier avait de l’acide cyanhydrique (et des nitriles) : si c’est une espèce d’ammoniaque, il devait dans l’esprit des auteurs se combiner à l’aldéhyde comme l’ammoniaque elle-même et c’est bien ce qui se passa, certaines conditions d’expérience étant toutefois à respecter. On conçoit ainsi comment le nitrile lactique fut appelé au début aldéhydate d’acide cyanhydrique, soit C2H4O.N(CH), comme pendant à l’aldéhydate d’ammoniaque, soit C2H4O.NH3.

Au passage, indiquons une note d’Armand Gautier sur la préparation des chlorures de cyanogène (liquide et solide) ; puis beaucoup plus tard, en 1884, une tentative de condensation de l’acide cyanhydrique en milieu faiblement acide, à 145°, en l’espèce en présence d’acide acétique et d’eau, avec une quantité d’acide telle que le milieu ne devienne jamais alcalin. Malgré cette précaution c’est une réaction compliquée au cours de laquelle des matières insolubles ou très peu solubles se forment abondamment. De la partie insoluble on retire, notamment, après épuisement à l’eau bouillante acidulée d’acide acétique, des matériaux précipitant par l’acétate de cuivre, d’où l’on peut finalement extraire des produits présentant la composition de la xanthine et de la méthylxanthine. Armand Gautier prit soin d'effectuer sur ses produits les réactions de précipitation alors connues de la xanthine.

Nous ne pouvons toutefois laisser passer sous silence qu’en 1897, soit 13 ans plus tard, à la suite de ses brillantes synthèses dans la série purique, Emil Fischer ne reconnut pas la xanthine parmi les substances engendrées dans une expérience où il s’efforça de reproduire la synthèse d’Armand Gautier. Les réactions de précipitation étaient sensiblement les mêmes, mais il manquait la réaction dite de la murexide à l’eau de chlore ou au chlorate additionné d’acide chlorhydrique. Armand Gautier répondit que sa xanthine traitée par l’acide nitrique, avec évaporation puis addition de potasse et dessiccation ménagée donne une coloration orangée passant au bleu, au pourpre et au rose comme le font les corps de la famille xanthique.

Ce sont des expériences difficiles; avec 40 g. d’acide cyanhy-

drique Fischer n’obtint que 0,16 g. de la substance cherchée; Armand Gautier dit seulement que les rendements sont faibles. Il y a là une recherche à terminer, Armand Gautier l’ayant laissée en i’état.

Armand Gautier a aussi laissé de côté une étude de ce qu’il appelait Protazulmine C1iH12N120 et de deux acides l’un bleu, l’autre rouge, qui s’obtiennent en même temps que les xanthines.

Presque tout de suite après sa thèse de doctorat, en 1870, Armand Gautier s’orienta vers la chimie physiologique par un travail sur les albuminoïdes de l’œuf de poule; il trouva qu’on pouvait en retirer non pas une mais plusieurs albumines, ce qui lui valut d’ailleurs plus tard une polémique avec son ancien maître Béchamp qui publia sur le même sujet en 1873. La revendication d’Armand Gautier fut incluse dans un travail de 1874 sur la fibrine du sang. Dans ce travail, il montre que si on dialyse la fibrine dissoute dans l’eau salée, en la préservant de toute putréfaction par l’acide cyanhydrique, on peut la priver de son chlorure de sodium, concentrer sa solution dans le vide et obtenir une solution neutre ayant les propriétés et la composition de l’albumine ordinaire ; celle-ci est d’ailleurs accompagnée d’une autre matière incoagulable par la chaleur. Il n’y aurait donc pas un aussi grand écart qu’on serait, d’après les propriétés physiques, d’abord tenté de l’admettre entre la fibrine concrète et l’albumine coagulable du plasma sanguin.

En 1875, en étudiant systématiquement la concentration du sel marin qui conserve le sang sans coagulation, il vit que, par exemple, du sang additionné de 4 0/0 de sel marin, à 6-8°, donne un plasma rosé filtrable, qu’on peut évaporer et redissoudre. 11 suffit de diluer un tel plasma pour qu’il se prenne en un caillot ferme et transparent ; on peut le traiter par un courant de gaz carbonique sans former de coagulum.

Ces expériences furent d’ailleurs l’objet de controverses avec Mathieu et Y. Urbain qui s’occupaient aussi de la cause de la coagulation en la rattachant aux effets de l’acide carbonique du sang. Ils entraînèrent Armand Gautier à l’étude de la dissociation des solutions aqueuses des bi-carbonates de sodium et de potassium; il conclut que la dessiccation du plasma suffisait à décomposer en carbonates neutres les bicarbonates qu’il contient. A cette occasion, il fut donné une méthode nouvelle pour recueillir du sang dans le vide dès la sortie de la veine et sans aucune altération.

Armand Gautier (avec Alexandrovitch) s’occupa aussi en 1876, de l’albumine proprement dite et donna un moyen de la préparer pure, grâce à un passage par l’albuminate de plomb que l’on décompose par l’acide carbonique ; on obtient une albumine exempte de sels et d’acides libres, l’acide carbonique ne décomposant que l’albumine plombique. Par des artifices ingénieux, on enlève le plomb

M. DELÉPINE.

que le gaz carbonique a laissé en solution et on arrive à l’albumine pure et coagulable, exempte de sels et non modifiée par la chaleur.

La question des albumines a encore été l’objet de diverses réflexions d’Armand Gautier, soit directement dans son traité de Chimie appliquée à la Physiologie, soit dans des publications nouvelles ; il les a d’ailleurs résumées dans sa notice de 1886. On en peut tirer comme idée dominante que les matières albuminoïdes libres ou purifiées chimiquement ne sont pas celles qui fonctionnent dans l’économie animale. En réalité, elles s’y trouvent sous forme de combinaisons plus ou moins instables et dissociables avec l’eau, les gaz, les sels. Cette eau, ces sels et certains gaz leur sont nécessaires pour entrer dans la constitution de l’économie vivante. De la nature et de l’abondance de ces parties accessoires, mais nécessaires, résultent les multiples formes et fonctions des matières protéiques. Les copules font naître les variétés, alors que les albuminoïdes en général, qu’ils soient des albuminoïdes proprement dits, des substances collagènes ou même kératiniques, doivent comporter un édifice chimique peu différent dans chaque famille.

Les questions de différenciation, de coagulabilité, de l’influence des sels, des caractères physiques et chimiques, de définition même, furent encore entre Grimaux et Armand Gautier en 1885 l’objet de discussions très vives qu’on retrouve au Bulletin de la Société chimique ; les parties adverses se trouvaient, il faut le dire, sur un terrain propre aux tendances et aux opinions les plus personnelles. On était loin à cette époque, malgré les travaux de Schutzenberger, des données actuelles.

Nous devons retenir des idées d’Armand Gautier celle qui est relative à la constitution externe. Sans employer les mêmes mots on retrouve ici, ce qu’il disait de la chlorophylle. La chlorophylle chimique, n’est pas l’agent physiologique de l’assimilation, mais c’est le corpuscule chlorophyllien tout entier, le pigment n’intervenant que pour emmagasiner l’énergie lumineuse qu’il passe au corpuscule. De même le noyau albuminoïde a besoin de quelque chose de plus pour remplir son rôle. Au fond, ces idées ne sont pas sans en rappeler certaines qui ont cours maintenant : quand on est arrivé à extraire des humeurs des principes qu’on y a poursuivis de proche en proche jusqu’à les obtenir cristallisés, tels que les vitamines, on s’aperçoit ensuite qu’il faut souvent les conjuguer avec les matériaux qu’on en avait écartés petit à petit pour leur faire récupérer l’activité qui ressemble le plus à celles dont ils jouissent physiologiquement.

Aux recherches sur les albuminoïdes peuvent se rattacher des expériences faites en 1882 sur la pepsine. C’était à l’époque où Béchamp défendait avec âpreté et persévérance sa théorie des rnicrozymas, espèce de granules auxquels il prêtait une structure vivante, susceptibles de reproduction. Armand Gautier montra que la pepsine contenait trois diastases dont deux solubles et une insoluble. Celle-ci pouvait être séparée par filtration sévère sur des bougies de biscuit ou de porcelaine à partir d’une solution de pepsine déjà filtrée deux fois à travers le papier; la partie filtrée à la

bougie n’avait guère que la moitié du pouvoir digestif de la fibrine initiale; le complément se retrouvait dans les particules insolubles arrêtées par la porcelaine dont le poids était de 2 0/0 environ de la pepsine employée ; ces particules constituaient de fines granulations réfringentes, d’un diamètre dix à douze fois plus petit que celui de la levure de bière correspondant bien aux microzymas gastriques de Béchamp. Us se transforment lentement dans l’eau pure, ou légèrement acidulée en une pepsine soluble et possèdent un pouvoir liquéfacteur de six à sept fois celui de la pepsine même; mais non son pouvoir digesteur, car les produits de la digestion sont intermédiaires entre les albuminoïdes et les peptones parfaites. Ces granules, selon Armand Gautier, ne sont pas doués de vie, car ils ne sont pas capables de proliférer et digèrent les albuminoïdes en présence de poisons qui détruisent les ferments figurés. Ils ne peuvent donc être des microzymas, au sens où l’entendait Béchamp.

Bien entendu, Béchamp ne voulut rien laisser perdre de ses convictions et attribua la formation de pepsine soluble à une sécrétion des granulations qu’il considérait comme vivantes.

Bien plus tard, en 1902, Armand Gautier montra que l’albumine d’œuf d’oiseau contient une substance fibrinogène pouvant se transformer, in vitro , en membranes pseudo -organisées. Les conditions de formation de cette substance, minutieusement étudiées, conduisirent l’auteur à penser que l’agent de la modification devait être un ferment soluble. Il y aurait ainsi dans l’albumine de l’œuf de poule près de 1,5 0/0 d’une substance soluble, analogue au fibrinogène ou au myosinogène, apte comme ces derniers sous les influences qui favorisent l’action de leurs ferments spécifiques à se transformer en une matière insoluble. Cette transformation a lieu par l’agitation, mais ce n’est là qu'une condition favorable, la cause initiale étant la présence de ferments cellulaires qui favorisent la transformation de l’ovofibrinogène en ovofibrine membraniforme ou amorphe.

L’auteur, passant aux conséquences de ces observations, pense que nombre de ferments analogues à la fibrinase ou à la caséase sont répandus dans beaucoup de tissus, mais celui de l’albumen d’oiseau est remarquable par l’aptitude qu’il possède de transférer une sorte de pseudo-organisation à l’albuminoïde qu’il insolubilise. Il ne reste plus aux forces organisatrices de la cellule qu’à disposer cette matière fibrillaire suivant les lois qui règlent les formes histologiques de l’élément ou du tissu.

A toutes ces recherches sur les composés azotés animaux vinrent s’ajouter des chapitres importants sur les ptomaïnes et les leucomaïnes.

Les idées d’Armand Gautier sur les ptomaïnes remontent à 1872; lors de ses observations sur la transformation de la fibrine en albumine, il avait remarqué que les matières albuminoïdes se putréfiaient au sein de l’eau avec une formation abondante d’am-

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in o iliaque et pensé que d’autres substances alcalines devaient prendre naissance. En 1873, dans son traité de Chimie appliquée à la physiologie, il écrivait de façon formelle que des alcaloïdes naissent lors de la destruction bactérienne des matières protéiques. 11 est nécessaire de le rappeler, car on a volontiers avancé qu’ Armand Gautier n’était pas le découvreur des alcaloïdes d’origine putréfactive, sans doute parce qu’il ne les a pas baptisés le premier; ce fut Selmi, en effet, qui leur donna le nom bien expressif de ptomaïnes de (itxwaa, cadavre) parce qu'il s’en forme, cela va de soi, lors de la putréfaction des cadavres. Mais Selmi lui-même en ayant rapporté la priorité à Armand Gautier, la question ne doit plus se poser.

Les travaux d’Armand Gautier sur le sujet prirent forme de 1881 à 1883, principalement avec la collaboration d’Etard, en opérant sur de grandes quantités de matière, des centaines de kilogrammes de chair de bœuf, de cheval, de poisson, de mollusques divers. Ces matières étaient placées en couches séparées par des lits de pierre ponce dans de petits tonneaux étanches, en bois de chêne, munis d’un tube de dégagement pour recueillir les gaz et d’un robinet de bois à la partie inférieure pour puiser les liqueurs putréfiées. Après quelcjues mois d’été, on extrayait ces liqueurs alcalines d’odeur infecte et on les soumettait à des traitements méthodiques pour en retirer les bases, les acides, les corps neutres. Nous n’insisterons pas sur ces opérations plutôt pénibles, mais que les auteurs menèrent à bonne fin.

Gautier et Etard obtinrent des bases volatiles : une parvoline. C9H13N, à odeur d’aubépine, bouillant au-dessus de 200°; une hydrocollidine. C8H13N, à odeur tenace de seringa, bouillant à 210° ; une collidine, C8lInN, et une base innommée Ci7H38N4 ; l’hydrocollidine étant la plus abondante de toutes et se révélant comme un produit constant et définitif des dites fermentations.

A côté de ces substances, on trouve des corps cristallisables très analogues à ce que Schutzenberger appelait alors glycoprotéines et ayant avec les alcaloïdes des rapports très directs.

Du côté des acides, on trouve de l’acide carbonique, de l’acide acétique, de l’acide butyrique, des diacides parmi lesquels domine l’acide succinique. Bref, la transformation des matières albuminoïdes se résume dans des hydratations avec perte de C02 et d’ammoniaque.

Ces notions sont aujourd'hui devenues plus familières ; nombre d’autres bases ont été depuis retirées des fermentations putréfactives. En les conduisant sur des amino-acides purs avec des cultures pures, on a débrouillé petit à petit bien des relations de structure importantes. Les travaux de Gautier et Etard portant sur un ensemble aussi complexe que des muscles ne pouvaient évidemment pas permettre de déductions chimiques aussi précises que celles que nous possédons maintenant. Toutefois, presque aussitôt, sinon simultanément, des travaux très importants de Brieger, de Salkowsky, de Guareschi et Mosso surgirent et il en résulta des travaux de chimie pure des plus instructifs.

Une conséquence immédiate fut aussi d’attirer l’attention des

toxicologues sur ce fait important que tout alcaloïde vénéneux retiré des viscères n’est pas forcément un alcoloïde végétal ingéré pour une raison criminelle ou thérapeutique, puis qu’il existe des alcaloïdes animaux.

Armand Gautier ne s’arrêta pas à la production putréfactive de ces alcaloïdes animaux ; portant ses réflexions sur la vie des tissus, il a pensé que leur fonctionnement physiologique normal devait également aboutir à des alcaloïdes. Comme on était encore sous l’idée que les quelques substances alcoloïdiques tirées de diverses humeurs ou même de l’extrait de viande résultaient plutôt de l’action des réactifs que d’une préexistence ou d’une formation physiologique, Armand Gautier se préoccupa de la question. Il ne l’aborda qu’en 1891, dix ans après la découverte des ptomaïnes.

Cette fois, partant de viande fraîche, il réussit à sortir de l’extrait musculaire diverses bases qu’il rangea sous le nom générique de leucomaïnes (de Xevyupia, blanc d'œuf). Il a ainsi isolé la xanthocréatinine C5H10N4O, la chrusocréatinine C5H8N40, l’amphicréatine C9H19N704, la pseudoxanthine C4H5N50 et d’autres bases complexes, C11H24N10O5, C^H^ n^o5.

Une différence semble subsister entre les ptomaïnes et les leucomaïnes, c’est que ces dernières sont toutes oxygénées tandis que la plupart des ptomaïnes ne le sont pas.

Ptomaïnes et leucomaïnes sont formées en milieu anaérobie et sont toxiques. Leur élimination de l’organisme est donc nécessaire; à défaut d’expulsion rapide par les émonctoires normaux, fèces, urine, sueur, respiration, ils doivent être brûlés par l’oxygène ou transformés en matériaux inoffensifs. L’état de maladie ou de bonne santé peut évidemment être corrélatif de la présence plus ou moins prolongée de substances de la nature des ptomaïnes ou des leucomaïnes: d’après ces notions importantes, létat de maladie n’était plus uniquement subordonné à des forces extérieures; il pouvait être créé par les actes des cellules mêmes, s’ils venaient à être faussés.

« Ces matières vénéneuses ou très actives m’apparaissent, a « écrit Armand Gautier, non plus comme des exceptions patholo- « giques, des produits cadavériques, mais comme les résidus « nécessaires de la vie pouvant anormalement s’accumuler dans « le sang, ou être normalement sécrétés par les glandes... En « agissant sur les centres nerveux, elles deviennent l’origine d’une « série de phénomènes d’ordre pathologique qui se déroulent et se « succèdent nécessairement, et dont l’ensemble contribue à former « le tableau de chaque maladie. »

Il est résulté de ces considérations une doctrine des intoxications de l’organisme qui fut notamment bien accueillie par Bouchard et Charrin.

Entre les recherches d’Armand Gautier sur les ptomaïnes et les leucomaïnes, il s’intercale vers 1887 un travail en commun avec Mourgues sur l’huile de foie de Morue. A la vérité, il s’agit non de l’huile première dite vierge, mais d’une huile que l’on obtient par traitement des foies ayant subi un commencement d’autodigestion

M. DELÉPINE.

qui les acidifie légèrement et détruit les cellules hépatiques. L’huile se charge par dissolution de matériaux biliaires et prend la coloration blonde, madère ou fauve des huiles réputées les plus actives. C’est à ce moment seulement qu’elles dissolvent les alcaloïdes ; les huiles vierges en sont dépourvues.

D’un kilo d’huile fauve on peut extraire 0,35 g. à 0,48 g. d’alcaloïdes par épuisement à l’acide oxalique dissous dans l’alcool étendu. Après traitement approprié, les auteurs réussirent à isoler de la butylamine, de l’isoamylamine, de l’hexylamine, de la dihydrolutidine, deux bases plus particulières, l’aselline C25H32N4, la morrhuine C19H27N3 et un acide azoté7 l’acide morrhuique C9H13N03. On y trouve aussi des tyrosamines dont la plus abondante a la formule C8HnNO. I/étude de la dihydrolutidine a été assez poussée pour qu’on pût affirmer que c’était une dihydro-diméthyl-pyridine ; l’acide morrhuique est lui aussi un dérivé pyridique.

Toutefois ce qu’on appelle constitution aujourd’hui, c’est-à-dire une formule définitive et certaine, ne ressort pas des données acquises.

Ce travail exécuté à l’époque où l’on ne savait à quels principes rattacher les propriétés thérapeutiques de l’huile de foie de Morue en apportait une explication plausible, certaines des substances isolées, comme l’acide morrhuique et la morrhuine, possédant une action efficace sur la diurèse, l’élimination, l’appétit, etc. Et cela fut longtemps notre seule connaissance des remarquables propriétés des huiles de foies, avant qu’on y découvrît les vitamines liposolubles sur lesquelles on reporte aujourd’hui leur action thérapeutique jusque-là inexpliquée.

Armand Gautier a publié, en 1896, une livre intitulé : les Toxines microbiennes et animales qui rassemble les connaissances de l’époque; ses travaux sur les ptomaïnes et leucomaïnes et ceux de ses émules y tiennent une belle place.

Nous allons maintenant quitter la chimie des principes animaux pour suivre Armand Gautier dans quelques travaux de chimie des principes végétaux. Ils ont trait principalement aux catéchines, à la chlorophylle et à la matière colorante rouge des vins.

En 1877, Armand Gautier s’attaqua à un problème qu’il ne put d’ailleurs résoudre que partiellement, celui des catéchines, matières voisines des tannins que contiennent les cachous et les gambirs. Il s’est efforcé de fixer leur composition et même d’en établir la constitution. Par la composition, il crut établir de petites différences de formules telles que C2iH1808 pour les cachous d 'Acacia catechu , le cachou de Pegu, et C40H34O16 pour le cachou du bois d’acajou, puis C40H38O16 et G42H38016 pour les catéchines du cachou de gambir.

Avant lui, on avait proposé une formule rappelant leur dédoublement en phloroglucine et protocatéchate de potassium sous l’influence de la potasse. Armand Gautier s’assura qu’on obtenait bien ces deux corps, mais leur somme présumée, 2 mol. de phloroglucine en C6, plus une de protocatéchate de potassium en C7, ne

faisait que C19, alors qu’il estimait avoir C21. Il s’est donc démandé ce que devenaient les deux atomes de carbone supplémentaires et, en fait, il observa un dégagement de formène CH4, une petite quantité de formiate et de carbonate de potassium. Après une étude d’hydrolyse par l’acide sulfurique étendu à 140°, il se convainquit que la catéchine contient trois groupements (C6H3) et un reste en C3, de sorte qu’il aboutissait à la formule (I) indiquée cidessous. En réalité, aux Comptes Rendus la formule est un peu différente ; la formule donnée (I) est celle qui figure dans la notice de 1888.

On sait aujourd’hui, principalement de par les travaux de Kostanecki et de Freudenberg, que la vraie formule des catéchines est tout autre, soit C15H1406; mais on remarquera que C40H38O16 équivaut à C15H14 2506, ce qui prouve que certaines analyses étaient bien proches de l’exactitude. Quant à la constitution, elle est aujourd’hui bien démontrée et répond au schéma II.

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