PRÉSIDENT DE L'INSTITUT
Moxsreur CHEVREUL,
Cette journée célébrée en votre honneur paraissait devoir être seulement pour l’Académie des Sciences une fête de famille ; la générosité intelligente de la grande cité parisienne, la présence de notre actif et dévoué Ministre de l'Instruction publique, la participation de nos jeunes Sociétés patriotiques, enfin les adresses et les honneurs de toutes sortes qui vous ont été depuis un an décernés de partout, hier encore, de Belgique, d'Italie, de la Suède, des Pays-Bas, de la Saxe et d’ailleurs, en ont fait pour nous plus encore qu'une fête nationale. Aussi l'Institut tout entier reprocherait-il à son président actuel de ne pas venir, en son nom, ajouter les hommages de ses cinq classes à tous ceux que vous avez déjà reçus et que vous recevrez encore. Quel honneur, et bien mérité, Monsieur Chevreul, pour vous et pour la Science à laquelle vous avez voué votre vie, que cette unanimité des félicitations et des vœux qui, franchissant même les frontières, est arrivée, en ce jour, jusqu’à cette statue, chef-d'œuvre de l’art, qui vous fera revivre aux yeux de nos descendants!
Après tant de grades et de titres divers que vous aviez facilement conquis ou qui étaient venus à vous, il n’est pas jusqu’au grade étranger, qui vous a été récemment conféré, de docteur en médecine, auquel ce concours universel d’admiration, qui cherche toutes les manières de s’exprimer, ne donne aussi son prix. Docteur en médecine, Monsieur Chevreul, pourquoi pas? Vos confrères éminents de l’Académie des Sciences pourraient dire beaucoup mieux que moi comment vous l’avez mérité.
Vos belles recherches sur les substances, comment dirai-je? graisseuses, n’ont-elles pas conduit à la connaissance de toute une catégorie de corps, qui jouent un rôle si important dans les organismes vivants? N'ont-elles pas servi de base à des études toutes nouvelles de Physiologie et, par conséquent, puissamment aidé même aux progrès du grand et difficile art de guérir, qui ne saurait se passer du concours d'aucune Science?
Il me convient peut-être mieux d’attribuer cet honneur qui vous a été rendu à la pratique de cette constante et virile hygiène du travail qui entretient vraiment les forces conservatrices de la vie, à cette sérieuse joie