CHER ET VÉNÉRÉ MAITRE
Voici d’abord un télégramme par lequel M. Trinchese, recteur de l’Université de Naples, me charge de vous faire connaître ses sentiments et ceux de l’Université tout entière :
« L'Université de Naples envoie ses meilleurs souhaits au vénérable M. Chevreul et fait des vœux pour que l'affection fraternelle qui réunit. depuis des siècles les savants et les artistes de France et d'Italie demeure toujours inaltérée. »
Permettez ensuite qu’en ma qualité de président de l’Académie des Sciences de Naples, je vous offre, avec ses félicitations et ses souhaits les plus sincères, le diplôme d’associé étranger qu’elle vient de vous décerner à l’unanimité et qu’elle sera heureuse de vous voir agréer.
Enfin, voici ce que vos collègues de l’Académie des Lincet (Lyncéens) de Rome m'ont chargé de vous dire et ce que leur président, M. Brioschi, eût été heureux de vous exprimer lui-même si des devoirs impérieux ne l'avaient retenu dans son pays :
« Cher et illustre Collègue,
» L’ainée des Académies s’empresse d'envoyer ses félicitations et ses souhaits au doyen des étudiants du monde, le jour où il achève la centième année de sa glorieuse existence.
» L'Académie des Lyncéens, fondée en 1603 par Frédéric Cesi, compta parmi ses premiers associés Galilée qui, par l'emploi du télescope (1609 ),
(13) par l'invention du microscope composé (1610) et par ses grandes découvertes en Astronomie, en Mécanique, en Physique, parut avoir justifié le titre de l'association.
» Y voir clair dans les phénomènes naturels, n’est-ce pas l’objet de tous ceux qui se vouent à la recherche de la vérité dans l'étude de la nature? C'était pour le leur rappeler constamment que le fondateur de l’Académie des Lyncéens lui avait choisi pour emblème le lynx fabuleux, avec cette devise : Sagacius ista.
» Par votre entier dévouement à l'étude et au travail, par vos découvertes, par la sagacité dont vous avez toujours fait preuve dans l’applicaüon de la méthode expérimentale, vous étiez Lyncéen, cher et illustre Collègue, avant même que nous eussions l’honneur de vous inscrire parmi nous.
» Vos premiers travaux datent d'il y a quatre-vingts ans, et, depuis lors, vous ne vous êtes jamais reposé.
» La Chimie théorique vous doit de merveilleux progrès, l'Industrie, d’admirables applications.
» Grâce à vous, la Peinture et la Teinture ont été sérieusement rattachées à la Science. Par la loi du contraste, vous avez donné à la coloration une base physiologique, et par vos cercles chromatiques vous vous êtes efforcé de fixer le classement des couleurs.
» Plus fidèle que Descartes et que Bacon à la méthode expérimentale, vous l’avez appliquée avec bonheur aux phénomènes les plus divers, depuis la composition des matières grasses jusqu'aux mouvements mystérieux de la baguette divinatoire, du pendule explorateur et des tables tournantes.
» Historien de la Chimie, vous en avez suivi l’éclosion lente à travers les ténèbres de l’Alchimie, dans les rêveries de Paracelse, de Van Helmont et de Stahl, et l’on a compris, en vous lisant, qu’on ne peut bien écrire l’histoire d’une science que si l’on y est passé maitre.
» Tour à tour chimiste, physicien, philosophe, écrivain éminent, vous n’avez jamais cessé d’être bon, aimable, modeste avec tous, et ce sera votre plus belle gloire que de n’avoir jamais été glorieux.
» Quel bonheur c’eût été pour vos collègues les Lyncéens de pouvoir vous accueillir et vous fêter dans Rome, au siège même de l’Académié!.… Mais ce qui n’est pas arrivé jusqu'ici peut arriver encore. Un de vos illustres confrères a affirmé, dans un livre demeuré célèbre, que l’âge de cent ans n’est que l’âge moyen de l’homme. Il nous est donc toujours permis de
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vous attendre, et nous vous disons du fond du cœur : Au revoir, cher et vénéré Maître et Collègue, au revoir pendant une longue suite d’années aussi belles pour vous que ce premier siècle de votre noble existence. »
Discours DE M. pe Boureizcer,
AU NOM DU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS ET DU CONSEIL GÉNÉRAL DE LA SEINE.