LA GALÈRE
Les voix de la mer sont tentantes.
La galère dort dans le port, Et son rêve ignore l'effort Des longues caresses flottantes.
La Dame d'azur dans Tattente Sourit, augurant d'un bon sort.
Les voix de la mer sont tentantes.
La galère dort dans le port.
Les nuages me font des tentes
D'or. Point de trêve à mes accords,
Doucement je berce la mort.
Et mes couleurs sont inconstantes.
Les voix de la mer sont tentantes.
Insinuante, sous la nef qui consent,
La mer boml)e son dos frémissant Et sonne au large les cloches du départ.
Là-bas, tout là-bas, sur son rempart, La Dame d'Azur, des lilas dans les mains.
Salue. Et la nef s'orne de maints Pavois, dont la jeune orgueilleuse candeur
Rit aux baisers futurs, à l'odeur Des vents qu'ont vantés les dorades en or.
Petite nef, pour mieux plaire encor A la Dame des bleus palais d'horizon
Emplis tes flancs d'une cargaison De beaux cadeaux naïfs comme ton printemps,
Et vogue ravie aux flots contents.
Les flots roulent la nef par leurs vais de délices, Mais la Dame d'Azur pâlit et s'évapore. Les lilas d'autrefois se sont mués en lys. Rêves-tu du sommeil ingénu dans le port?
Les lilas d'autrefois se sont mués en lys. Sauras-tu le mystère incertain des calices, Petite nef? Oublieuse du calme port, Cingles-tu vers la lune ou bien sur Singapore?
Sauras-tu le mystère incertain des calices?
Il est un air d'oubli que chanterait le port,
Les flots roulent la nef par leurs vais de délices,
Mais la Dame d'Azur pâlit et s'évapore.
Errants aux pays falots, Mes rêves, berceuses yoles, Ont arboré pour falots Deux yeux bleus, deux lucioles;
A la pâlote Phœbé Pour rames ont dérobé Deux rais de sa clarté vague Fendant et teintant la vague,
Et vont emparadisés, Frôlés par les alizés, Chantant ainsi que violes,
Se griser aux pâmoisons
Des parfums fuyant des fioles
Mi-closes des floraisons.