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NOCTURNE

Ame des tabacs blonds

Vole, voltige!...

— Clos tes yeux, nous tremblons

D'un doux vertige.

La bise pleure bas, Pour toi, mignonne,

Tendre chant, n'est-ce pas?

Qu'elle marmonne?

Enfant, tu crois sa voix Bien en colère?

Elle se tait, tu vois, C'est pour te plaire.

Placidement le feu S'éteint dans l'àtre.

Qui saurait où maint feu Rêve folâtre?

...Deux, trois glas assourdis D'heure incertaine.

Tu redoutais, jadis, Croquemitaine...

Le bombyx endormi Sur ta poitrine,

Oublia tout, hormi Ta peau citrine;

Sans doute en son sommeil,

Béat, il fleure Tes lèvres-fleurs, vermeil

Et divin leurre...

Par les rideaux flottants Un blanc rais flue.

C'est, dis-tu, qu'il est temps, Ma sœur élue !

Qu'il est temps pour le vol Bien loin du monde,

Temps pour ton essor fol En l'azur monde.

Va, fuis-moi sans regret,

Pâle chérie; Va, le jour troublerait

Ta rêverie.

Une mort bien douce Et très lente aussi.

Furtif le vent poussa Un soupir transi.

Au couchant d'opale, Un soleil d'argent, C'est dans un lac pâle L'ondin blanc nageant

Une haleine d'ambre Monte en la tiédeur Molle de la chambre :

Une âme d'odeur !

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