‹ Centre complet d'Élevage surveillé des Hospices de Montpellier (Œuvre préventive d'abandon)Chapitre 11 sur 31 · DT SE · texte numérisé non relu

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cierge, dans des rez-de-chaussées humides et sombres où l'enfant dépérissait et mourait souvent.

Comme un remède à cet état de choses, Marbeau fonda à Paris, en 1844, la première société de Crèches, dont-l’idée primitive revient au pasteur Oberlin, en 1770, dans les Vosges.

La crèche ne résout pas Île robes ; elle impose aux mères un surplus de travail, L'enfant est balloté constamment à un âge et à des heures qu’il ne faudrait pas. Il est exposé en plus, à des contagions, parfois très graves, qu’on observe souvent dans les agglomérations. de nourrissons.

Les chambres d allaitement dans les usines tâchent d'éviter la séparation et favoriser l'allaitement maternel. Malheureusement, elles ne sont réalisables et pratiques que dans les grandes usines et, par conséquence, la plus grande partie des ouvrières de France n’en bénéficient pas. En Russie Soviétique, où les usines géantes sont à la mode, les chambres d’allaitement fonctionnent très bien : de quatorze chambres en 1917, elles passent à 778 en 1925 (Ivan Roussel, Thèse).

A cette catégorie appartiennent aussi les enfants de ménages réguliers dont la profession ne leur permet pas d’avoir un domicile stable : domestiques, voyageurs de commerce, artistes ‘en tournée, «etc. De même que des enfants d’un homme qui se trouve seul, soit par maladie de sa femme (tuberculose, folie), soit par mort ou abandon de sa femme. Aïnsi que les enfants d’une femme sans appui, obligée de travailler : veuve, fille-mère, divorcée.

Pour toutes ces catégories de personnes, la séparation temporaire de l'enfant est souvent une nécessité.

La séparation temporaire s’est toujours réalisée, soit

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en envoyant l’enfant chez une parente à la campagne, soit en le plaçant chez une nourrice isolée et, depuis quelques années, dans les pouponnières et les centres d'élevage.

Encore faut-il, pour placer ces enfants en nourrice ou ailleurs, avoir les moyens de payer ces placements ; mais si la misère est extrême et si, à cela, on ajoute une situation sociale difficile, comme c’est le cas pour la fille-mère, l'abandon est la règle, malgre lès secours préventifs d'abandon offerts par les Départements et qui n’ont de secours que le nom, tant

leur taux est ridicule.

Nous voyons donc qu’à la base de la grande majorité des séparations temporaires ou définitives de la mère et de l’enfant, on découvre toujours la pauvreté avec toutes ses nuances, depuis la simple gêne jusqu’à la plus noïre détresse. Le Dr Ivan Roussel, dans sa thèse, calcule, après des enquêtes faites dans plusieurs départements, à 60 % le nombre d’abandons dus à la misère.

2° — Enfants non aimés ni désirés :

Ce groupe d'enfants est le plus malheureux et le plus difficile à défendre au point de vue social.

Si on trouve toujours dans ces cas un fond de malaise économique, il n’est souvent que secondaire, la grosse question étant des préoccupations d'ordre moral et religieux.

La moralité publique et la défense de la famille exigent, dans une société bien ordonnée, la condamnation morale des naïssances naturelles. La religion est venue en aide à la société en qualifiant de péchés graves toute relation sexuelle hors du mariage, dont elle a fait un sacrement. Ces loïs de la morale et de

l'honneur, bien ancrées dans les mœurs des peuples civilisés, expliquent le mépris envers la pécheresse et l’affolement qui s'empare de la jeune fille et de sa famille devant une faute qui les diminue aux yeux de leurs semblables. |

Une faute appelle une faute plus grave. Devant le déshonneur, ils n'hésitent pas un instant à faire disparaître le corps du délit. Un avortement immédiat ou l'accouchement dans une maison secrète, suivi de l'abandon du nouveau-né, sont les règles impérieuses de leur conduite.

Pourtant, aucune loi morale ni religieuse qui soit vraiment digne de ce nom, peuvent imposer un crime semblable. nl est dû plutôt à une perversion : du sens moral, à une perte totale de la conscience, qui est remplacée par la voix de l’orgueil. Les apparences sont les maîtresses du monde. On s'incline devant la riches: se, même si e!le provient des sources inavouables ; on ne pardonne pas à une fille-mère d’accepter les conséquences de sa maternité. En acceptant d'élever son enfant, elle affiche sur son front sa forfaiture. La Société, implacable, la condamne parce qu’elle n’a pas su garder les apparences. L'hypocrisie sociale ne voit que sa faute, elle ferme les yeux devant de geste sublime de sa pénitence.

Tout pousse à la fille-mère à abandonner son enfant. Si elle a le courage de ne pas s’y soumettre, la méchanceté humaïne lèvera sur sa route des barrières la vie impossible jusqu’au jour où, meurtrie, vaineue, elle finira par jeter son enfant à l’Assistance Publique, ce Moloch moderne, « ce vaste réservoir de la misère humaïne », comme dit Mme Talheimer. Son geste accompli, elle pourra venir reprendre sa place

infranchissables, elle brisera son élan, elle lui rendra

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dans la considération des hommes ; elle aura bien mérité de la Société !

La Justice a toujours peur de condamner un innocent ; elle multiplie les preuves et les contre-preuves, elle épuise tous les truchements de la procédure. Pourtant, il y a en France 130.000 enfants innocents, condamnés au bagne perpétuel ; leur crime est d’être nés quand on ne les désirait pas. Elevés sans amour, ils grandissent dans la haïne. Ils se vengeront comme ils pourront de cette société injuste ; ils finiront par se mettre hors la loi ; ïäls encombreront les prisons et les bagnes. Ils sont innocents, pourtant ! Quel homme, le plus honorable qu'il soit, me finirait pas par tuer, s’il se voyaït condamner toute sa vie à la déchéance morale la plus abjecte, à cause d’un crime qu’il n’aurait pas commis ! D'autant plus s’il saït que le vrai. criminel se promène librement au milieu de la considération générale !

C’est étonnant qu’un peuple, qui a été le premier à proclamer légalité et la fraternité des hommes, permette encore une pareille honte ! ;

C’est incroyable qu’en pleine démocratie, il existe une caste de parias, d’intouchables ! Is auront toujours, n’importe ce qu’ils fassent, la marque indélébile de leur ignominie. La déformation morale est tellement grande qu’on des fait rougir d’une faute dont ils ne sont que les victimes ; et quelles victimes !

Les préjugés sont si forts, que le nom d’'Enfant Abandonné est devenu synonyme de taré, d’infect.

Pourtant, comme le fait bien remarquer le Dr Ivan Roussel dans sa thèse, « il résulte des statistiques que 70 % des mères des enfan's abandonnés ont moins die 23 ans, 17 % ont de 23 à 30 ans, et 12 % ont plus de 30 ans. Elles sont donc pour la plupart dans l’âge op-

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timum de la conception ; 87 % sont des primaires qui, le plus souvent, se sont trouvées prises au premier tressaillement de la chair, à la « première saccade », comme dit Rabelais. Certainement, les conceptions naturelles, pour nous servir de la qualification usuelle n’excluent pas les maladies contagieuses, elles n’y sont pas plus fréquentes qu'avec les conceptions légitimes. »

Il calcule à 35 % le nombre d’abandons dus. au déshonneur, #4 % à l’inceste, 1 % au viol.

La lutte contre ces facteurs moraux est très délicate ; il ne faut pas heurter les sentiments honorables de la famille, il faut arracher le masque à l’hypocrisie sociale. Sr

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