‹ Centurie de Lepidopteres de l'Ile de Cuba, contenant la description et les figures colorieés de cent especes de papillons, nouveaux ou peu connusChapitre 9 sur 9 · CHARACTERES GENERIS · texte numérisé non relu

CHARACTERES GENERIS

Genus Syllepis, Poey. — Characteribus jani notis Pyralidum Linnæi Botydumque Latreillii adde antennas pectinatas, saltem in mare, quia fæminam non vidi ; abdomen longissimuni.

Genre Syllépide. — Ce genre a tous les caractères ordinaires du genre Pyraîe de Linné, Botjs de Latreille , sauf que les antennes sont pectinées, du moins dans le mâle, car je n’ai pas vu la femelle. L’abdomen est plus long que dans les Pyrales ordinaires.

CHARACTERES Si’ECIEI.

Alis flavissimis, nitidis; anticis Costa angulisque , posticis apice punctisque duobus , iiigris.

Stllépide Marialis. — Ailes d’un jaune vif un peu brillant j les supérieures ayant la plus grande partie de la côte et les angles extérieurs j les inférieures , le sommet et deux points , noirs.

Voyez le mâle dans la planche ci-jointe, avec des grossissements au trait.

Les antennes , vues à la loupe, ont deux rangées d’ écailles sur chaque article ; ceux-ci supportent à la base deux branches latérales, ornées d’un double rang d’épines , et à l’extrémité, un faisceau d’écailles allongées qui recouvrent les branches de l’article suivant, à manière de toit. Les palpes sont noirs en dehors.

Les ailes sont d’un jaune un peu brillant; les taches brunes ont au centre des prunelles bleues métalliques; les deux petits points des inférieures qui sont bordés en arrière d’un peu de blanc luisant , ainsi que la bande brune des supérieures , vers la base. Le dessous est semblable au dessus, mais plus décoloré, et les taches brunes n’ont pas d’éclat.

OBSERVATIONS

Sur le genre. — Je ne connais que cette seule espèce, qui est le type du genre. Le mot Sjllepis vient de deux mots grecs : de oùv , avec^ et de Xs'jrîç , écaille. J’ai voulu exprimer le faisceau d’écailles allongées qui recouvrent et protègent les branches dont j’ai parlé. Il n’est pas cependant essentiel que ces écailles se retrouvent dans d’autres espèces pour les classer dans le même genre; il suffit que les antennes soient pectinées.

Sur l’espèce. — Elle est assez voisine de Concordalis (Hüb,), mais toutefois facile à distinguer.

HISTOIRE

Prise une seule fois à la Havane, sur les murs d’un appartement. Dans le repos, elle porte les ailes presque étendues et l’extrémité de l’abdomen relevée.

Avril i 832 .

NUM

Pyralis Flegialis.

Flegia^ Cram., 140, D. Surinam.

Alis albis, costa anticarum cærulea.

Pybale Flegiaeis. — Ailes blanches, avec la côte des antérieures bleue.

DESCRIPTIOÎf.

Voyez, dans la planche ci-jointe, l’insecte parfait au port d’ailes et aux ailes étendues; les palpes, les trois premiers articles des antennes et les pattes, grossis ; la chenille, la plante qui lui sert de nourriture; la chrysalide avec sa coque, et le paquet de feuilles qui la cache. La plante a été copiée d’après l’Atlas du Dictionnaire d’Histoire naturelle de M. Levrault, et une figure du P. Plumier, combinés entre eux.

Les ailes sont d’un blanc luisant, avec un reflet violet vers l’extrémité des antérieures; la base de ces mêmes ailes et toute la surface des postérieures sont couvertes de longs poils blancs. Deux points noirs sur la tête , au devant des yeux, et deux autres sur chaque palpe; tout le reste du corps est blanc. Les pattes postérieures ont les jambes garnies de poils entre les deux paires d’ergots ; ces poils sont noirs en dedans. Le crin du mâle est simple et retenu par un frein, qui part de la seconde cellule interne. Je n’ai pas la femelle sous les yeux.

La CHENILLE a , sur le dos, deux rangées de points noirs et luisants, etune autre au dessus des stigmates; ces points servent de bordure à la bande rouge latérale.

OBSERVATIONS

Sur r-E genre. — Quelle que soit l’autorité deFabricius, je ne puis m’empêcher de le blâmer d’avoir bouleversé la nomenclature linnéenne dans les dernières familles de Lépidoptères. Le genre Pyrale, détourné de son acception primitive, et appliqué aux Tordeuses de Linné, supprimait, d’un seul trait, deux genres de ce célèbre naturaliste : double attentat de la part de son élève, l’un contre le savant, et l’autre contre la science. C’est pour cela que M. Latreille a établi le genre Botys , qui n’est autre chose que le genre Pyrale de Linné. A l’exemple des savants etmodestes auteurs du Catalogue des Lépidoptères des environs de Vienne , de Jacob Hübner, dont le mérite n’est pas borné à celui d’avoir été le premier des iconographes , et de M. Duponchel dans son excellent ouvrage des Lépidoptères de France, j’ai cru devoir rétablir le genre linnéen , et respecter la priorité dans le grand homme , comme je l’aurais respectée dans le plus mince auteur.

Sur l’espèce. — ijO. figure de Cramer est si mauvaise , que les amateurs me sauront bon gré de leur avoir fait connaître non-seulement la chenille et la chrysalide , mais encore l’insecte parfait.

Malgré l’usage de terminer en alis tous les noms de Pyrales, je ne me serais point permis de faire ce léger changement au nom de Cramer, s’il n’y avait déjà une espèce de papillon diurne, nommé Phîegia, dans la famille des Héliconiens.

HISTOIRE

La femelle dépose ses œufs sur un arbre dont les qualités malfaisantes sont bien connues ; c’est l’arbre des tombeaux, c’est encore trop souvent l’arbre de la vengeance (i) , XAhouai

(i) Remarque communiquée par M. Moreau de Jonnès, auteur d’une des AnüUes manuscrite, et d’excellents ouvrages sur leur bbtoire naturelle et physique.

des Antilles^ ouïe Cerhera Thevetia de Linné, vulgairement appelé, à la Havane, Cabalonga. Les nombreuses chenilles qui en sortent dévorent les feuilles avec une étonnante rapidité. L’arbre, entièrement dépouillé en peu dejours, ne peut leur servir d’asile , ni les protéger dans leur dernier changement. C’est alors quelles errent à l’aventure, et vont se cacher sous les feuilles des arbres de toute espèce qui les environnent. L’observateur trompé , les retrouvant partout , croit au premier coup d’œil que la chenille est polyphage; mais bientôt il est éclairé sur la véritable cause de cette transmigration, en voyant XAhouai^ si beau naguère, dépourvu en ce moment de feuilles et de fleurs.

Les mouvements vifs et rapides, la course légère, sont des facultés qui s’unissent rarement à la voracité dans les animaux. Aussi remarque-t-on que la chenille de cette espèce est plus lourde que toutes celles du même genre. Elles sont loin d’atteindre à l’agilité des Pyrales Verticalis et Urticata de Linné , si communes en Europe. Il est vrai que, dans nos climats froids, ces deux chenilles sont plusieurs mois à croître, passent même l’hiver dans leur premier état, et ne se transforment qu’au printemps de l’année suivante ; tandis que, dans le brillant climat de l’île de Cuba, la naissance de l’insecte, ses développements successifs et sa dernière transformation s’opèrent seulement dans quelques jours.

Mais si l’augmentation de nourriture ralentit leur marche , elle n’affaiblit pas l’instinct qui les dirige dans les moyens de se mettre à couvert contre leurs ennemis, surtout contre les oiseaux, dont les yeux sont trompés par l’industrie des chenilles. Elles se cachent sous des feuilles, qu’elles savent lier avec tant de précaution qu’il n’est pas facile de s’en apercevoir sans une attention particulière. Le nombre de feuilles qu’elles emploient varie selon leur forme et leur grandeur; celles du sureau sont toujours au nombre de trois; celles du citron, au nombre de deux; celles del’Ahouai, en très-grand nombre. Les fils qu’elles rassemblent forment

un tissu très-lâche , qui paraît destiné plutôt à retenir les feuilles qu’à rendre impossible l’attaque de quelques ennemis, qui, parce qu’ils sont plus petits, n’en sont que plus dangereux.

De ce nombre est une mouche, proprement dite, que M. Robineau-Desvoidy a étudiée dans ma Collection , et à laquelle, d’après ses mœurs, il a donné le nom spécifique de Botivora. La femelle de cet insecte n’est point guidée par la vue , et les ruses de la chenille sont inutiles contre elle. La mouche la découvre par l’odorat, et s’introduit au dessous des feuilles à travers le tissu trop lâche dont jeviens de parler 5 déposant alors ses œufs sur la peau de la chenille, elle attache à son corps le germe de prochaines douleurs et d’une mort certaine.

Je ne suivrai point ces nouvelles larves dans leur naissance et leur développement; ce serait faire l’histoire générale des chenilles dévorées par des mouches. Mais j’écris pour toute sorte de personnes , même pour celles qui n’ont point étudié l’histoire naturelle des insectes, et qui jetteront les yeux sur ce livre, à cause de l’intérêt que leur inspire tout ce qui a rapport à l’histoire de l’île de Cuba. C’est pourquoi j’ajouterai que ces malheureuses chenilles deviennent la proie des larves que la mouche a déposées sur leur corps, et que, si elles conservent encore assez de vie pour se changer en chrysalide , elles n’arrivent jamais à l’état d’insecte parfait. Le nombre des victimes est si grand que, malgré l’extrême abondance des chenilles, le papillon devient rare ; et, certes, nous n’en serons point étonnés, si nous considérons que tous les êtres doivent vivre et se perpétuer dans la nature, et que, parmi les êtres végétaux, aurait enfin disparu de

l’Amérique , si de nombreuses générations de Pyrales eussent toujours dévoré ses feuilles.

Avril i 832 .

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