CHARACTERES GENERIS
Genus Amphonyx , Poey. — Differt a Sphingibus Linnæi et LatreiJlii ab ultimo articulo palporum , longiore , nudo , valide , extra caput distincto. Tune capitis faciès bicornis , sive cornubiis duobus incurvis ante oculos.
Genre Amphonyx. — Il ne diffère du genre Sphinx de Linné et de Latreille que par le dernier article des palpes , qui est plus long , nu , corné , fortement implanté sur l’article précédent, et saillant au devant de la tête; ce qui la fait paraître armée d’une double corne.
CHARACTERES SPECIEI.
Alis integris fuscis; anticis supra atomis viridibus irroratis, maculis plurimis transversis, liinulaque longitudinal! undata versus apicein , nigris ; puncto baseos punctisque duobus in niedio albis; posticarum supra omniumque subtus basi aurantio , medio vitreo. Abdomen maculis trium pariuni rafis, subtus album.
Amphonyx Duponchel. — Ailes entières brunes ; les supérieures couvertes, en dessus, d’atomes verts, avec plusieurs
bandes transverses , et une lunule longitudinale, tortueuse, vers le sommet, noires ; un point blanc sur la base et deux sur le milieu 5 les intérieures vitrées au centre, et orangées à la base , ainsi que vers la racine des quatre ailes en dessous. Abdomen blanc de ce côté, avec trois taches latérales , roussâtres en dessus.
Voyez le mâle , planche ci-jointe.
Le crin qui part de la base des ailes inférieures est unique dans le mâle, et retenu par un frein implanté sur la côte des antérieures, tandis qu’il est multiple dans la femelle, et appuyé sur une éminence de ces mêmes ailes vers le bord interne. Les crochets du mâle sont extrêmement développés. La langue, très-longue, déborde toujours les palpes, lors même qu elle est bien roulée.
Sa taille ne varie pas; la femelle est généralement plus pâle et un peu plus grande.
Le dessous est brun , avec la base des ailes orangée ; cette teinte forme aux supérieures une large ligne longitudinale au dessous de la nervure centrale ; elle est interrompue à son origine sur l’espace parcouru par le crin.
OBSERVATIONS
Sur le GENRE. — Le mot Amphonyx vient de deux mots grecs : d’âaçt , préposition , qui , en composition , signifie de chaque côté, et d’ovu|, uxo«> ongle; pour exprimer le caractère indiqué ci-dessus. Il se décline en latin , Amphonyx‘ jchos ; pluriel , Amphonyches ; nom masculin dans les deux langues.
Les palpes des Sphinx sont composés de deux articles distincts ; le troisième existe probablement dans toutes les
espèces ; mais il est si petit qu’il a échappé à mes recherches dans deux Sphinx de belle taille, le Convolvuli et le Vitis de Linné. Je n’ai pu le voir, à l’aide d’une forte loupe, que dans le Sph. Ficus (Lin.); sa forme est ovoïde; sa grandeur ne dépasse pas le tiers d’un millimètre.
La longueur de cet article offrait donc, dans notre genre, un caractère très-distinct pour séparer du genre Sphinx, si nombreux en espèces, un petit nombre d’insectes. Ces deux onglets pourraient être considérés comme des moyens de défense , si toutefois un être aussi faible pouvait se défendre autrement que par la fuite. Les Sphinx Antœus, Dr., et Cluentius, Cr., sont du même genre : ce dernier n’a pas les inférieures vitrées.
Sur u’espèce. — L’Amp. Duponckel ne peut être confondu qu’avec l’espèce suivante :
Antæus, Dr. 2. a 5 : i.
Jatrophae, Fab., Syst. Sph. 8. Ent. syst. Sph. 22.
Hjdaspus, Cram., 118, A.
Medor, Cram., 894, A.
UAntœus , Dr. , que Samenstel et Millier ont confondu avec le Caricæ, Lin. , a un pouce de plus d’envergure. Il est plus noir ou privé de molécules olivâtres , ainsi que d’échancrure sur le bord extérieur des ailes supérieures vers l’angle interne; du moins ce caractère n’est pas aussi prononcé que dans notre espèce. Le faisceau qui garnit la base des ailes inférieures est composé, dans celle-ci, de 25 crins, tandis que j’en ai compté dans l’autre plus de quarante. Je n’ai pu répéter l’opération sur plusieurs femelles.
HISTOIRE
Cette espèce se trouve abondamment aux environs des habitations, dont elle ne craint pas de s’approcher, notam-
ment dans le jardin botanique de la Havane. Elle vole le soir, au coucher du soleil, autour des fleurs d’une espèce de nictane, appelée dans le pays Maravilla {Merveille).^ où l’insecte parfait va puiser sa nourriture , ainsi que sur les fleurs de l ’ Ahouai des Antilles ( Cerbera Tevetia , Lin. , et vulgairement, dans le pays, Cabaîonga).QudiTià l’insecte est vivant, il exhale une forte odeur de musc; particularité que je n’ai observée dans aucun autre Sphinx, et qu’il doit peutêtre à quelque fleur.
J’ai dédié cette espèce à M. Duponchel, auteur d’une Monographie des Érotyles, et continuateur de l’ouvrage de Godart sur les Lépidoptères de France. Ses connaissances dans cette partie de l’histoire naturelle, et le talent qu’il a montré dans cette continuation, doiventinspirerunegrande confiance aux souscripteurs de deux nouveaux ouvrages qu’il a récemment annoncés : l’un servant de supplément à l’Histoire des Lépidoptères ; l’autre destiné à offrir l’Iconographie des Chenilles d’Europe.
J’ai suivi MM. Latreille et Godart (Enc. méth. ) dans l’usage de ne point écrire les noms propres au génitif.
Avril iS'iz.
NUM
Noctua Hatuey, Poey.
Alæ anticæ fusco-rubræ, lineis transversis nigris, macula flava ad angulum interiorem, atomis cæruleo-micantibus circumdata; posticæ fuscæ, basi fasciaque flavescentibus , macula semi-ocellata, ad apicem nigrâ, iride rubra, pupillis geminis nitenti-cæruleis.
Noctuelle Hatuey. — Ailes supérieures d’un brun rougeâtre, avec des lignes transverses noires, et une tache jaunâtre vers l’angle interne des supérieures , surmontée de molécules bleues et luisantes; les inférieures brunes, avec la base et une bande jaunâtres, l’extrémité ayant une tache noire; surmontée d’un iris rouge, et deux points au centre d’un bleu luisant.
"Voyez le mâle , planche ci-jointe.
Antennes très-simples; crin des inférieures unique, et arrêté par un frein, qui part de la seconde cellule interne. Chaque article des tarses est brun au milieu , et blanc sur les deux bouts. Une touffe serrée de poils à l’extrémité de l’abdomen. Je n’ai pas vu la femelle.
OBSERVATION
La coupe d’ailes de cette espèce est assez singulière , et la tache ocellée des inférieures est bien remarquable dans une
Noctuelle. Je ne connais point d'espèce voisine de celle-ci qui puisse entrer dans le même groupe.
HISTOIRE
Le papillon est très-rare. Je ne l’ai pris qu’une seule fois dans le cafétal de MM. Gonzalo Alfonso et Poudras, à Lagunillas , environ lo lieues S.-E. du port de Matanzas.
Avril iSSa.
KUM.
Erebus Rengus, Poey.
Alis fuscis, lineis transversis nigris, anticis supra angulo interiore late nigro , maculisque dilutioribus, omnibus punctis marginalibus albis, obsoletis , primo apice anticarum distincto.
Erebüs Rengus. — Brun, avec des lignes noires transverses; l’angle interne des ailes supérieures noir , avec des taches plus claires; quelques taches marginales blanches, peu prononcées, celle du sommet des antérieures bien distincte.
Voyez la figure ci-jointe; la ç ?
Les antennes sont légèrement pectinées ; le crin est triple, et retenu par un frein, qui part de la deuxième cellule interne. L’abdomen manquait chez l’individu que j’ai fait figurer ; mais le caractère tiré du crin indique une femelle ; car il est constamment simple dans les Lépidoptères mâles, et triple dans les femelles du G. Erebus.
Le fond est brun en dessous, tout pointillé de gris , avec deux rangées de traits blancs.
OBSERVATION
La teinte noire qui couvre l’angle interne des ailes supérieures suffit pour distinguer cette espèce de toutes celles du même genre. Il ne faut point négliger d’examiner le dessous dans la détermination de ces espèces; peu d’entre elles
ont un aussi gi’and nombre de lignes transverses sur cette surface.
HISTOIRE
Cette espèce est rare , car je ne l’ai prise qu’une seule fois pendant plusieurs années que j’ai chassé dans le pays. Comme toutes celles du même genre connues à la Havane sous le nom de Brujas (Sorcières) , elle entre dans les maisons, et se cache sous les toits.
Avril i 832 .
]NUM
Mastigophorus Parra, Poey.
CHAR.1CTERES GENERIS.
Gen. Mastigophorus, Poey. — Palpi maris longissimi, articulis tribus fere æqualibus, singulis longitudine abdominis , ultimo medium corporis attiiigente ; primo producto , secundo et tertio in dorsum rejectis, præ se cubitis similitudinem præbentibus; fæminæ breviores, producti, secundo longo, tertio paululum recurvo. Cæteris characteribus non differt ab Herminiis Latreillii.
Genre Mastigophore. — Palpes très-longs, dans le mâle, à trois articles égaux , chacun de la longueur de l’abdomen, le dernier dépassant le corselet, le premier avancé, le second coudé et replié, avec le troisième, sur le dos; plus courts dans la femelle, à trois articles, dont le deuxième plus long, le troisième un peu recourbé. Tous les autres caractères de l’insecte parfait sont les mêmes que ceux des Herminies de M. Latreille.
CHARACTERES SPECIEI.
Alis fuscis, strigis duabus flavesceiitibus ; anticaruni basées altéra extrorsum iiigro repanda , piincto medio flavo et apice nigricante.
IVIastigophore Parra. — Ailes fauves , avec deux lignes d’un brun clair; une autre vers la base des supérieures, bordée de noir en dehors, ainsi que celle du sommet, et de plus un point central jaunâtre.
Voyez, dans la planche ci-jointe, le mâle de grandeur naturelle, ainsi que les deux sexes grossis, et le mâle beaucoup plus grossi encore, pour en faire connaître les palpes, les antennes et les pattes.
Les palpes du mâle ont le dernier article garni en dessous de longs cheveux, qui partent de la base, et s’adossent à l’article jusqu’à l’extrémité. La touffe de poils, qu’on remarque aux jambes antérieures , est noire en dehors, et blanchâtre en dedans. La femelle n’a point de poils aux pattes; ses palpes ont la forme ordinaire de ceux des Herminies. Le dessous des ailes est pointillé de gris.
OBSERVATION
Sur le genre. — Le mot Mastigophore vient de deux mots grecs, de fouet ^ et de porte ^ à cause de la
forme des palpes du mâle , qui ressemblent au fléau avec lequel on bat le blé dans les campagnes. Les Romains donnaient ce nom à des licteurs armés de verges pour surveiller les jeux publics.
HISTOIRE
J’ai toujours pris cet insecte dans l’intérieur des appartements;ily est attiré par la lumière des lampes, et se repose
souvent contre le mur, dans un port d’ailes indiqué par la figure. J’en ai apporté plusieurs femelles et un seul mâle. De tous les papillons connus , c’est bien celui qui a les palpes les plus longs; car ceux des Libythéeset desHerminies n’atteignent pas même au tiers de la longueur de ceux-ci. C’est ce qui en fait un genre extrêmement intéressant ; et il est facile de se le procurer, car il est assez commun à la Havane. J’ai brisé l’unique individu qui me restait, pour mieux faire mes dessins; mais je l’ai montré auparavant à MM. Latreille, Boisduval, Duponchel, Lefebvre etRambur.
Je me fais un devoir de dédier cette espèce à M. Ant. Parra, qui m’a précédé dans la description et l iconographie des animaux de nie de Cuba : car il a publié, en 1787, une Histoire naturelle des Poissons et des Crustacés de cette île. Cet ouvrage lui fait d’autant plus d’honneur qu’il a été imprimé et gravé à la Havane , dans un temps où il n’y avait qu’une seule imprimerie pour le journal officiel du Gouvernement.
Avril i 832 .
NUM
Syllepis Marialis, Poey.