‹ Céphalées et algies cranio-faciales d'origine nasaleChapitre 19 sur 30 · ASPECT CLINIQUE DE LA CÉPHALÉE NASALE · texte numérisé non relu

ASPECT CLINIQUE DE LA CÉPHALÉE NASALE

De même qu’au point de vue étiologique et pathogénique, nous venons de voir à l’aide des observations

étudiées, qu’au point de vue clinique la céphalée rhi-

nogène peut présenter des variations infinies, Tâchons d’en retrouver les caractères principaux.

Nature de la sensation. — Très variable.

Tantôt c’est une lourdeur de tête continue, mais modérée dans son intensité, tantôt les malades se plaignent d’une sensation d’éclatement, de tension, de brûlures, de démangeaisons. En d’autres cas ils se plaignent d’une lourdeur qui leur serre le front, les yeux, les tempes comme dans un étau.

En d’autres cas les malades se plaignent d’un malaise indéfinissable, d’une sensation paresthésique piutôt que de douleurs vraies, parfois de sensation de cuisson, ou de chatouillement, de fourmillement, de ruissellement d’eau chaude et dans ce cas, beaucoup d’auteurs, en particulier Halphen, croient pouvoir aflirmer l'origine sympathique de ces troubles subjectifs, leur donnant d’ailleurs le nom de « causalgies de la face et du

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crâne ». D'ailleurs pour Halphen et Terracol les douleurs d’origine sympathique pure n'existent probablement pas à l’état isolé, il y aurait toujours une participation des fibres cérébro-spinales. Nous n’insisterons donc pas davantage sur ces caractères particuliers qu'on à voulu décrire à la céphalée sympathique, bien que Worms soit d'avis qu’à l’aide du réflexe nasofacial, on puisse faire la part du sympathique et du trijumeau dans l’éclosion de ces symptômes douloureux.

Intensité. — Dans l’ensemble ces douleurs sont en général continues, mais subissent des paroxysmes lors. des règles, du passage dans une pièce chauflée, à l’occasion d’une émotion, à la suite d’un effort visuel, en particulier de la lecture de près, des travaux de couture, etc.

Ces douleurs sont remarquablement rebelles aux antinévralgiques, aux analgésiques habituels, d’où l'importance de reconnaitre leur étiologie et de leur appliquer le traitement spécial qu’elles commandent. Vu leur caractère obsédant, permanent, elles déterminent d’une façon très précoce une insomnie très pénible.

Nous avons vu que leur intensité est très variable. Dans les cas extrêmes, la céphalée peut prendre l’allure clinique de la crise migraineuse ou du type temporofrontal, ou du type ophtalmique. Worms dit qu’il existe tous les intermédiaires entre la céphalée rhinogène banale et la migraine typique. A cela, Mile Weissmann oppose dans sa thèse l’avis qu’il n'y a pas de migraines d’origine nasale, que ce seraient des céphalées et algies

pseudo-migraineuses. Cela n'empêche pas cet auteur de citer dans le même travail le cas d’un malade présentant des accès typiques de migraine et qui en fut guéri au moyen d’insufflations tubaires nécessitant des applications de cocaïne au niveau de la pituitaire. Si les auteurs ne sont pas encore d'accord sur Îles rapports d'identité ou de différence de nature entre la céphalée rhinogène et certaines algies d’une part, le syndrome migraineux d'autre part, retenors au point de vue pratique que ce succès thérapeutique peut jeter le pont entre les différentes théories.

Topographie. — Il n’y a rien de plus variable que la topographie de la céphalée et des algies rhinogènes.

Les sièges indiqués le plus fréquemment sont la racine du nez, les régions frontales, sus orbitaires, péri ou rétro-oculaire et enfin la région occipitale, la nu-

que, permettant à Sluder de décrire la douleur vidienne.

Elle est souvent unilatérale ou à prédominance unilatérale, elle est en général localisée dans la profondeur, dans « l’intérieur du nez », ce qui pour Duverger et Dutheillet de Lamothe l’opposerait nettement au caractère superficiel de la névalgie faciale.

Enfin, on a voulu établir un parallélisme entre le point d’origine du syndrome douloureux et sa topographie. C’est ainsi que John 0. Roe pense que :

Quand la cause siège sur le cornet, inférieur ou le pied de la cloison : La douleur siège dans la partie postérieure du temporal, sur l’occipital ou le pariétal.

EN

Quand la cause siège sur le cornet moyen : La douleur siège dans la région temporale, le vertex.

Quand la cause siège sur le cornet supérieur : La douleur est frontale, sus-orbitaire. |

De même Worms dit que plus l’épine irritalive est postérieure plus le siège de la douleur le sera :

Epine de la région antérieure du méat moyen : Céphalée fronto-orbito-temporale.

. Epine de la région postérieure du méat moyen : céphalée dans là nuque.

Mais Worms ajoute qu'il y a de nombreuses exceptions à cette règle, etil en cite deux cas.

A l’étude de la topographie de ces algies rhinogènes, nous pouvons ratiacher la question de savoir si la douleur peut-être localisée par le malade en un point précis, et si l’examen permet parfois dans les cas de ce genre de révéler des points de douleur exquise, le point d'Ewing par exemple. Sur ce sujet les auteurs ne sont pas d'accord. Bouchet et Soulas dans leur article sur la céphalée du méat moyen, prétendent que le malade accuse plutôt un endolorissement diffus sans pouvoir indiquer un point précis. De même Duverger et Dutheillet de Lamothe insistent sur le caractère diffus de ces sensations douloureuses à tel point qu'ils y voient une différence capitale avec la névralgie faciale banale où le siège des douleurs serait nettement précisé. C’est ainsi que dans les cas qui nous intéressent le point d'Ewing serait indolent. Bien au contraire la localisation d'une véritable douleur exquise au niveau du point d'Ewing est signalée par beaucoup d'auteurs.

Sluder altribue à ia douleur au point d'Ewing une valeur capitale dans le diagnostic de la céphalée rhinogène où il la trouve constante.

De même Halphen signale que la région de l'angle interne de l'œil est toujours douloureuse dans la céphalée d'origine naso-sympathique, et Tarnaud est tellement affirmatif qu’il pense qu’en présence d’une céphalée sans lésions oculaires un signe d’Ewing permet d’affñrmer sa nature rhinogène. Pour notre part, sans aller jusque-là nous pouvons dire que nous avons souvent retrouvé un point de douleur exquise à l’angle interne de l’œil. |

Irradiation. — Sluder cite parmi les plus fréquentes les irradiations vers les yeux, vers la région zygomatique, vers l’occiput, empêchant la flexion et la déflexion de la tête, vers les tempes, et vers l'oreille et la mastoïde. Pour ce qu ‘il y a de ces derniers cas qui sont loin d'être rares, on a voulu insister sur le siège maximum de la douleur à cinq centimètres au-dessus de la pointe de la mastoïde. Quoiqu'il en soit il n’en est pas moins vrai qu'en cas de douleurs auriculaires très intenses l’otoscopie seule permet d'éliminer une otite ou une mastoïdite. Dans des cas plus rares on Peut voir des irradiations dans l’aisselle, le bras, l’avant-bras et même les doigts, et dont notre aperçu anatomique nous donne la clef (anastomoses avec le plexus cervical superficiel).

En d'autres cas le malade accuse une douleur laryngée continuelle avec besoin de tousser ou des sensations paresthésiques pharyngées, impression de corps étran-

ger, de toile d’araignée entraînant un besoin de hemmer très gênant. Enfin les douleurs irradiées dans les dents ne sont pas rares avec sensation d’allongement des dents. ; Comme nous voyons ces irradiations débordent souvent très largement le domaine du nerf sphéno-palatin.

Horaires. — L'horaire des céphalées et algies rhinogènes n’est pas toujours bien caractéristique mais d’une façon générale elles respectent relativement la nuit. Souvent elles s'installent au maximum le matin au réveil pouvant alors durer toute la journée, ou encore, elles s'installent au repas de midi pour s’atténuer vers le soir.

Evolution. — Leur évolution n’est guère influencée par la médication analgésique habituelle. Dans leur ensemble ces douleurs peuvent être continues ou au contraire intermittentes, périodiques ou non. Dans ce dernier cas, il est remarquable de constater qu'il persiste à peu près toujours, dans l'intervalle des paroxysmes une sensation de lourdeur de tête, de malaise, d’inaptitude au travail qui ne peut disparaitre complètement qu'après l'application des différents traitements que nous indiquerons plus loin.

La crise elle-même est très variable de durée : on la voit souvent persister péndant deux ou trois jours puis s'atténuer un jour pour reprendre ainsi par petites crises, dans d’autres cas la souffrance ne laisse au malade aucun repos pendant des semaines, voire des

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