Origine et destination de la cicatrice
Il nous resterait maintenant à reconnaître l'origine de la fissure, représentée par la cicatrice et le rôle qu'a joué l'organe ou la partie du corps, dont elle constate l'existence. Nous ne possédons aucun document démonstratif, pour résoudre ce problème en toute sécurité. Nous ne pouvons donc présenter à ce sujet que des interprétations hypothétiques, dont aucune ne pourra peut-être jamais être vérifiée.
Ces hypothèses consisteraient à concevoir, que la cicatrice donnait passage à un ligament, rattachant au corps un organe provisoire, tel que des branchies pour la respiration, ou un vitéllus pour nourrir l'embryon, comme dans les jeunes poissons, ou bien une vessie natatoire, destinée à faciliter les mouvements, en attendant que l'animal eût le temps de construire et de fermer la première loge aérienne, qui devait remplir la même fonction.
L'organe provisoire, quelconque, que nous concevons hors de la coquille, ne pouvait être de longue durée, puisque sa connexion
46 Partie initiale de la coquille.
avec le corps du mollusque était nécessairement interrompue, aussitôt que celui-ci avait terminé la première cloison, au dessus de la calotte initiale, et le premier élément du siphon, qui est fermé au petit bout, et qui appuie son poecum sur la cicatrice.
Les savants versés dans l'étude de l'embryologie des mollusques pourront présenter d'autres hypothèses, peut-être plus vraisemblables que celles qui viennent d'être indiquées. Mais, on doit remarquer que, parmi toutes les conceptions imaginables, il en est une qui doit être nécessairement éliminée, comme absolument impossible, d'après la nature des documents fournis par nos Céphalopodes, et que nous allons voir confirmés par l'étude de Naut. Pompilius.
Cette combinaison impossible à nos yeux serait celle, qui tendrait à supposer, que la cicatrice représente le passage du mollusque entre l'oeuf et sa coquille,
En effet, nous venons de constater, que la cicatrice, qui offre les plus gi'andes dimensions, est réduite à Jj, c. à d. à une faible fraction de la surface de la calotte, à sa base, ou à l'extrémité de la coquille. Cette extrémité nous montre la forme extérieure et les dimensions du jeune mollusque dans sa première station.
La fraction la plus voisine, dans nos espèces figurées, s'abaisse à j{q et nous pourrions en citer d'autres encore plus minimes.
Ainsi, le passage du mollusque par l'ouverture représentée par la cicatrice sur la calotte initiale, serait une difficulté à peu près de même ordre que le passage d'un chameau ou d'un câble, par le trou d'une aiguille.
Nous reviendrons tout à l'heure sur ce sujet, en comparant la partie initiale des Nautilides avec celle des Goniatides et des Ammonides.
TV. Premières loges aériennes, dans la partie initiale de la coquille.
Nous avons réussi à établir une série de spécimens de Naut. Bohémiens^ montrant les degrés assez rapprochés, par lesquels passe la coquille pour se développer, à partir de la pointe initiale isolée, jusqu'aux spécimens adultes. Cette série, comprenant environ 24 spécimens, est exposée sur nos PI. 32—33—34 — 35.
Premières loges aériennes. 47
Des séries analogues, mais moins nombreuses, sont figurées pour Naut tyrannus^ PI. 38 — 40 — 41 et pour Naut, Sacheri^ PI. 39.
Nous avions rêvé, particulièrement pour Naut Bohemicus, l'établissement d'une autre série, qui aurait montré l'accroissement graduel du nombre des loges aériennes au-dessous de la grande chambre. Mais notre rêve n'a pas pu se réaliser, à cause d'une circonstance dérivant de la fossilisation, dans notre bande e2. Elle consiste en ce que toutes les loges aériennes sont remplies par le calcaire spathique blanc, qui paraît avoir constamment dissous les cloisons. Comme d'ailleurs, le test de cette partie est relativement assez épais, il ne nous permet pas de voir, par transparence dans l'intérieur, les diaphragmes placés entre la calotte initiale et la grande chambre. Celle-ci se distingue aisément, parcequ'elle est remplie jusqu'à sa base par le calcaire compacte noir.
Nous sommes donc réduit aujourd'hui à présenter les documents très incomplets qui suivent, n>ais qui sont cependant encore instructifs et intéressants.
1. Parmi les 50 espèces de Bohême que nous figurons, pour montrer la partie initiale de la coquille, il n'y en a qu'une seule, Cyrt. Angelini?^ PL 487, case IV, qui nous montre cette partie réduite à la grande chambre, sous laquelle il n'existe qu'une seule loge aérienne. Cette loge est comprise entre la calotte initiale et la première cloison.
2. L'espèce que nous figurons sous le nom de Gomphoc? anonymum^ PI. 487, case XIII, se compose uniquement de la grande chambre à peu près complète et de 2 loges aériennes très inégales en hauteur. La loge initiale est beaucoup plus élevée que celle qui lui est superposée.
Ces 2 cas sont les seuls, dans lesquels il nous est permis de distinguer les premières loges aériennes, isolées et surmontées par la grande chambre.
Cependant, il nous semble, que ces 2 exemples suffisent pour démontrer, que le jeune Nautilide, sortant de l'oeuf, commence par s'envelopper d'une coquille composée d'une seule cavité, constituant la grande chambre. Par des cloisons successives, il sépare de la partie inférieure de cette cavité les loges aériennes superposées, tandisque vers le haut, il élève les bords de la chapabre d'hg^bitation.
48 Partie initiale de la coquille.
D suit aussi de ces observations, que la partie initiale de la coquille, que nous observons, représente bien la taille et la forme du mollusque, durant les premiers âges, qui suivent sa sortie de l'oeut.
Après ces exemples, ne pouvant plus compter les premières loges aériennes, nous sommes réduit à comparer la longueur de la grande chambre avec celle de la partie cloisonnée, dans les spécimens les plus jeunes et les'^ieux conservés. Nous nous bornerons à un petit nombre d'exemples.
3. Nous voyons d'abord, dans un spécimen de Orth. mundum, PI. 488, case IV, la grande chambre et la partie cloisonnée, occupant à peu près une égale longueur, qui est de 7 mm. pour chacune d'elles.
Nous trouvons les mêmes proportions de 7 mm. pour la grande chambre et de 7 mm. pour la partie cloisonnée, dans Orthoc. nascens, PI. 427, fig. 13.
Au contraire, dans Orth. embryo^ PI. 488, case VI, la longueur totale est de 18 mm., dont 8 pour la grande chambre et 10 pour la partie cloisonnée.
Dans Cyrtoc. velox^ PI. 157, fig. 23, la longueur totale est de 9 mm., dont 4 pour la grande chambre et 5 pour les loges aériennes.
Dans Troch, priscum^ PI. 103, un jeune spécimen, très bien conservé, nous montre la grande chambre inférieure en longueur à la partie cloisonnée, suivant le rapport approché de 10 à 12 mm. mesurés sur la face latérale.
Nous pourrions citer beaucoup d'autres exemples, montrant la prédominance croissante dans la longueur de la partie cloisonnée. Mais, ces exemples n'ajouteraient rien à ceux que nous venons de présenter.
Il nous reste maintenant à comparer la hauteur de la première loge aérienne, avec celle 4es autres loges, qui lui sont immédiatement superposées.
Sous ce rapport, il existe une grande diversité entre les espèces des Nautilides, dans un même genre. Nous observons aussi quelquefois une notable différence entre les individus associés dans une même forme spécifique.
Nous ferons d'abord remarquer les spécimens, qui nous montrent la première loge aérienne avec son plus grand développement. Ce sont les suivants:
Premières loges aériennes.
Tabl. N- 5. Nautilides montrant le plus grand développement de la première loge aérienne.
Genres et Espèces
4A OQ
si
Hauteur de la l^^^ loge:
Phragm. imbricatum . . Barr.
Phragm. Broderipi . . Barr.
Phragm. pigrum . . . Barr.
Gomphoc. ? anonymum . . Barr.
Orthoc. mundum ... Barr.
Orthoc. subrobustum . Barr.
Cyrtoc. fugax .... Barr.
2 fois celle de la seconde loge.
5 fois id. id.
4 fois id. id.
3 fois id. id.
2 fois id. id.
3 fois id. id.
3 fois id. id.
2 fois id. id.
2 fois id. id.
On voit que, dans les cas cités, la hauteur de la première loge aérienne dépasse celle de la seconde loge, à partir de 2 fois jusqu'à 5 fois.
La profondeur de la loge initiale peut être attribuée, en partie, au bombement très prononcé de la calotte terminale. On peut reconnaître aisément sur les figures la différence frappante entre ce bombement et celui des cloisons, qui suivent en remontant.
Cependant, nous venons de faire remarquer, que la prédominance en longueur de la première loge étant variable, même entre les divers individus d'une espèce, il ne serait pas sûr de la considérer comme un caractère spécifique.
Nous citerons maintenant quelques espèces, dans lesquelles la première loge aérienne contraste par sa faible hauteur avec celles que nous venons d'énumérer.
Naut. lineatus, Sow., PI. 489, case VIII, décrit p. 1335, montre une première loge, dont la hauteur est d'environ ^ mm., tandisque celle de la loge suivante paraît atteindre 3 mm. Le rapport serait I donc d'environ 1:6.
D'après la section longitudinale de la même espèce, figurée par M. Alph. Hyatt (Embryology, PL 4, fig. 10)^ la hauteur de la première loge équivaut à environ \ de celle de la seconde. Ces évaluations sont presque identiques.
50 Partie initiale de la coquille.
Dans Naut clausiUs, d'Orb., PI. 489, case IX, nous voyons que la première loge représente seulement un peu plus de | de la loge suivante en remontant.
Dans Naut. KonincM^ figuré par M. Hyatt (Emhryology, FI. 4), la première loge égale seulement la moitié de la hauteur de la seconde loge.
Dans Naut. Pompilius, dont nous avons la section longitudinale sous les yeux, la hauteur de la première loge ne dépasse pas | mm., tandisque celle de la seconde loge atteint 1 mm. Le rapport serait donc de 1:3. Nous devons constater, que dans cet exemplaire bien conservé, le bombement de la calotte initiale peut être aisément reconnu comme plus prononcé que celui de la cloison voisine.
D'après ces derniers exemples, qui sont tous pris parmi les Nautiles, on pourrait être porté à croire que, dans ce type, la première loge se distingue par l'exiguité de sa hauteur. Mais, cette conclusion nous paraîtrait prématurée, puisque nous ne connaissons encore cette loge et la loge superposée que dans un petit nombre d'espèces.
En somme, le rapport entre la hauteur de la première loge aérienne et la hauteur de la seconde loge, paraît très variable. Les exemples, que nous venons de citer, montrent que ce rapport oscille entre les limites: j et 5, c. à d. entre 1 et 15.
'V. Concordance entre les Nautiles paléozoiques et
les Nantiles mésozoiques, sons le rapport de leur
extrémité initiale.
Bien que les Nautiles mésozoiques, qui nous ont permis l'observation de la pointe initiale de leur coquille, soient en petit nombre jusqu'à ce jour, nous devons signaler dans leur distribution verticale une circonstance heureuse, qui nous permet d'étendre nos observations à quelques espèces, dans chacune des grandes faunes. Nous allons donc parcourir ces faunes, suivant leur ordre de superposition.