‹ Céphalopodes. Études générales. Extraits du Système silurien du centre de la Bohême. Vol. II, texte v. Chap. XVII-XIXChapitre 32 sur 89 · N^^utiles du Lias et du Jura · texte numérisé non relu

N^^utiles du Lias et du Jura

En 1873, durant notre séjour à Paris, nous avons pu, grâce à la complaisance de M. Bayle, Prof, de paléontologie à l'école des Mines, et de M. Bayan, son adjoint dans les collections, étudier divers Nautiles jurassiques très instructifs dans le but, qui nous occupe. Nous en mentionnerons principalement 3, qui sont les plus distincts, savoir:

Naut. lineatus Sow.

Naut. granulosus d'Orb,

Naut. excavatus Sow.

1. Naut lineatus est représenté par 2 jeunes exemplaires, qui se complètent l'un l'autre, pour nous montrer, que la partie initiale de la coquille reproduit les caractères signalés dans les Nautilides paléozoiques, et dans Naut. Pompilius,

L'un d'eux est figuré sur notre PL 489, case VIII. C'est un moule interne, qui a conservé 10 loges aériennes de la pointe de laspire, et qui montre la trace de la cicatrice sur la calotte initiale. Elle est bien marquée par une petite fossette, un peu allongée et dirigée suivant le plan médian. L'apparence de cette fossette est d'autant plus claire que, sur le moule de la première loge à air, il reste la couche interne du test, représentée par une substance jaune, qui contraste par cette nuance avec la couleur blanchâtre du spath calcaire, constituant le moule lui-même. Nous retrouvons des fragments de la même couche jaune sur les loges suivantes en remontant. La longueur de la cicatrice peut être évaluée à environ 1 mm. et sa largeur à J de mm. Ses bords paraissent un peu enflés, tandisque l'intérieur est relativement déprimé.

Le moule interne des premières loges ne nous montre que la trace extrêmement affaiblie des ornements transverses et longitudinaux^ qui distinguent cette partie de la coquille.

Heureusement, l'autre spécimen mentionné et de la même taille, qui se compose de 7 loges aériennes, mais qui a perdu la première, a conservé un fragment du test, très instructif. En effet, il montre

Concordance entre les Nautileô paléozoî^ues et mésozoiques. 53

que ce test se compose de 3 couches distinctes. Les 2 couches externes, qui sont les plus épaisses, sont également ornées d'un réseau caractéristique. Nous ne distinguons entre elles aucune trace du pigment noir, qu'on trouve dans Naut Pompilius, et la même observation s'étend à d'autres exemplaires offrant plusieurs tours.

La couche interne, qui est beaucoup plus mince, est lisse. Elle reproduit par sa couleur jaune et sa ténuité les apparences du fragment de la même couche, qui conserve la trace de la cicatrice sur le spécimen précédent. Ce spécimen n'est pas figuré.

D'après ces observations, nous devons admettre, que la calotte

extérieure, qui manque sur le premier spécimen, était vraisemblable-

• ment ornée comme le fragment du test, que nous observons, sur les

loges aériennes, qui suivent immédiatement la première, dans le

second exemplaire.

Une autre conséquence de ces observations, c'est que la fissure de la calotte initiale était ferpaée, sur la paroi interne, par la troisième couche du test, qui tapisse habituellement toutes les parois des loges aériennes. Mais la fossette, que nous voyons concave vers l'extérieur, doit nous faire supposer, que la fissure était déjà fermée par le côté externe, au moyen d'un dépôt un peu bombé vers l'intérieur. Ce dépôt était-il simplement le test de la calotte prolongé, ou bien une sécrétion particulière, destinée à cette fermeture ? C'est ce que nous ne pouvons décider. Il est probable, que la fissure était oblitérée à la fois par un dépôt extérieur et par un sédiment intérieur.

Dans tous les cas, les spécimens que nous décrivons nous indiquent, que la structure de la partie initiale, dans Naut. lineatus, reproduit exactement celle des Nautilides siluriens et de Naut. Pompilius^ dont nous allons parler.

D'autres exemplaires de la même espèce jurassique nous montrent, que les stries longitudinales disparaissent sur la surface du test, à une distance un peu variable de l'origine de la spire, mais à peu près vers la fin du second tour. Il ne reste sur la surface que des stries transverses, prononcées, qui caractérisent Naut. Uneatus.

Le second spécimen, non figuré, nous permet de reconnaître un lobe très distinct, formé par la suture des cloisons au milieu du côté concave ou dorsal. Ce lobe paraît en connexion avec une petite cavité, qui simule celle du siphon, mais qui est placée sur

54 Partie initiale de la coquille.

chaque cloison contre la spire. Cette cavité est aussi prononcée que dans Naut, Pompilius, Elle est visible sur la fig. 2, case VIII, PI. 489.

Une circonstance, qui est peut-être particulière à cette espèce, consiste en ce que la hauteur des loges aériennes, c. à d. la distance des cloisons, mesurée sur le côté convexe de la spire, croît avec une grande rapidité dans les 5 premières loges. Leur hauteur est à peu près indiquée par les chiffres suivants: (1)— (3)— (4, 5)— (6, 5) — (6) — (4) — (4) — (4) — (4)— (4, 5) mm. Ainsi, après la cinquième loge, les 5 loges suivantes sont relativement moins élevées dans le premier spécimen décrit. Nous retrouvons une conformation analogue dans 2 autres exemplaires, qui sont sous nos yeux, mais non les mêmes mesures absolues pour la hauteur des loges.

Nous ajouterons, que tous ces exemplaires proviennent des environs de Bayeux, en Normandie, et ont été trouvés sur l'horizon de rOolite inférieure.

2. Une autre espèce jurassique, Naut, granulosus^ d'Orb., provenant de Châtillon sur Seine, mérite aussi d'être remarquée. Elle est représentée dans la collection de l'école des Mines, par 2 spécimens, à peu près de la même taille que ceux qui viennent d'être mentionnés. Sur l'un d'eux, l'apparence du test, couvert d'un réseau de stries, offi^e aussi la plus grande analogie avec celui que nous venons de décrire. Mais, vers la pointe de la spire, les ornements s'effacent par la destruction de la lamelle externe. Il ne reste qu'une lamelle interne, pour représenter la calotte initiale, et nous ne pouvons distinguer sur sa surface altérée aucune trace de fissure. Malgré cette circonstance, la partie initiale de la coquille, qui paraît complète, est en parfaite harmonie avec celle des autres Nautilides, par sa continuité avec la spire, contrastant avec la conformation discontinue des Goniatides et des Ammonides. Elle rappelle la surface de divers Nautilides de Bohême, dont la pointe initiale est lisse.

3. Une troisième espèce, Naut excavatus^ Sow., de l'Oohte inférieure, a été figurée par d'Orbigny, avec la partie initiale de la coquille, de forme conique, recouverte par son test, dont la surface est ornée de stries concentriques. Ces apparences sont en harmonie avec celles de l'extrémité correspondante dans Naut lineatus.

Bien que ces observations soient limitées à peu d'espèces, il existe dans la coUectio» de l'école des Mines plusieurs autres formes

Concordance entre les Nautiles paléozoiquefi et mésozoiqueâ. 55

des Nautiles jurassiques, représentées par de belles sections longitudinales. Ces sections s'accordent toutes à nous montrer, à l'origine de la spire, une conformation semblable à celle que nous venons de signaler. On peut aisément reconnaître, dans chacune d'elles, la calotte initiale, faisant corps avec le test extérieur de la coquille et contrastant par son épaisseur relative avec la ténuité des premières cloisons.

Malheureusement, ces fossiles ne sont pas encore nommés.

Bien que l'état de ces spécimens ne nous permette pa3 d*observer la suriace de la calotte initiale, et d'y chercher les ornements et la cicatrice, les apparences visibles nous autorisent à admettre l'identité de la conformation de ces espèces avec celle de Naut. lineatus.

Le texte précédent, relatif aux Nautiles jurassiques, était déjà écrit, lorsque M. Alph. Hyatt est arrivé à Pari^, en juin 1873, pour étudier les collections paléontologiques. Il a eu la complaisance de nous communiquer les figures de diverses espèces de Nautiles, que nous reproduisons sur notre PI. 489, et qui concourent toutes également à confirmer la persistance invariable du type des Nautilides, dans la conformation de leur extrémité initiale.

Les espèces dessinées à Paris par M. Hyatt sont les suivantes, dont les originaux se trouvent dans la collection de d'Orbigny au jardin des Plantes.

1. Naut, UneatuSy d'Orb., spécimen typique, qui a servi à d'Orbigny et qui montre très bien la fissure sur l'extrémité initiale. Conrnae nous représentons la même espèce d'après le spécimen de^ l'école des Mines, décrit ci-dessus, il est aisé de reconnaître, qu'il existe entre eux toute la concordance désirable. Nous n'avons pas cru nécessaire de reproduire le spécimen de d'Orbigny.

2. Naut intermedius, Sow., appartenant à la même collection, et figuré sur notre PI. 489, case VII, d'après les croquis de M. Hyatt, montre aussi très bien le type de la famille dans sa partie initiale. On reconnaît aisément l'étroite cicatrice, entouré d'un bourrelet saillant sur le moule interne. Mais, la calotte initiale n'est pas conservée sur ce spécimen. Cependant, les ornements du test ont laissé leur impression distincte sur le moule interne.

Ce fragment n'a pas été figuré par d'Orbigny. L'espèce caractérise l'étage du Lias.

56 Partie initiale de la coquille.

3. Naut, clausus, d'Orb., de la même collection, dont la figure dessinée par M. Hyatt représente l'esquisse sans ombre, PI. 489, case IX, reproduit la conformation typique de l'extrémité initiale. C'est encore un moule interne, qui ne paraît pas conserver la trace des ornements extérieurs. La loge initiale est visible, mais le dessin ne permet pas de voir la cicatrice sur ce moule, si toutefois elle existe. Ce Nautile provient de l'Oolite inférieure.

Outre ces 3 espèces observées à Paris, M. Hyatt a bien voulu nous communiquer les figures de la partie initiale de Naut, aratus, Schlot., que nous reproduisons PI. 489, case VI. L'une d'elles fig. 2, montre en face l'extrémité initiale de la coquille, grossie et conservant une partie du test avec ses ornements. On reconnaît très bien sur cette extrémité la calotte initiale avec la cicatrice étroite et médiane, qui forme une légère saillie. Ce spécimen appartient à la collection du Prof. Quenstedt à Tubingen et n'a pas été publié jusqu'à ce jour. Nous supposons qu'il provient du Lias.

En somme, nous sommes redevable à M. Hyatt des dessins relatifs à plusieurs espèces du genre Nautilus^ qui appartiennent aux âges mésozoiques, et qui contribuent à constater la forme invariable de l'extrémité initiale, dans les représentants de ce genre.

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